Donner une seconde vie, voire plus, aux pneus usés grâce au rechapage. Cette technique industrielle permet à la carcasse d’un pneu usé de recevoir une nouvelle bande de roulement sans altérer sa sécurité et son efficacité sur les routes. Le rechapage constitue un avantage en matière économique pour de nombreuses entreprises qui privilégient l’achat de pneumatiques rechapés pour leur flotte de véhicules, vu qu’ils coûtent 40 à 50 % moins cher comparativement aux mêmes modèles vendus neufs. L’allongement de la durée de vie des pneus grâce à ce procédé est un avantage environnemental indéniable quand on sait que rien ne semble pouvoir les faire disparaître une fois jetés dans la nature.

Environ 4 500 tonnes de pneus usagés sont abandonnées chaque année dans le pays, avec une moyenne de 600 tonnes détruites à la décharge d’enfouissement de Mare-Chicose, selon une étude rendue publique par le gouvernement en août dernier. A la lumière de ce constat et compte tenu de la saturation du site de décharge, le cabinet ministériel a décidé d’approuver la mise en œuvre d’un projet de recyclage et de traitement des pneus usagés dans le cadre d’un programme de construction propre à l’exploitation à Maurice. Un appel à projets a été lancé pour garantir la transparence et la responsabilité dans la sélection d’un fournisseur de services.

En attendant que ce projet devienne une réalité, il y a un autre moyen de recycler les pneumatiques grâce à la technique du rechapage qui s’applique généralement aux pneus des poids lourds, des engins de chantier, des autobus, des avions et dans une moindre mesure aux roues des voitures.

Emcar Ltd, Modern Tyre Industries et la Compagnie mauricienne de commerce (CMC) sont les trois principales entreprises de rechapage à Maurice. Remy Rodrigues, directeur général de la CMC, compagnie qui célèbre cette année ses 56 ans en tant qu’unique représentante à Maurice de Bandag, entreprise américaine spécialisée dans le rechapage, nous parle de la qualité et de la sécurité du pneu rechapé. Remy Rodrigues, qui dirige l’entreprise depuis 2016, dissipe certaines idées reçues sur les roues rechapées : « Si vous pensez que les pneus rechapés ne sont pas sûrs, ne prenez plus l’avion, car de nombreuses compagnies aériennes équipent leurs appareils de pneus recyclés », souligne-t-il, qui ajoute que « pour l’instant, la CMC n’a pas encore décroché de contrat pour le rechapage des pneus des avions d’Air Mauritius, mais nous envisageons de la contacter pour un partenariat ». Il précise que « ces pneus usés sont soumis au préalable à une batterie de tests identiques à ceux des pneus neufs afin de valider les critères de sécurité et de performance et d’en autoriser la commercialisation. Nous disposons d’une capacité annuelle de 36 000 pneus recyclés ».

Jusqu’à 50 % moins chers

Le rechapage comporte plusieurs étapes : lorsque les pneus à réchapper arrivent à l’usine, un technicien les examine rigoureusement afin de déterminer quels sont les pneus qui pourront faire l’objet de rechapage ou pas. Le râpage constitue la deuxième étape qui consiste à enlever la semelle usée du pneu à l’aide d’une râpeuse qui retire l’excédent de gomme restant de la carcasse et lui redonne ses dimensions idéales. S’ensuit le processus de débridage où tous les dommages superficiels de la carcasse sont soigneusement supprimés. Si nécessaire, des sections seront également réparées à ce stade. Puis arrive l’étape où la nouvelle semelle est appliquée sur la nouvelle carcasse avant que les pneus rechapés soient placés dans une chambre de cuisson dans laquelle la chaleur et la pression permettront à la nouvelle bande de roulement d’adhérer à la carcasse du pneu. Un technicien inspecte finalement le pneu recyclé avant sa commercialisation.

Le rechapage d’un pneu permet aux entreprises de réaliser des économies. « Jusqu’à 50 % moins cher qu’un pneu neuf, alors qu’un pneu rechapé présente les mêmes avantages qu’un pneu neuf », souligne Remy Rodrigues. La CMC compte parmi ses clients des opérateurs d’autobus comme le Compagnie nationale de transport (CNT), Rose-Hill Transport (RHT) et Triolet Bus Services (TBS), ainsi que des compagnies de constructions, telles que Gamma Construction et General Construction. En intégrant le procédé du rechapage dans leurs politiques d’achats de pneus pour leur flotte de véhicules, ces entreprises le fait n’ont uniquement dans une démarche économique, mais elles s’engagent aussi à promouvoir le concept du développement durable. « Grâce au rechapage, c’est techniquement cinq à six fois moins de pneus qui atterrissent à Mare-Chicose par an. Pour preuve, certaines compagnies d’autobus font rechaper le même pneu plus de cinq fois », nous confie Remy Rodrigues.

Des 800 à 1000 pneus utilisés en moyenne par la CNT annuellement pour sa flotte de 540 autobus, plus de la moitié font l’objet de rechapage. « Plutôt que de retrouver un pneu dans la nature, on lui donne une nouvelle vie. Ce qui permet à la compagnie de faire des économies », résume Sunil Copal, le directeur de la communication à la CNT qui souligne que « dans le passé, la CNT avait son propre atelier de rechapage à Forest Side, mais pour diverses raisons, la compagnie a décidé d’arrêter les opérations. Les machines y sont toujours. Il se pourrait donc qu’on décide à l’avenir de relancer cette activité ».

La CNT envisage par ailleurs la mise en place d’un plan de formation pour ses chauffeurs afin qu’ils puissent détecter les pneus usés dans les moindres délais.

Avec les voitures électriques, la pollution des pneus devrait s’aggraver

« Plus de 200 000 tonnes de minuscules particules de plastique émanant des pneus et des plaquettes de frein de nos véhicules sont emportées chaque année par le vent, des routes jusque dans les océans. » C’est ce que révèle une étude publiée dans la revue Nature Communications et relayée par le journal anglais The Guardian, il y a deux mois.

« Les routes sont une source très importante de microplastiques dans les régions reculées, y compris les océans », explique Andreas Stohl, de l’Institut norvégien de recherche sur l’air, qui a dirigé l’étude. Un pneu en perd en moyenne 4 kg au cours de sa vie. « C’est une énorme quantité de plastique par rapport aux vêtements, dont les fibres se trouvent généralement dans les rivières », détaille le chercheur. Andreas Stohl estime que le problème de la pollution des pneus et des freins devrait s’aggraver, les voitures électriques amenées à se développer étant plus lourdes que les voitures à combustion interne que nous utilisons actuellement. Conséquence de ce poids : une plus grande usure des pneus et des freins.

Ruben Kalemootoo redonne souffle aux pneus usés

Après ses études en développement durable, Ruben Kalemootoo, de Junkart Creations, actuellement enseignant, a décidé de se lancer dans le recyclage.

« J’utilise plusieurs matières, dont le bois, le verre, mais aussi le caoutchouc des pneus usés », dit-il. « A l’école où je travaille, nous récupérons les pneus usés du garage de la localité pour en faire des poubelles. Bien utilisés, ces pneus peuvent durer longtemps et au lieu d’atterrir sur des terrains en friches, ils sont maintenant utilisés à bon escient », dit-il. Ruben Kalemootoo pense ainsi qu’il devrait y avoir une plus grande prise de conscience. « Des gens brûlent ces pneus pour récupérer le métal qui s’y trouve, ce n’est pas bon pour la santé ni pour l’environnement. Il faut donc essayer de trouver une solution plus écologique à nos problèmes. » 

Entre boucle d’oreilles, tabourets et même prochainement des instruments de musique, car « au bas d’un instrument, il y a un morceau de caoutchouc, je vais travailler sur cette idée pour voir si l’on peut utiliser les pneus usés » dit-il.