Lebanese protesters, enraged by a deadly explosion, clash with security forces at Martyrs' Square in Beirut on August 10, 2020. - Lebanon's premier Hassan Diab stepped down amid fury within and outside his government over the deadly Beirut port blast he blamed on the incompetence and corruption of a decades-old ruling class. (Photo by JOSEPH EID / AFP)

De la gigantesque explosion meurtrière au port de Beyrouth le 4 août à l’annonce par le Premier ministre libanais Hassan Diab de la démission de son gouvernement lundi, rappel des principaux événements.

– Dévastations –

Le mardi 4 août, une double explosion détruit pratiquement le port et dévaste des quartiers entiers de Beyrouth, soufflant les vitres à des kilomètres à la ronde.

Les énormes déflagrations font au moins 160 morts, plus de 6.000 blessés, ainsi que près de 300.000 sans-abri.

Elles auraient été déclenchées par un incendie qui s’est déclaré dans un entrepôt abritant depuis six ans quelque 2.750 tonnes de nitrate d’ammonium, une substance chimique dangereuse dont les autorités connaissaient l’existence.

Beyrouth est déclarée « ville sinistrée » et le président Michel Aoun déplore « une catastrophe majeure ». Trois jours de deuil national sont décrétés.

Cette tragédie frappe un pays plongé depuis des mois dans une très grave crise économique, marquée par une dépréciation inédite de sa monnaie, une hyperinflation, des licenciements massifs et des restrictions bancaires drastiques.

– « Situation apocalyptique » –

Le lendemain, Beyrouth se réveille sous le choc, des habitants cherchant encore des disparus et des affaires personnelles au milieu d’immeubles éventrés. Les secouristes poursuivent leurs recherches pour trouver d’éventuels survivants sous les ruines.

« La situation est apocalyptique, Beyrouth n’a jamais connu ça de son histoire », lance le gouverneur de Beyrouth, Marwan Aboud. L’état d’urgence est décrété pour deux semaines.

L’aide internationale commence à affluer.

– Macron en sauveur –

Le jeudi 6 août, le président français Emmanuel Macron effectue une visite de quelques heures à Beyrouth où il rencontre toute la classe politique. Il y réclame une enquête internationale et appelle à une « refondation d’un ordre politique » et à de « profonds changements » que la population réclame depuis des mois.

Il s’offre un bain de foule dans le quartier dévasté de Gemmayzé, applaudi par des Libanais meurtris, exaspérés par leurs dirigeants qu’ils accusent de corruption et d’incompétence.

– Aoun rejette une enquête internationale –

Mais le président Michel Aoun rejette dès vendredi toute enquête internationale, estimant qu’elle ne ferait que diluer la vérité.

« Il est possible que cela ait été causé par la négligence ou par une action extérieure, avec un missile ou une bombe », avance M. Aoun, admettant la nécessité de revoir un régime politique « paralysé ».

Cinq nouvelles arrestations sont annoncées parmi les fonctionnaires des douanes et du port, portant à 21 le nombre de personnes placées en détention provisoire.

– Manifestants en colère –

Le 8 août, les trois députés du parti Kataëb (opposition) démissionnent, affirmant que le temps est venu de bâtir un « nouveau Liban ». Deux autres parlementaires avaient déjà démissionné après le drame.

Des milliers de Libanais descendent dans les rues encore jonchées de débris pour manifester leur colère contre les autorités.

« Vengeance, vengeance, jusqu’à la chute du régime », scandent les manifestants, qui ont installé des guillotines en bois sur la place des Martyrs. Des heurts opposent les forces de sécurité, qui tirent des gaz lacrymogènes, à de jeunes protestataires ripostant avec des pierres.

Dans la soirée, des manifestants prennent brièvement d’assaut les ministères des Affaires étrangères, de l’Economie, de l’Energie, ainsi que l’Association des banques.

Le Premier ministre Hassan Diab annonce qu’il va proposer des élections parlementaires anticipées et se dit prêt à rester au pouvoir « pendant deux mois », le temps que les forces politiques s’entendent à ce sujet.

– Aide internationale –

Dimanche, 252,7 millions d’euros d’aide – immédiate ou mobilisable à brève échéance – sont collectés au cours d’une visioconférence co-organisée par la France et l’ONU.

La communauté internationale promet de ne « pas laisser tomber » le Liban, mais exige que son aide soit « directement » distribuée à la population et qu’une enquête « transparente » soit menée.

Dans la soirée, de nouveaux affrontements opposent des manifestants aux forces de sécurité qui tirent gaz lacrymogènes et balles en caoutchouc.

– Démission du gouvernement –

Lundi 10 août, Hassan Diab annonce la démission de son gouvernement, après le départ de plusieurs membres de son cabinet sous la pression de la rue.

Il accuse la classe politique d’être responsable de ses échecs et dénonce la « corruption » ayant conduit à « ce séisme qui frappé le pays ».

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