Ce n’est pas très beau à voir. Comme tout chantier qui se respecte d’ailleurs. Mais celui-là est assez particulier, car c’est une partie du flanc de la Tourelle, à Tamarin, qui a été complètement rasée pour la construction d’un complexe résidentiel de luxe, Legend Hill. Depuis quelques semaines déjà, habitants de la région, politiques et écologistes montent au créneau pour dénoncer ce projet qui, selon eux, semble ne pas respecter les critères environnementaux imposés par les autorités. Michaël Ruel, président du groupe MJ Développement, promoteur du projet, lui, rassure et insiste sur le fait que tout ce chantier est la partie « mise en sécurité », que tout a été fait dans les règles et qu’il n’a « aucun contact politique à Maurice.  »

Depuis quelques semaines, tous les regards se tournent vers ce paysage disgracieux. Une partie du flanc de la montagne de la Tourelle représentant 20 arpents de terrain a été mise à nu. Dans deux ans et demi, soit le temps estimé pour la fin des travaux, sortiront de terre 23 villas, 4 blocs d’appartement et un bâtiment hospitality de service avec un restaurant gastronomique, un spa et une salle de fitness. Sauf qu’avant la fin des travaux, il y a toute la partie « chantier » et en sus du bruit, les habitants s’inquiètent pour leur sécurité, car « construire un tel projet sur la pente d’une montagne, c’est hyper dangereux ! » nous confie une habitante de la région.

L’image d’une partie du flanc de la montagne rasée fait le tour des réseaux sociaux

C’est d’ailleurs ce que dénonce la députée Joanna Bérenger. Dans une conférence de presse durant la semaine, cette dernière est revenue sur les inquiétudes des habitants face à ce projet. « Il y a des risques élevés pour des glissements de terrain et l’on se pose beaucoup de questions au niveau du Economic Development Board, du ministère de l’Environnement et du District Council de Rivière Noire qui ont donné leur aval pour ce projet », a-t-elle dit.

Cette dernière s’interroge de plus dans une publication sur sa page Facebook : « Qu’il s’agisse d’éboulements, d’inondations en contre-bas ou de glissements de terrain, est-ce que les risques entourant ce projet ont été évalués en tenant compte des effets du changement climatique, y compris des pluies torrentielles qui seront de plus en plus fréquentes ? Est-ce que tous les points concernant les drains qui ont été soulevés par le Black River District Council lors de son 2e refus d’accorder le permis de construction pour la partie commerciale ont été réglés ? Quelle est la raison derrière le feu vert accordé à ce projet PDS (Property Development Scheme) qui ne respecte pourtant pas les recommandations du Planning Policy Guidance par rapport à l’inclinaison des pentes et à l’altitude ? »

« Entre % et 40% d’inclinaison »

En effet, l’inclinaison des pentes demeure un des points les plus décriés par les écologistes, d’autant que ce site se situerait dans les zones à haut risque. Toujours sur les réseaux sociaux, l’ONG Platform Moris Lanvironnman (PML) soulève de nombreuses questions. « Comment ce projet a-t-il obtenu au départ même le feu vert de l’EDB en tant que PDS alors que les pentes concernées se situent entre 33% et 40% d’inclinaison (rapport EIA), bien que le Planning Policy Guidance 9 – Development on Sloping Sites and Landslide Hazard Areas stipule que “Development is not allowed on slopes greater than 20%” sauf dans des cas exceptionnels. Des pentes de 33% à 40% sont supérieures de 65% à 100% de la limite maximale autorisée. De quelle façon le cas de Legend Hill est-il un cas exceptionnel ? » L’ONG dénonce aussi le projet Legend Hill, qui se situerait « au-delà de 45m d’altitude (c’est écrit dans le rapport EIA), soit au-delà de ce qui est généralement permis dans le PPG 9 : “As a general guide, development should not be higher than 45 metres above the mountain base, or in the case of slopes facing the sea, 45 metres above Mean Sea Level.” »

Par ailleurs, PML s’insurge du fait que les autorités semblent se dédouaner de toute responsabilité si jamais il devait y avoir un problème, en incluant dans le permis EIA une condition assez particulière. « The proponent insolido with his team of consultants involved in the preparation of the EIA report and the Registered Professional Engineers undertaking the Geotechnical Investigation shall be responsible for all liabilities with respect to defects in construction, structural damages and any property damages due to landslide and any other associated risks in line with provisions of the Building and Control Act (2012). » Une condition qui démontre, selon l’ONG, que les autorités locales « n’ont pas les compétences pour évaluer les impacts réels du projet ou que sachant que le projet comporte des risques, elles se dérobent de leurs responsabilités statutaires ? Dans un cas comme dans l’autre, cela ne constitue-t-il pas un manquement au devoir ? »

« Je comprends que l’on puisse ne pas être d’accord »

Des interrogations et des inquiétudes qui n’ont pas échappé au promoteur de Legend hill. Dans un entretien à Week-End, Michaël Ruel s’explique et affirme n’avoir aucun contact politique, comme pourraient le sous-entendre certaines personnes. « Legend Hill est un projet qui date de trois ans, ce n’est donc pas un nouveau projet », nous affirme le directeur de MJ Développement. Installée à Maurice depuis 2014, cette PME française spécialisée en immobilier en est à son troisième projet avec Legend Hill, après Marguery Villas à Rivière Noire et Mythic Suites & Villas à Grand Gaube. « Les travaux ont démarré en juillet 2020 et je peux comprendre la violence d’un chantier qui n’est jamais très beau », dit-il. Michaël Ruel explique ainsi avoir attendu longtemps avant d’avoir l’aval des autorités pour ce projet. « Nous avons obtenu notre BLUP Infrastructures en juillet 2018. On a mis un an pour avoir notre licence EIA, car il a fallu voir avec les autorités pour le drainage, etc. Ensuite, c’est en mars 2020 que nous avons obtenu notre BLUP Bâtiments et en janvier 2021, notre BLUP Hospitality. »

Michaël Ruel soutient, de plus, « travailler uniquement avec des entreprises et consultants locaux, dont les plus grandes de l’île expertes en drainage, murs de soutiennement, car ce projet sera sur pieux à cause du terrain. On ne fait pas n’importe quoi.  » Nous lui demandons d’emblée pourquoi avoir choisi ce site précis. « Nous avons développé Marguery Villas pas très loin, et ce site sur la Tourelle, qui est un terrain privé, était mis en vente. Et il était constructible, d’ailleurs, il faut avouer qu’on a des vues spectaculaires. Et puis, c’est cela notre métier, on cherche des emplacements pour l’immobilier. » Il tient aussi à préciser qu’il n’a aucun contact politique et « aucune entrée nulle part. Je suis passé par l’EDB comme tout le monde. »

Michaël Ruel soutient que ce projet a une clientèle particulière. « Notre clientèle principale est composée d’acquéreurs étrangers, dont 30 à 40% sont à Maurice et les autres souhaitent acheter une résidence secondaire. » Il ajoute : « Je comprends que l’on puisse ne pas être d’accord, mais nous, nous sommes juste des opérateurs. Nous avons acheté un terrain, nous avons pris trois ans pour obtenir les papiers. C’est une grosse responsabilité. »

Michaël Ruel (MJ Développement) : « Sur les 20 arpents, 11 arpents du projet pas du tout constructibles »

Michaël Ruel, directeur du groupe MJ Développement

Des 20 arpents rasés actuellement, 11 arpents ne seront pas exploités par MJ Développement. C’est ce qui leur a été autorisé. « Sur les 20 arpents, 11 arpents qui se trouvent au-dessus de notre projet ne sont pas du tout constructibles et resteront donc en copropriété. » Michaël Ruel, qui a adopté l’île Maurice depuis 2003, y venant chaque année en vacances, veut rassurer la population. « On coupe la montagne pour construire la sécurité. Ce que vous voyez là, c’est la mise en sécurité des plateformes, des voiries. Le bâtiment ne va pas démarrer avant juin/juillet », explique Michaël Ruel. Il affirme que le projet sera intégré à la montagne qui sera « reconstruite. » « Il y aura un cut-off drain au-dessus de notre projet pour récupérer les eaux en amont de la montagne. Il y aura aussi des drains à l’intérieur de notre complexe. Des drains publics vont être renforcés au niveau de la route côtière. On a pris en compte tous les risques géotechniques et hydrauliques. Bref, en tout, ce sera un an d’infrastructure et de préparation. »