Tout commence par un différend entre l’Etat et Lottotech dans le sillage des mesures budgétaires de 2015 qui mettait fin aux cartes à gratter et à la publicité sur le loto. Dans cette affaire, la cour d’arbitrage de la Cour suprême avait entériné, entre autres, que Lottotech prendrait sous ses ailes la gestion de la loterie vert. Cette reprise du fleuron de la Government Lotteries n’était pas nécessairement un cadeau. En effet, après 78 ans de monopole, la loterie vert effectuait son dernier tirage en octobre 2018 et Government Lotteries mettait la clé sous le paillasson, un mois plus tard. Le défi comprenait aussi le redéploiement de 64 employés. Si trois ont été recasés à la Gambling Regulatory Authority et 17 ont opté volontairement pour la retraite, les 44 autres ont rejoint Lottotech le 5 décembre 2018 en conservant leurs conditions de travail.

À quelques jours du lancement de la nouvelle version de la loterie vert, quelques-uns de ces employés, tous bien intégrés, se sont confiés au Mauricien cette semaine, soit deux ans après leur mutation. Pour ces 44 ex-employés, Lottotech a été plus qu’une planche de salut. Autant dire qu’ils reconnaissent unanimement avoir gagné… à la loterie !

Tous avaient plusieurs années d’expérience et certains d’entre eux y ont travaillé dès leur sortie de l’école. « Avec des hauts et des bas, c’était notre foyer, notre deuxième maison. Que nous avons vu grandir, fléchir, se relever, et puis subitement s’éteindre », racontent-ils. En prenant de l’emploi à la Government Lotteries, en 2005, Padmini Lallsing réalisait son rêve d’enfant et faisait aussi la fierté de ses proches, car le service Civil, « c’est un travail sûr ». Après 13 ans de service, elle n’avait jamais imaginé pas qu’elle changerait un jour de job.

Comme les autres, elle estampillait les talons de loterie, faisait le tri, ou encore il lui arrivait de donner un coup de main au département des Finances. Même si c’était un job routinier, elle s’y plaisait beaucoup. Et c’est avec beaucoup de déception qu’elle avait appris que son employeur étatique allait fermer ses portes. « Nou pa ti kone kot nou pou ale. Mon rêve se brisait », dit-elle, se remémorant de cette période où la situation était « hors de notre contrôle ». Et de poursuivre : « Pourtant nous avions tout fait pour sauver la loterie vert. »
Dépitée Padmini Lallsing accepte finalement de prendre de l’emploi à Lottotech. « Je me consolais en me disant qu’heureusement que je n’étais pas au chômage », raconte-t-elle. Un leitmotiv que nombre des anciens de la Government Lotteries reprend également en choeur.

« Le loto, c’était notre concurrent »

Il en est de même pour Nazimah Niamut et Meshwaree Sunkur qui comptaient toutes deux 23 ans. Impossible pour ces mères de famille d’imaginer leur vie hors du service Civil qu’elles avaient rejoint dès leur plus jeune âge. Elles qui maniaient la guillotine et l’agrafeuse pour préparer les talons de loterie à remettre aux distributeurs sont aujourd’hui derrière des ordinateurs. Un autre monde que celui où elles vérifiaient ticket par ticket, les mettaient en lot, ou même, dans les temps les plus difficiles, quand elles se sont rendues dans les kiosques pour la vente des talons.

Elles témoignent : « Nous étions comme une famille. Il fallait à tout prix sauver notre foyer ». Cependant elles admettent que c’est sans grand enthousiasme qu’elles se tournent vers Lottotech.«  Pour nous le loto, c’était notre concurrent. Nou pa ti kontan li mem », dira Meshwaree.

« Le seul homme dans la basse-cour »

Si cette mutation n’était pas facile à accepter au départ, aujourd’hui elle fait la fierté de tous. Lottotech a facilité cette intégration grâce à une formation préalable à la prise de fonction. « Nous avions quelques notions d’informatique, mais là c’était un autre univers car tout le système à Lottotech est informatisé. Nous avions peur de ne pas être à la hauteur. Nou pa ti kone mem ki nou pe vinn fer isi », racontent ces dames, non peu fières d’avoir réussi, en si peu de temps, à « catch up ». Elles remercient toute l’équipe de Lottotech « sans distinction » qui les a soutenues pour apprendre et continuer à apprendre : « Nous avons grandi et nous sommes fiers », expliquent-elles. Une fierté palpable partout dans les couloirs de la tour HSBC d’Ébène.

Fier, Vanessen Modely l’est aussi aujourd’hui. Lui qui a fait dix ans à la Government Lotteries où il était un employé heureux. Pour cause, il était « le seul homme dans la basse-cour », dit avec un sourire cet autrement capable. « Lorsque la Government Lotteries a fermé, c’est un monde qui s’écroulait. Je ne pensais pas que mon nouvel emploi me rendrait heureux », clame-t-il. « J’avais beaucoup d’appréhensions. Je me disais que c’était plus facile de se débarrasser des handicapés ». Mais encouragé par sa collègue Sharon, handicapée elle aussi et malheureusement décédée aujourd’hui, il a persévéré et a réussi. « De simple Loteries Clerk, je suis aujourd’hui devenu réceptionniste… Je m’épanouis. Je suis sorti d’un travail presque automatique pour faire désormais dans l’informatique ». Il évoque déjà la « famille de Lottotech qui a été d’un grand soutien pour nous tous », explique-t-il.

Propos repris par Padmini Lallsing qui raconte comment ils se sont adaptés à ce nouvel univers de travail « C’était un plus pour nous-même. Personn pann montre nou ki nou ti ankor aryere. Zot inn donn nou sipor ki bizin et nou finn appran », dit-elle.
Valorisé à 100%

Pour ces nouveaux venus, ce ne sont que des éloges pour leur nouvel emploi. Peu importe le département dans lequel ils ont été placés. Comme pour Vicky Parianen qui, il y a deux ans encore, était le No 2 de la Government Lotteries où il a travaillé pendant dix ans. Cet ex-haut cadre se souvient encore des jours difficiles quand il a fallu fermer l’entreprise. Ainsi c’est à lui qu’est revenue la délicate mission d’annoncer aux autres employés que la famille de la loterie vert allait être séparée et que la compagnie fermait.

À 40 ans, s’il se sentait d’attaque pour un nouveau challenge, il était toutefois inquiet. Rapidement les appréhensions qui le tiraillaient au départ se sont dissipées. « L’accueil que nous a réservé Lottotech a été catalyseur. Nous nous sommes tous sentis très à l’aise dès le départ », dit le désormais Senior Business Analyst de Lottotech, heureux de son nouveau job « challenging » et qui lui a permis de « développer de nouvelles compétences » au point de faire partie de l’équipe qui a conceptualisé et développé la nouvelle version. « Ils m’ont intégré dans cette équation comme si j’avais été là dès le départ », dit-il. Cet accueil est inestimable ajoute-t-il, faisant ressortir qu’« on se sent valorisé à 100% dans tout ce qui se fait dans l’entreprise.»

Mais pour tous, la nouvelle version de la loterie vert est une réelle fierté : « il n’y avait pas mieux que Lottotech pour la faire revivre, avec cette touche de modernité. Grâce à la technologie, c’est une loterie qui sera amenée à continuer à se développer davantage ». Aujourd’hui leur souhait est que la loterie vert et le loto aient un « bright future » et qu’avec le programme de CSR, « nou kontribie pou ed plizier fami couma famil Lottotech finn ed nou » .

Morghen Veeramootoo (CEO Lottotech) : « Ils nous ont adoptés et on les a adoptés »

« Lorsque nous avons repris les employées de la Loterie vert en décembre 2018, nous savions que nous allions au-devant d’un nouveau challenge », explique Morghen Veeramootoo, le directeur exécutif de Lottotech. Ainsi, si Lottotech était heureux de sauver le patrimoine que représente la loterie vert, la société a eu tout de même des interrogations quant à la capacité d’adaptation des 44 employés qu’elle reprenait. Au final, la réussite de l’opération est le résultat d’un accueil familial et une formation appropriée : « La volonté d’apprendre était juste extraordinaire. Tous ces employés, qui avaient des appréhensions au départ, voulaient s’intégrer. Très vite, ils ont adopté Lottotech, comme nous nous les avons adoptés », conclut Moorghen Veeramootoo.