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  • Jean François Ulcoq (AfrAsia) : « L’important est que la BOM ne laisse pas les taux réels descendre trop bas pendant trop longtemps »

Le retour de l’inflation élevée ne fait pas bon ménage avec les instruments financiers à taux fixe comme les bons du Trésor. Si l’inflation était restée modérée ces derniers temps, elle a bondi à 6,5% en juillet dernier et ceux qui investissent dans les obligations d’État – comme les fonds de pension, banques, compagnies d’assurances et individus – voient leur rendement rétrécir comme peau de chagrin.

L’inflation fait pression sur le rendement des instruments à taux fixe. À titre d’exemple, si le rendement d’une obligation est de 4 % et que l’inflation est de 6%, le rendement réel de l’obligation est de -2 % (soit 4 – 6 %). Ce qui fait que les placements dans les treasury bills, treasury notes et autre government bonds n’a pas trop la cote depuis mars 2020.

« Depuis l’année dernière, les taux de rendement ont bien baissé avec la Covid-19. C’est aussi le cas à l’étranger, aux États-Unis et en Europe. Chez nous le taux d’inflation, year-on-year, a atteint 6,5% à fin juillet ; c’est beaucoup comparé à juin 2020 lorsque l’inflation était à 1,5% », explique un spécialiste de l’investissement. De 1,5% en juin 2020, l’inflation a augmenté drastiquement à 5,9% en juin 2021, pour ensuite atteindre 6,5% le mois dernier. Cette forte hausse a des conséquences directes sur le rendement des instruments financiers – toutes échéances confondues. Résultat, les investisseurs se retrouvent avec des rendements réels négatifs. Il faut noter que, malgré une reprise en mars dernier, le rendement des obligations a chuté le mois dernier.

« Since April 2021, local yields had started picking up. However, during July, local yields fell again. The yield on the 5-Year Government of Mauritius Bond stood at 2.62% as at end-July, representing a drop of 0.41% for the month, Real yields were negative across all maturities », peut-on lire dans un Investment Dashboard. Selon les données obtenues par Aon Investment solutions auprès de Primary dealers, entre juin et juillet cette année : le rendement sur les obligations d’un an est passé de 1,38% à 0,94%. Le rendement pour les obligations à maturité de 3 ans a chuté de 2,32% à 1,89% et celui des obligations de 10 ans est passé de 4,14% à 3,78%. Et même le rendement des obligations de 20 ans demeure nettement en deçà (4,64% en juillet) du taux d’inflation actuel (6,5%).

Illusoire

Les spécialistes notent que « beaucoup de gens ne réalisent pas qu’ils bénéficient finalement d’un rendement négatif. Ces taux de rendement sur les instruments financiers de l’État sont illusoires car lorsqu’on enlève le taux d’inflation, les investisseurs se retrouvent perdants. » Ce spécialiste attire l’attention également sur certains ‘bonds’  en Afrique qui peuvent séduire certains investisseurs au premier abord en arborant des taux de rendement mirobolants de 20% ou 22% « mais n’oubliez pas que ces pays font face à une très forte inflation et donc le rendement réel de ces obligations sera nettement inférieur à 20% ».

Selon le dernier rapport de la Banque de Maurice, le rendement moyen pondéré (overall weighted yield) des instruments à taux fixe était de 1,29% en juin. Dans le détail le rendement pour les obligations à échéance de 91 jours était de 1,01% et de 1,22% pour celles de 182 jours. Pour les instruments à maturité d’un an le rendement moyen pondéré était de 1,48%.

Les investissements dans les actifs à revenus fixes comme les bons du Trésor permettent aux investisseurs institutionnels (banques, compagnies d’assurances, fonds de pension, etc.) et individuels, de diversifier leur portefeuille car ils sont considérés comme des placements peu risqués – voire ‘risk free.’ Mais dans une conjoncture d’inflation élevée, les spécialistes conseillent la diversification du portefeuille.

Et comment va évoluer la courbe de rendement dans les prochains mois ? Difficile à dire. Lorsque l’inflation était sous contrôle, le ‘fixed income’ était un placement attrayant mais là l’inflation devrait augmenter dans les prochains mois, notamment avec la dépréciation de la roupie. « Nous importons beaucoup et éventuellement les prix des produits importés vont augmenter et l’inflation également. Donc, les investisseurs vont suivre cela de près », soulignent les spécialistes. Et en période de forte inflation, les investisseurs tendent à privilégier les placements dans les actions et l’immobilier.