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C’est une affaire qui fait couler beaucoup d’encre, sinon beaucoup d’eau pluviale. Après notre article sur Legend Hill publié la semaine dernière où le promoteur MJ Développement avance que le site a été épargné des pluies diluviennes, les réactions de citoyens engagés et d’habitants de la région, elles, n’ont pas tardé à pleuvoir. Preuves à l’appui, ils sont catégoriques : le site a été lourdement affecté par les grosses pluies et représente un danger imminent pour les habitants au pied de la montagne, qui n’ont pas l’intention de jeter l’éponge.

« Suite aux pluies sur la région de Tamarin ces dernières semaines, nous avons constaté des dégradations importantes sur les drains et ouvrages récemment construits, ainsi que plusieurs glissements de terrain en amont et en aval des constructions d’infrastructures particulièrement sur la limite supérieure du chantier de Legend Hill. » C’est ce qui est indiqué dans un document intitulé « Legend Hill — bilan après les récentes pluies » qui nous est parvenu durant la semaine. En sus du document, des vidéos circulent aussi sur les réseaux sociaux montrant clairement les crevasses et fissures qui se sont formées sur le chantier et qui (re)confirment les craintes des habitants de la région qui, apprend-on, ne comptent pas rester les bras croisés. En effet, quelques habitants de Pantation Marguery, directement affectés par les travaux, seraient en passe de prendre des actions légales pour, eux aussi, essayer de stopper les travaux.

« Nous avons nous aussi reçu le document en question », explique Percy Yip Tong, porte-parole de SOS Tamarin, collectif citoyen monté au front dès le départ de l’affaire. Pour lui, il n’y a plus aucun doute : il faut à tout prix stopper ce projet, car il y va de la sécurité des habitants. « Trois stop orders ont été déposés, dont celui du conseiller du village de Gros Cailloux Kemraz Ortoo, qui avance des raisons techniques, car il a siégé sur le board et c’est maintenant aux autorités de trancher. La balle est dans leur camp », dit-il. En effet, selon des sources proches du dossier, il incombe désormais au ministère de l’Environnement d’agir pour évaluer les réels risques de ce projet pour les habitants.

« Des risques de danger bien réels », martèle d’ailleurs le géomorphologue Prem Saddul. « Je l’ai dit et je le redis : ce projet est un vrai danger. Il y a un lobby bien puissant derrière tout cela et il est question de beaucoup d’argent », nous confie-t-il. « Évidemment que c’est un massacre écologique.»

« Un massacre écologique »

« Nous mettons surtout l’accent sur le monitoring de ces projets », soutient pour sa part Adi Teelock, de Platform Moris Lanvironnman (PML). L’ONG a elle aussi publié cinq vidéos sur sa page Facebook, en réaction à ce qui a été dit dans l’article, montrant les dégâts sur le site. « Les vidéos montrent les fissures dans le cut-off drain, le béton qui se détache de la façade de “rétention”, les éboulements qui ont eu lieu suite aux grosses pluies de fin avril-début mai 2021 (…) Nous sommes conscients des risques que nous prenons en rendant publiques ces vidéos, mais nous le faisons dans l’intérêt public, car le risque que nous courrons n’est rien au regard des risques à la sécurité physique et morale des personnes », écrit PML.

Adi Teelock tient aussi à rappeler le rôle de l’Economic Development Board qui a octroyé les permis à MJ Développement pour ce projet. Dans une lettre adressée aux promoteurs en 2018, l’EDB écrit noir sur blanc que « the team of consultants including the Registered Professional Engineer who has undertaken the geotechnical investigation, must also take all liabilities with respect to defects in construction, structural damages and any property damages due to landslide or any other associated risks in line with provision of the Building and Control Act (2012). » Une condition sine qua non que déplore vertement PML.
C’est d’ailleurs ce que reprochent les contestataires : l’inaction des autorités face à un tel « massacre écologique ». La députée Joanna Bérenger fait ainsi partie de ceux qui ont tiré la sonnette d’alarme dès février. Elle a aussi soulevé la question au Parlement, mardi dernier, demandant au ministre Kavy Ramano de « suspendre les travaux en attendant que la motion de stop order soit débattue et que le rapport indépendant soit soumis. Malgré toutes les preuves fournies que des conditions au permis EIA ne sont pas en train d’être respectées, le ministre a choisi d’ignorer ma requête et de protéger le développement non respectueux de l’environnement », déplore-t-elle.

« Préserver notre patrimoine naturel »

« En effet, dès le 5 février, la jeunesse militante tirait la sonnette d’alarme. Dans sa dernière interview, le promoteur affirme que le chantier n’a pas été affecté après les récentes grosses pluies, mais dit également que la dernière visite date du 21 février, donc avant ces grosses pluies. Ce qui est donc étonnant et en contradiction avec les photos et vidéos qui me sont parvenues début mai où l’on constate encore des éboulements, la terre qui est descendue et a bouché des drains, un mur de soutènement qui s’est écroulé, de grosses fissures qui sont apparues sur les infrastructures déjà existantes, ce qui laisse présager le pire pour la suite, car les pluies ne seront que plus fréquentes et plus intenses avec le changement climatique. Il est dit aussi que le EMR est soumis tous les trois mois, mais ce rapport est soumis par le promoteur lui-même, alors qu’il faudrait une étude indépendante comme demandé par les conseillers de village. Aussi, un EMR tous les trois mois n’est pas suffisant pour un projet qui comprend tant de risques, autant pour l’environnement que pour la sécurité des habitants en contre-bas », dit-elle.

Joanna Bérenger ne cache pas son inquiétude et ses craintes quant à la gestion du patrimoine naturel du pays. « La loi accorde au ministre de l’Environnement énormément de pouvoirs discrétionnaires pour assurer la bonne gestion de ces biens communs. Par exemple, rejeter les demandes de permis EIA lorsque l’impact d’un projet serait trop néfaste à notre environnement, ou exiger un rapport EIA même si un projet ne figure pas dans la liste des activités listées dans la loi, ou encore à émettre des stop orders, etc. »

Elle poursuit : « Il est regrettable qu’au lieu de les utiliser à bon escient, le ministre choisit de se ranger du côté du développement sauvage, comme concédé par lui-même au Parlement suite à ma requête pour l’arrêt du massacre des ébéniers et de la déforestation en cours à Chamarel. Le ministre a donc failli jusqu’ici dans son rôle de protecteur de notre biodiversité en danger et de notre patrimoine naturel. »

Du côté des promoteurs, qui tentent tant bien que mal de rassurer la population, une ligne de dialogue a été ouverte sur les réseaux sociaux, et plusieurs questions, de la part de citoyens et d’ONG, leur ont été adressées.

« Si le promoteur n’a rien à se reprocher, je l’invite, dans l’intérêt de tous, à être transparent et à rendre publiques les informations demandées telles que les permis octroyés et les informations additionnelles soumises pour le permis EIA, entre autres », soutient Joanna Bérenger. En attendant une site visit, les habitants n’en démordent pas et ne lâchent pas La Tourelle des yeux…