Le secteur immobilier mauricien n’a pas été épargné par la COVID-19. Attirant le plus fort taux d’investissements dans le pays, ce secteur s’est réinventé pour se mettre au diapason des développements qui s’opèrent dans ce domaine. Or, la résilience de Maurice a été prouvée vu que des investisseurs sont toujours intéressés d’investir dans ce secteur à Maurice. Pour parler davantage du secteur, Jess Cleland, CEO de Broll Indian Ocean livre ses impressions.

En tant que directrice générale de Broll Indian Ocean, comment décririez-vous cette année pour la compagnie ?

2020 a été une année éprouvante pour tout le monde, mais le vrai caractère se révèle et se développe dans les moments difficiles. Pour Broll Indian Ocean, l’agilité et l’adaptabilité ont vraiment été mises en avant. Beaucoup de « nouvelles » méthodes de travail, notamment la vidéoconférence, les espaces de bureau flexibles, les performances basées sur les résultats plutôt que sur le temps, n’étaient pas vraiment nouvelles pour nous, mais leur adoption dans l’industrie a été accélérée par le confinement. Cette pandémie a entraîné une accélération de la quatrième révolution industrielle, et sera, je pense, très utile pour faire progresser la rapidité et les capacités de tous les acteurs de notre secteur.

Le paysage économique mondial a été sérieusement touché par la pandémie de COVID-19. Quelles ont été les difficultés que ce phénomène a entraînées chez Broll Indian Ocean ?

L’immobilier est défini comme un atout à travers sa capacité de générer des revenus. En d’autres mots, les locataires paient une location au propriétaire du bien immobilier. La pandémie a démontré aux propriétaires combien il est important de comprendre qu’il est dans leur intérêt de protéger la survie de leurs locataires; et ces derniers étaient aussi dépendants sur les propriétaires pour s’assurer que leurs bâtiments  resteraient opérationnels. La pandémie a affecté la capacité de plusieurs locataires à payer leur location, ce qui a causé des problèmes pour les propriétaires et les occupants.  Mais nous avons conseillé d’assurer une communication libre nous permettant  de trouver une solution qui était mutuellement bénéfique. En effet, la plupart des propriétaires ayant réussi sont ceux qui ont élargi les discussions à travers toute la chaîne de valeur de la propriété comprenant des financiers, des actionnaires et des clients.

Les entreprises sont appelées à s’adapter au nouvel environnement. Le secteur de l’immobilier mauricien est-il suffisamment résilient et résistant aux effets de cette pandémie ?

La nature physique de l’immobilier signifie qu’elle est particulièrement impactée par les protocoles et les politiques qui limitent la proximité physique. Cependant, ce secteur a prouvé sa résilience aux défis majeurs dans le passé. L’immobilier existe pour répondre au besoin de ses occupants, et comme ces besoins changent avec le temps, donc, le secteur doit aussi s’adapter et s’épanouir. Dans le passé, le changement était déterminé par la technologie. Par exemple, le WiFi a transformé le design des bâtiments, car le câblage de données a disparu, alors que les relations humaines dans les bâtiments sont aujourd’hui le moteur du changement. Il est évident que cela se produit à un rythme accéléré et que l’industrie devra repenser sa position en fonction de cette évolution, mais, même si l’avenir est incertain, la plupart des gens sont optimistes quant au redressement et à la croissance des entreprises. Même si certains marchés traditionnels risquent de devenir obsolètes, nous sommes convaincus que cela sera équilibré par de nouveaux domaines de croissance.

Quelle est votre vision de l’avenir du secteur immobilier à Maurice dans les cinq prochaines années ?

La première chose qui vient à l’esprit est qu’il y a de nouveaux éléments déterminants dans la façon dont les bureaux sont occupés. À travers le monde, la progression exponentielle du télétravail et du travail flexible entraîne une dynamique nouvelle dans le monde du travail. Nous prévoyons que de nombreuses entreprises adoptent un modèle « central et flexible » dans lequel le siège social fournira un espace de collaboration et d’engagement, tandis que les activités quotidiennes seront effectuées par le personnel travaillant soit à domicile, soit dans des bureaux flexibles situés plus près des zones résidentielles. Cela nécessitera un changement de la pensée et de la stratégie des entreprises, qui passeront d’un modèle de « coût total de l’emploi » à un modèle de « coût total de production ». Il s’ensuit que les prestataires de services de bureau seront probablement en mesure de faire progresser le marché en offrant le type de flexibilité que les entreprises demandent.

Le comportement des consommateurs se transforme également, ce qui se traduira à l’avenir par un profil de demande de biens immobiliers très différent. Par exemple, les détaillants devront investir davantage dans les services en ligne et la distribution, ce qui alimente la croissance du secteur de la logistique, qui a déjà connu un essor intéressant. Nous nous attendons également à ce que de plus en plus de détaillants adoptent une approche hybride pour leur expansion et leur entrée sur le marché à l’avenir, en associant les plates-formes en ligne et les canaux de livraison à une structure traditionnelle plus petite, de type « brique et mortier ». Nous nous orientons également vers une vente au détail plus axée sur la communauté, où les centres commerciaux joueront de multiples rôles sociaux dans les zones qu’ils couvrent. Cela peut impliquer l’intégration d’autres secteurs, par exemple les soins de santé et d’autres services, dans les espaces libres des centres commerciaux.

Quelle est votre analyse du climat d’investissement local, en particulier dans le secteur de l’immobilier ?

Certes, nous voyons un fort intérêt dans l’immobilier mauricien, mais avec tous les actifs investissables, nous sommes en concurrence pour des capitaux sur le marché mondial. Il est donc crucial que nous présentions les dossiers d’investissement pour l’immobilier mauricien sur une base professionnelle et selon des normes reconnues au niveau international. Cela est notamment important pour les marchés qui évoluent rapidement ou qui sont instables, comme dans la dynamique provoquée par la pandémie de Covid-19, où toute estimation de la valeur devient bien plus tributaire d’une analyse de scénario approfondie et de tests de résistance. Pour réaliser cela, nous avons adopté une approche d’évaluer les biens immobiliers en créant une structure entre le connu et l’inconnu, et de quantifier les incertitudes importantes autant que possible à travers des simulations complexes de divers scénarios.

Le Grand argentier a annoncé une croissance économique de 10% pour l’année prochaine. Croyez-vous que le secteur de l’immobilier serait un élément clé de cette croissance ?

L’immobilier, que ce soit la terre ou les bâtiments, englobe toutes les industries et est donc étroitement lié à la croissance. Alors que les distributeurs, les entreprises et les services prospèrent, l’ensemble de l’écosystème immobilier est, lui aussi, en pleine expansion. Cela dit, des opportunités existent toujours sur n’importe quel marché, aussi, quelle que soit la croissance réelle réalisée, nous prévoyons que les investisseurs enthousiastes ou les occupants avisés pourront profiter des conditions actuelles du marché en étant bien conseillés.

Pensez-vous que la Real Estate Agent Authority pourrait être la plate-forme pour booster ce secteur ?

Le secteur dans son ensemble a réalisé une incroyable quantité de travail pour se conformer à la réglementation de la Real Estate Agent Authority, ce qui profitera encore plus au secteur et mettra Maurice sur un pied d’égalité avec ses pairs. Quoi qu’il en soit, les dossiers en faveur de l’investissement dans l’immobilier mauricien restent solides, et de nombreux facteurs positifs poussant les investisseurs vers ce secteur n’ont été renforcés qu’au cours des derniers mois. Cela est confirmé par les nombreux investisseurs internationaux qui ne sont pas affectés par l’incertitude introduite par la liste noire. L’île Maurice est attrayante parce qu’elle dispose d’une série d’excellentes mesures commerciales, fiscales et sociales, de sorte que les fondamentaux qui stimulent la demande restent forts et attrayants.