Tous les instruments s'accordent à l'unisson à l'Atelier Mo'zar

L’Atelier Mo’zar est né de la vision de feu José Thérèse, qui a voulu combattre l’exclusion sociale dont souffrent les résidents de Roche-Bois. Parti trop tôt, il a su bâtir une œuvre à laquelle se sont joints 102 élèves.

L’une des fiertés de l’Atelier Mo’zar est qu’il a pu accueillir 11 boursiers. Cette année, deux jeunes, Axel Hon Fat et Stahn Latcheemoonah, ont été classés respectivement premier et deuxième en musique en HSC. Le confinement a obligé les membres de cet atelier à revoir leur plan de relance. La réouverture de l’Atelier Mo’zar se fera progressivement le 1er juillet. En attendant exceptionnellement pour Le Mauricien, l’Atelier Mo’zar a ouvert ses portes mercredi, le temps d’une redécouverte des lieux, dans un joyeux tintement de sons aux notes colorées.

Trombone, flûte traversière, guitare, saxo, cuivre, batterie, violon, les instruments s’accordent à l’unisson pour véhiculer un souffle porteur d’espérance et d’espoir. Dans la joyeuse cohorte qui déferle, Jazzy Christophe, 18 ans de Batterie-Cassée, dont le père est éboueur et la mère s’occupe des espaces verts de la municipalité de Port-Louis a rejoint l’Atelier Mo’zar à huit ans. Il a décroché en 2018 une bourse pour une “summer class”. Il a aussi participé à une audition en ligne lui permettant de décrocher une autre bourse pour ses études. Jazzy a pu partir à Boston, au Berklee College of Music, pour un “Five Weeks Program”. « Mon père a toujours aimé la trompette. D’où mon nom Jazzy. Mon oncle, lui, a choisi la batterie. Je viens d’un milieu musical et moi, Jazzy, j’ai eu envie de rencontrer José Thérèse, un peu avant mes huit ans et j’ai eu la chance d’être parmi les boursiers du Barklee College of Music à Boston. Dommage que la Covid-19 soit venue bousculer mes projets. On m’a proposé de refaire le même stage Aspire et j’ai beaucoup bossé pendant le confinement en attendant d’être de nouveau à Boston. »

Valérie Lemaire, directrice de L’Atelier Mo’ Zar, fait état de la philosophie de José Thérèse qui est basée sur trois mots-clés : « Enjoy, practise and always practise. » La méthode d’apprentissage de l’Atelier Mo’Zart est d’appliquer une discipline basée sur les horaires et le travail en continu.

À 11 ans, Samuel Augustin est le plus jeune trompettiste de la troupe et Dwayne Tanner, 14 ans, a rejoint la troupe il y a deux ans. Il a connu le rêve de jouer au Brésil lors du festival de Rio das Ostras Jazz & Blues.

« Arrêter les discriminations »

Quand tous les styles musicaux s’harmonisent et que chaque talent se met à jouer, l’offre musicale est une pure merveille. D’abord par rapport au son bien rodé, ensuite l’approche des élèves dont la tranche d’âge varie : chacun émeut par sa moindre prestation. L’Atelier Mo’zar surprend dans son ensemble en étant un vivier de talents. Bon nombre de ses adhérents sortent de Roche-Bois. La plus grande récompense de cette école de musique est que récemment elle a accueilli un nouveau boursier du Berklee College of Music. Il s’agit d’Alexson Émilien qui a décroché une bourse d’études pour une “summer class” au Berklee College of Music, situé à Boston.

Valérie Lemaire, directrice de l’Atelier Mo’zar, est fière de cette nouvelle d’autant plus que s’y ajoute le fait que deux autres élèves se sont classés respectivement premier et deuxième aux examens de HSC. Axel Hon Fat a, pour sa part, décroché la première place en musique et Stahn Latcheemoonah, la deuxième place. Et tous deux ont décroché une bourse dans une école américaine. Ils ont, par ailleurs, pu se joindre à un stage de perfectionnement en musique au Berklee at Umbria Jazz Clinics, Italie. Sélectionnés pour une audition, les deux amis se sont vus remettre chacun une bourse pour une “summer class” en 2020, mais avec le confinement, ce projet a dû être revu. Ouvrant une autre parenthèse, Valérie Lemaire indique : « Mo’zar fêtera prochainement ses 25 ans et la philosophie de José a toujours été de lutter contre l’exclusion. Quand José Thérèse a fondé cet atelier en 96, il avait une vision bien distincte en tête : permettre à 80% des résidents de Roche-Bois de s’épanouir à travers la musique. Il en avait marre de cette discrimination à leur adresse. Dès que le nom Roche-Bois était évoqué, cela ramenait dans l’esprit de certains un gros problème d’orientation. José faisait confiance aux gens, récusant le système scolaire qui ne s’est pas adapté au milieu des enfants. Et à travers l’Atelier Mo’zar, il a pu former de jeunes diplômés de la Royal School Of Music. »

Mais ce qui offusque Valérie Lemaire, c’est que les gens continuent d’avoir une mauvaise perception de Roche-Bois. « On n’entre pas dans les cases ici et Roche-Bois continue à faire partie de l’exclusion sociale. Pour le ministère de l’Intégration sociale, on est inexistants. L’Atelier Mo’zar est financé en partie par la National Social Inclusion Foundation. Et c’est dommage qu’on n’ait reçu aucun financement sur le programme d’Excellence. Notre encadrement des élèves de l’Atelier Mo’zar ne se limite pas qu’au point de vue musical, on les emmène voir des concerts, on familiarise ces enfants avec des “masterclass”, on les fait côtoyer des artistes. Il y a même des cours qui nécessitent un tête-à-tête avec des élèves et on les propose même des stages à Boston. »

Revenant sur le cas de Stahn Latcheemoonah, Valérie Lemaire dira : « Parfois des élèves doivent même se déscolariser, faire de bonnes combinaisons sur leurs sujets. Je trouve dommage avec de tels résultats qu’un jeune ne puisse devenir lauréat en musique, car d’après le MES, il n’existe pas de bourse d’artistes pour les lauréats. Même des gens du Conservatoire viennent à Mo’zar. C’est un grand signe d’encouragement pour nous qui constituons la seule plateforme où les élèves ont cette possibilité de jouer. »

Avec la mort de José Thérèse, il y a eu un grand chamboulement car ce dernier faisait tout de A à Z, poursuit Valérie Lemaire. L’atelier de musique est dirigé par huit professeurs, soit Philippe Thomas, également directeur artistique de la troupe, Dario Ramdeal, Yvan Bazile, Samuel Laval, Patrick Desvaux, Hermans Pierre-Louis, Christophe Berlin, Olivier David. Les instruments varient : batterie, cuivre, guitare, piano, flûte traversière, trombone, saxo alto. Pendant ces deux mois de confinement, selon Valérie Lemaire, les élèves n’ont pas chômé : les cours ont été prodigués en ligne par visioconférence. « On a prêté quelques instruments aux élèves qui n’en avaient pas, on s’est assuré qu’ils avaient un smartphone, un package Internet. Tout a été mis en place de manière à continuer l’encadrement musical des élèves. La réouverture se fera de manière progressive à partir du 1er juillet. »

À noter que du 20 au 23 juin 2019, les élèves de L’Atelier Mo’zar ont été sur la scène au Brésil et se sont produits notamment au festival de Rio Das Ostras Jazz & Blues et lors du Festival. Ils ont conquis le public avec leur séga jazz. Cette école de musique a encore de beaux jours devant elle et n’a pas fini d’étonner le public mauricien.

Arlette Thérèse, la maman de José : « Enn ti dezorder José »

À 81 ans, Arlette Thérèse est mère de trois enfants, Serge, Doris et José. Personnage qui attire du premier coup la sympathie, Arlette est franche et directe. Elle raconte son fils José: « Enn ti dezorder, pran lamok li tape tout lazourne. Quand il était petit, je m’évertuais à lui dire : “José, arrête de faire autant de bruit”. Lui riait et de ces petites boîtes de conserve, il faisait sa propre composition. » Ayant travaillé dans une usine d’allumettes, Arlette se souvient que le métier n’était pas de tout repos. « J’ai toujours été passionnée par tout ce que j’entreprends. » Lorsque Jazzy, un des élèves lui remet le saxophone de son fils José, Arlette dira, émue : « Eta mo garson li byen lour. » En apprenant que cet instrument était celui de son fils, elle lancera : « José a le mérite d’avoir pu faire des enfants apprendre la musique. Gro gro linstriman mo truv dan bann ti lamain, zordi bann zanfan fine vinn adilt. Et la musique perdure. » Un des rêves les plus chers d’Arlette est de voir l’inauguration de l’Ecole Mo’zar et de pouvoir aider à la cantine en mitonnant de bons petits plats pour les enfants. Un petit regard jeté en direction de Valérie Lemaire, Arlette poursuit dans un grand éclat de rires. « Demann Valérie, li byen kontan mo bann tipla, et mwa mo byn kontan bann zelev ki pe a traver lamisik reisi zot lavi. »

Ezekiel, Elizabeth et Néhémie : famille de musiciens

Voir la famille Ramtano, en l’occurrence Ezekiel, 18 ans Elizabeth, 16 ans et Néhémie, sept ans, se mettre à la musique est un pur divertissement. Elizabeth a choisi le violon. « J’ai pratiqué la danse classique et le chant dans la chorale avec mon père. Pour moi, le choix du violon réside dans sa structure. C’est un objet délicat et c’est très intéressant de manier cet instrument. À l’Atelier Mo’zar, j’ai beaucoup appris. Ma sœur et mon frère se sont aussi joints à moi et chacun d’entre nous a choisi un créneau musical différent. Et lorsqu’on se retrouve tous les trois à jouer ensemble, c’est une belle expérience musicale. » Elle est rejointe dans ses propos par Néhémie, dix ans, qui joue de la flûte traversière : « J’aime bien ce style de musique particulier et je suis contente de pouvoir exprimer mon talent avec les autres élèves de l’Atelier Mo’zar. »

Ezekiel, lui, dira sans détour avoir débuté par le piano qui ne lui plaisait pas trop et finalement il a trouvé sa voie avec le trombone. « J’ai démarré au Conservatoire, mais l’Atelier Mo’Zar m’a séduit, surtout la vision de José Thérèse. Il nous disait toujours qu’il fallait chérir notre instrument, de lui trouver un nom de manière à ce qu’il devienne notre pote. J’ai décidé de nommer mon trombone Véronika lors d’une tournée musicale à Madagascar. L’Atelier Mo’Zar a changé ma perception des choses et je suis content d’avoir trouvé ma voie. »

Axel Hon Fat et Stahn Latcheemoonah classés 1er et 2e en Musique

Classé premier en Maurice en musique aux examens de HSC, Axel Hon Fat, 20 ans, vit à Roche-Bois. Il avait neuf ans quand il s’est joint à l’Atelier Mo’Zar. « Je suis fier de mon parcours et je suis redevable envers José Thérèse. Il avait vu juste en m’encourageant à jouer du saxophone. Je compte approfondir mes connaissances dans cette voie. » Stahn Latcheemoonah doit sa vocation musicale à son père, un passionné de jazz. « Il a toujours aimé le saxophone, tout en étant un mordu de la musique jazz. J’ai eu la chance de voyager avec l’Atelier Mo’Zar à Madagascar, Brésil, Italie. Être classé deuxième en musique aux examens du HSC est un honneur. C’est un créneau porteur et cela peut me permettre de devenir musicien professionnel. J’ai profité du confinement pour me perfectionner.