Quelles ont été vos dernières discussions avec les administrateurs d’Air Mauritius, surtout en ce qui concerne les formules de Leave Without Pay et de Part Time proposées ?

Jamais l’administrateur, Sattar Hajee Abdoula n’a négocié avec nous la MALPA, L’AMSA et l’AMTSSU. En général, il se contentait de respecter la loi lorsqu’on avait de la chance. C’est d’ailleurs, après une première rencontre agitée qu’il a réalisé qu’il ne pouvait imposer un nouveau “collective agreement” mais uniquement un “variation of collective agreement”. Nous savons maintenant que les administrateurs ne dirigent pas les opérations, sinon il ne reviendrait pas à la charge de cette manière et, s’il avait un plan, il n’aurait pas demandé une deuxième extension sous la section 225(4) de la Insolvency Act. Pour en revenir à la question, oui nous avons parlé dans le cadre du “facilitation committee” avec Sherry Singh d’un plan incluant le “leave without pay”, mais c’était John Mira et Patrick Lille qui ont proposé un plan pour les pilotes incluant ce type d’organisation. Le plan proposé était juste et équitable, il n’occasionnait pas d’injustice faisant travailler plus certains pendant que d’autres voient leurs rémunérations baissées de moitié. La situation que viennent de créer les administrateurs d’Air Mauritius est doublement abusive, car elle aura pour conséquence de réduire les salaires alors que tous les employés ont déjà concédé des réductions de 40% à 60% de leur revenu en juillet. Maintenant, les employés doivent supporter le coût additionnel des deux avions que la South African Airways a restitués à Air Mauritius en les excluant de toutes les protections que la loi du travail accorde aux travailleurs mauriciens. Cette section de la loi a pour effet de permettre à l’administrateur d’avoir un “fast track” vers le Redundancy Board. Alors, il faudra m’expliquer la pertinence de ce privilège, si de son côté l’administrateur obtient, lui, des extensions du délai qu’il doit respecter avant d’entreprendre des licenciements sous la section 225(4) de l’Insolvency Act,  cette loi préserve aussi les droits des travailleurs pendant l’administration pour éviter qu’ils soient torturés mentalement à propos de leur avenir professionnel.

L’on reproche de plus en plus, dans les milieux des employés de MK, le silence jusqu’ici de l’actionnaire majoritaire qui est l’État ? Qu’en pensez-vous ?

D’après mes sources, il y aurait un ancien steward qui se serait senti pousser des ailes au PMO et il souhaiterait voir la compagnie partir en liquidation afin de recommencer à zéro. L’on se demande si de telles fumisteries arriveront à voir le jour sous le Prime Ministership de Pravind Jugnauth. Les employés des autres secteurs de l’économie, comme le tourisme ou l’industrie ou encore des services financiers, ont du souci à se faire : d’un trait de plume du ministre du Travail, la section 72A peut leur être applicable et le calvaire que vivent les employés d’Air Mauritius sera également le leur. L’actionnaire majoritaire se comporte « sans amour-propre », après les éloges et les “autocongratulations” dont s’affublait le PM pour ces deux avions additionnels. Il est inacceptable qu’aujourd’hui que ce soient les travailleurs qui doivent encourir les frais ! Je pense qu’il faut faire prendre conscience au gouvernement que les employés d’Air Mauritius ont suffisamment enduré. Il faut les soulager en mettant plus d’argent pour préserver les emplois qui ne peuvent subir les conséquences des frasques de l’actionnaire qui dépense l’argent de la compagnie comme il dépense l’argent public. Sans compter ! Il faut rappeler à l’actionnaire principale ses responsabilités envers les employés à l’heure où les milliards du MIC sont dirigés vers le secteur privé.

Mais en parallèle, il y a aussi un manque apparent de synchronisation des actions syndicales. On a tendance à croire que « sakenn get zis pou li »…

C’est pour cela que j’adresse ce message aux travailleurs directement. Avez-vous vu une action concertée des grandes fédérations syndicales contre la Contribution Sociale Généralisée ? Les travailleurs sont-ils au courant de ce qui passe avec leur future retraite ? N’est-ce pas le rôle des syndicats d’être cette courroie de transmission entre ce que fait le gouvernement et la manière dont leurs droits en seront affectés ? Je l’ai déjà dénoncé, la démocratie est en panne dans les syndicats. Les membres élisent des représentants pour suivre une stratégie dont les négociateurs sont souvent les fers de lance. Une fois élus, les représentants ou les négociateurs n’en font qu’à leur tête, et ce au détriment de l’intérêt de tous les membres. Le syndicalisme à Maurice doit se réinventer. C’est pour cela que j’en appelle à un rassemblement sur une plateforme réunissant les travailleurs d’Air Mauritius et d’Air Mate, hors structure syndicale, car elle ne fonctionne plus. Je ne suis, pour ma part, plus rattaché à la FPU mais je suis le négociateur pour l’AMSA, la MALPA et l’AMTSSU officiellement. Toutefois, ces différentes organisations restent libres de ne pas suivre ma stratégie qui vise à rassembler tous les travailleurs d’Air Mauritius et d’Air Mate pour une manifestation.

Qu’auriez-vous préconisé aux administrateurs ou au gouvernement pour l’avenir de MK, sachant que le secteur de l’aviation subit l’impact de la COVID-19 ?

Il faut restreindre l’espace aérien à la seule compagnie nationale dans le cadre de cette pandémie pour protéger, Air Mauritius, un atout majeur de notre stratégie économique passé, présente et future. Notre compagnie aérienne est notre plus grand atout. Il faut mettre en place une équipe marketing capable de vendre notre destination. D’après mes sources, Air Mauritius laisse le champ libre à Emirates Airlines, il faut que cela cesse. D’autant plus que ceux qui voyagent en ce moment, notamment vers l’Europe, pourraient préférer un vol direct de Maurice vers l’Europe en évitant un “hub” comme Dubayy, qui est gravement touché par la pandémie.

Comment accueillez-vous la décision des autorités de « back-pedal » sur le projet de cargo aérien de DHL/Ethiopian Airlines ?

Cela n’est pas suffisant. Il faut aussi aller chercher de nouveaux marchés dans ce secteur. D’autant plus que la compagnie a reçu des demandes de cotation pour ce business sans y répondre. Il faut maintenant que la stratégie change et que l’on travaille dans l’intérêt de la compagnie plutôt que dans l’intérêt de l’arrière-cour du gouvernement.

Par ailleurs, quel regard jetez-vous sur la situation sur l’emploi post-confinement et les amendements apportés à la Workers Rights Act ?

C’est une immonde injustice, car les travailleurs ne sont pas responsables du manque de vision des dirigeants de notre pays. Preuve est faite aujourd’hui que nous n’étions pas préparés pour la pandémie après que le ministre de la Santé lui-même a reconnu qu’il fallait commander du matériel médical en urgence. Si le ministre du Travail était lui aussi mieux préparé pour affronter cette pandémie, il aurait donné des instructions pour que les employeurs soient mis aux faits des dispositions de “l’Atypical worker regulation” qui existait déjà depuis 2019 pour encadrer le travail à la maison. Mais le ministère du Travail semble n’avoir travaillé que lorsqu’il fallait amener des amendements liberticides aux droits du travail mauricien. Surtout lorsqu’il fallait fabriquer des exceptions pour viser spécifiquement les travailleurs d’Air Mauritius et d’Air Mate.

Et comment envisagez-vous votre avenir dans le combat syndical ?

J’ai été remercié par la FPU et je choisis désormais de mettre mes compétences aux services des travailleurs comme consultant en relation industrielle. Je réalise que le monde syndical devra se réinventer. Les syndicats doivent améliorer leur démocratie interne. Souvent, ce sont toujours les mêmes qui se retrouvent à devoir assumer la présidence ou le poste de secrétaire. Mais surtout parce que les syndicats doivent pouvoir compter sur le soutien des membres pour avoir des idées et ainsi un meilleur rapport de force durant les négociations. J’apporterai mon aide à tous les travailleurs mauriciens en étant un négociateur qui défend les droits des travailleurs, sans pour autant être rattaché à la structure syndicale comme je l’étais avec la FPU. J’ai bien vu les limites de ce système. Trop souvent, les travailleurs sont divisés parce que les dirigeants syndicaux laissent leur ego prendre le dessus sur l’intérêt du collectif. Je proposerai également des cours sur les relations industrielles et le droit du travail, car les sources d’information sur ces sujets sont rares et difficiles à comprendre très souvent. Je crois qu’il faut dans la société mauricienne des citoyens mieux armés qui, en connaissant mieux leurs droits, pourront mieux se défendre.