L’application de messagerie instantanée WhatsApp, rachetée par Facebook en 2014, avait jusqu’à présent assez bien respecté les données personnelles de ses utilisateurs. Mais les choses sont en train de changer, et WhatsApp va désormais obliger ses utilisateurs à partager leurs données avec Facebook, sans possibilité de refuser. Si les utilisateurs ont jusqu’au 8 février 2021 pour se plier aux nouvelles règles, les récalcitrants n’auront donc pas le choix que de tourner les talons à WhatsApp en se tournant vers d’autres alternatives, comme Signal et Telegram. A Maurice, où WhatsApp compte environs 600 000 utilisateurs, l’exode massif vers Signal et Telegram devrait se concrétiser si Facebook et WhatsApp ne font pas marche arrière sur la mise en place ces nouvelles conditions d’utilisation.

Les nouvelles modalités impliquent de plus grands échanges avec les autres entités du groupe Facebook, dont Instagram et Messenger. Or, les conversations privées étant considérées comme les derniers bastions de l’intimité, la fronde s’organise à Maurice et les appels à quitter la WhatsApp affluent sur Facebook. WhatsApp tente pourtant de rassurer ses utilisateurs, inquiets à l’idée que la messagerie ne partage pas autant de données avec sa maison mère Facebook. «Nous voulons dire clairement que la mise à jour n’affecte en aucune façon la confidentialité des messages échangés avec vos amis et votre famille», souligne la messagerie.

Ce communiqué n’a pas eu l’effet escompté sur ses utilisateurs. «WhatsApp jouissait pourtant d’une image d’application sûre grâce à son chiffrement de bout en bout, c’est bien dommage», nous confie Malini Aubeeluck, 36 ans, qui fait partie de celle qui opté pour Signal il y a une semaine, sans pour autant désinstaller WhatsApp. Du moins pour l’instant. «Désormais, en plus de WhatsApp et Messenger, je jongle avec Signal que j’avais installé en 2019, mais que j’utilisais très peu. Si Facebook pa revinn lors so desizion WhatsApp pou deor ar mwa. On ne peut plus badiner avec la vie privée des gens et les bombarder de pubs à longueur de journée», dit cette ingénieure en informatique qui laisse présager la «fin de l’hégémonie de WhatsApp».

Les publicités, non merci !

En effet, cette mise à jour indique surtout que WhatsApp va aligner sa régie publicitaire avec celle de Facebook. En sus de l’utilisation de ses données, Pascal. T…, un habitant de Rose-Hill craint de voir les publicités envahir ses conversations. «Non merci ! Je n’ai pas envie de perdre mon temps comme sur Instagram où une story sur trois est une pub», dit-il. Pascal T.a ainsi installé les deux concurrents de WhatsApp, Telegram et Signal sur son smartphone. «Depuis, je reçois tous les jours des notifications de mes contacts qui étaient déjà inscrits aux deux applis et ceux qui rejoignent l’appli. Je dois dire que je suis très surpris par le nombre conséquent d’utilisateurs. Ce qui veut dire que WhatsApp pa pou ena monopole aster», indique Pascal. T…

D’autres utilisateurs de WhatsApp n’ayant pas encore emboîté le pas à Malini Aubeeluck et Pascal T.soulignent qu’ils songent à se déconnecter de WhatsApp pour se tourner vers Signal ou Telegram. Encore faut-il que ces deux applications enrôlent autant d’utilisateurs que celle de l’appli du téléphone vert. Sollicité pour nous donner son avis sur toute la question, le ministre des TIC, Deepak Balgobin, nous confie que «les techniciens du Computer Emergency Response Team of Mauritius sont en train d’étudier les nouvelles réglementations de WhatsApp. Idem pour le Data Protection de mon ministère pour ce qui est des données personnelles. Nous allons émettre un communiqué en temps et lieu».