Suite à l’engagement pris par la Créole Speaking Union (CSU) le 21 février 2019 à l’occasion de la commémoration des 20 ans de la mort du seggaeman Kaya, de son vrai nom Réginald Topize, de produire un livre sur lui, l’institution a présenté ledit ouvrage en présence, entre autres, du ministre des Arts et du Patrimoine culturel, Avinash Teeluck, de la famille Topize, du ségatier Serge Lebrasse et de ses contributeurs hier soir au Théâtre Serge Constantin, à Vacoas. Une cérémonie emplie d’émotions avec, en outre, le vibrant témoignage de la veuve de Kaya, Véronique Topize.

Le lancement de cet ouvrage, dirigé par Christina Chan-Meetoo, chargée de cours à l’Université de Maurice et membre du conseil d’administration de la CSU, intitulé Kaya ant sime lamizer ek sime lalimier, s’inscrit dans le cadre de l’anniversaire du chanteur, qui aurait eu 60 ans ce 10 août.

« Zordi, se enn gran plezir pou mwa, me osi enn gran lemosyon, pou partaz leritaz Kaya avek zot. » Ce sont les paroles de Véronique Topize, qui se demande si « c’est un cadeau qu’on offre à Kaya aujourd’hui ou si c’est plutôt lui qui nous en offre un ». Avant de poursuivre : « Se plito li ke pe don nou enn kado. Li pe partaz so leritaz avek lafami morisyen. » Véronique Topize en a profité pour remercier toute l’équipe ayant travaillé sur ce projet, dirigé par Christina Chan-Meetoo et le président de la CSU, Arnaud Carpooran. Ce qui aura été « un travail extraordinaire » ayant nécessité « beaucoup de patience pour déchiffrer l’écriture de Kaya, la comprendre et vivre l’émotion de ses textes pour produire cet ouvrage ».

Ainsi, cette publication donne du sens au fait qu’elle ait conservé tous les documents originaux de Kaya dont son journal intime pendant ces 20 dernières années. « Kan Kaya ti pe ekrir, li ti pe ekrir avek so leker, avek sinserite. Li ti krwar dan se ki li ti pe fer. Kaya inn kass boukou baryer », affirme-t-elle.

Pour sa part, Serge Lebrasse, à qui une copie de l’ouvrage a été offerte, a partagé un brin de causette qu’il a eue avec Kaya quelque temps avant sa mort. « Li dir mwa, kan li mor, apre dizan li pou appel mwa lao pou al zwin li. » Et quelques coups de reins de Serge Lebrasse en salle pour traduire la suite de cette rencontre annoncée… Pour le plus grand plaisir de l’assistance !

Pour sa part, le ministre des Arts et du Patrimoine culturel a parlé de l’effet des textes de Kaya sur lui alors qu’il était encore jeune collégien. Selon lui, ces « paroles profondes » ont beaucoup contribué « à la création de l’unité nationale telle que nous la vivons aujourd’hui ». Il ajoute : « Ses paroles donnent à réfléchir. Kaya nous pousse à réfléchir sur la manière de sortir de la misère. » Comme Kaya s’est inspiré de Bob Marley, Avinash Teeluck estime qu’il est aujourd’hui « source d’inspiration pour la jeune génération ».

Le professeur Arnaud Carpooran, qui a préfacé l’ouvrage, a observé pour sa part que ce projet est un témoignage de l’engagement communautaire des universitaires : « Kan liniversite zwin “liniver site”, ek visversa. » Pour Arnaud Carpooran, la date du 21 février est « triplement importante », car marquant la commémoration de la mort des étudiants bengalis en 1952, qui militaient pour la reconnaissance de leur langue maternelle, et qui en 1999 a donné lieu au décret des Nations Unies de faire de ce jour la Journée internationale de la langue maternelle. C’est aussi la date de la commémoration de la mort de Kaya et, pour l’Université de Maurice, c’est aussi la date de la publication du premier dictionnaire prototype en créole mauricien selon la graphie officielle, en 1999. Arnaud Carpooran souligne aussi que le lien entre Kaya et le créole est « clair » puisque ces manuscrits « témoignent de son désir de donner au créole la place qu’il méritait ». Et « d’ailleurs, il l’écrit ! ».

Pour sa part, Christina Chan-Meetoo a parlé de la genèse du projet et a fait une présentation de l’ouvrage, qui parle de Kaya l’homme, mais aussi Kaya l’artiste, le philosophe et l’intellectuel, sa musique, son utilisation de la langue créole dans ses textes, avec une analyse mettant en avant la récurrence de certains mots… Le lecteur aura aussi l’occasion de connaître l’homme à travers une série d’interviews de ceux qui l’ont côtoyé. Et de découvrir les textes de ses chansons déposés à son nom à la MASA, dans la graphie officielle du créole.

À noter que la soirée a été marquée par la prestation de son frère, de son neveu et de son fils, Azaria, qui ont interprété Sime lalimier. L’ouvrage est en vente à Rs 400. Information et réservation par e-mail (livkaya2020@gmail.com).