Charles Quirin et Azaria Topize

Deux générations se partagent désormais la scène pour faire vivre Racinetatane, le groupe qui a permis de faire découvrir le seggae. Les anciens compagnons de Kaya s’associent à son fils, Azaria Topize, et à d’autres jeunes héritiers du seggae pour ce nouveau souffle. A 60 ans, Charles Quirin, ancien bras droit de Kaya, estime qu’il est temps de former la relève pour que le seggae perdure et que Racinetatane traverse le temps.

“Vois qui nous regarde derrière”, dit Charles Quirin à son invité du jour, Azaria Topize. De Bambous, le fils de Kaya, a fait la route jusqu’à Grand-Baie pour finaliser le concert prévu pour le lendemain à l’hôtel Maritim et surtout pour entendre des histoires d’un autre temps dont il n’a que des bribes d’images. Se retournant vers le mur le jeune homme de 30 ans observe les posters et les affiches de son père dont le souvenir n’a jamais quitté le vieux seggaeman. Ce dernier, comme Kaya, a fêté ses 60 ans cette année.

Charles Quirin, le claviériste de Racinetatane, Azaria semble l’avoir toujours connu. “Il y avait Charles, Berty Fok et les autres. Ils venaient souvent chez nous. Nous allions régulièrement avec eux quand ils étaient en concert. Nous étions petits. Donc, comme les concerts débutaient souvent tard, nous nous dormions déjà quand ils passaient sur la scène. Certaines images me sont, pour cette raison, un peu floues.” Ti-Charles, l’ancien bras droit de Kaya sourit : “Je l’ai connu petit. Bébé. Li ti enkor dan vant kan monn konn li.” Aujourd’hui ils sont les deux responsables de Racinetatane.
Racinetatane, une flamme à maintenir.
Il y a eu une grande amitié fraternelle, des créations, dans pages d’histoires écrites ensemble, des divergences, des moments de séparation. Mais, la musique et la fraternité ont toujours tout raccommoder comme le fait ce designer rasta dans son atelier de couture chez lui à Grand-Baie. Les liens se sont prouvés solides, ils ont tenu même au-delà que ce 21 février 1999 quand Kaya a été trouvé mort dans la cellule 6 d’Alcatraz où la police était responsable de sa sécurité. “Il est toujours un ami, un frère”, dit encore Charles Quirin. Et, pour ne jamais laisser s’envoler le souvenir il y avait une promesse à tenir. Celle de ne jamais laisser mourir Racinetatane groupe formé par Kaya dans les années 80.

“Il nous avait dit qu’il fallait, malgré tout ce qui pouvait arriver, faire vivre Racinetatane.” Même quand Kaya s’était entouré d’une autre équipe pour travailler sur l’album Seggae Experience (1999) Racinetatane avait continué sa route pendant un moment. Après son décès, Charles Quirin et Berty Fok ont ressenti l’appel et le besoin de maintenir la flamme. Dans le passé, quelques projets avaient été montés pour ramener sur la scène cette formation qui avait fait découvrir le seggae. Mais, l’action n’avait pu être soutenue. Le décès d’autres membres, les circonstances de la vie n’ont pas permis le revival souhaité.
Un nouveau souffle.

Puis vint cette occasion où l’équipe s’était reconstituée et avait fait appel à Azaria pour un concert hommage à Kaya. C’était au stade portant son nom à Roche-Bois. L’affaire avait fonctionné, des promotteurs de La Réunion, où vit le percussionniste Berty Fok, avaient ensuite invité le groupe. “C’était par la suite devenu comme une habitude de se retrouver tous les ans pour rendre hommage à Kaya”, explique Azaria et Charles Quirin.

L’année dernière les retrouvailles prirent une plus grande dimension, puisque Racinetatane avait été invité au Festival Sakifo, à La Réunion. Une prestigieuse scène, un bel accueil, Kaya, dont le message était transmis par Ras Minik et Charles Quirin, était dans les cœurs. Racintetatane avait senti souffler sur lui un nouveau souffle.

Quelques mois plus tard la sortie du single Seggae dan Zil, portant la signature de Charles Quirin et Racinetatane, rappela la puissance du son roots du seggae originel. Le groupe était de retour vers ses racines à travers un son original et un amalgame de rythmes qui fait son originalité comme au temps de Fam dan Zil, Rasinn p brile et les autres succès de Kaya. L’une des particularités de cette époque était que, parmi les musiciens, certains, dont Charles Quirin ou encore Berty Fok, maîtrisaient à peine leurs instruments quand ils avaient été recrutés par Kaya. Ti-Charles, lui, jouait à la guitare lorsque le poste de claviériste lui avait été proposé. “Je n’y connaissais rien. Kaya m’a persuadé. Nous sommes allés chez Mammouth et nous avions acheté un clavier Casio à Rs 1 600 à crédit.” Juste après il est introduit aux autres membres du groupe : Ble, James Dean, Cyril, Reynald, Berty, etc. “Kaya m’a expliqué comment je devais jouer les notes et dans quelle séquence. Quelques jours après j’étais sur la scène.”

Le seggae dans les veines.

Pour reconstituer ce naturel et cette spontanéité du seggae il fallait une équipe qui comprenne la bonne équation et qui ait cette musique dans son ADN. Au côté de Charles Quirin et d’Azaria Topize il y a aussi Jahmek Simis, fils de Pélé, percussionniste seggae de la première heure, Andy Pierre, neveu de Berty Fok, Jocelyn, ancien d’Alpha et Oméga de Mayul, Ton Maxime, bassiste de Racinetatane, Michael Nicholas, dont la première guitare qu’il a tenue était celle de Kaya, Ras Minik, aux chants, Martine Pillay et Sharon Soupe, choristes.

Les affaires administratives du groupe ont été confié à Patrick Saramandine.
Azaria Topize s’est cherché pendant un bout de temps. Il a connu sa période rock de même qu’une saison de silence avant de revenir. Il y a chez le jeune homme ce désir de porter l’héritage paternel de lui-même sans qu’il n’en fasse un acquis. Ainsi, le guitariste rythmique a écouté et a étudié cette musique pour bien comprendre ses implications. Sous ses accents bruts, le seggae requiert une large compréhension de la musique puisqu’il est né de différents courants.

L’analyse que fait Azaria Topize du seggae va loin, et Charles Quirin a compris que le moment est venu d’accompagner une nouvelle équipe pour la survie de Racinetatane. Soutenus par les anciens compagnons de Kaya, les nouveaux s’empreignent de l’esprit du seggae tel qu’il avait été pensé à l’origine. “Il était normal qu’Azaria rejoigne Racinetatane. Au lieu qu’il n’aille inventer autre chose ailleurs autant qu’il reprenne ce qui est son héritage et qu’il continue le trajet”, dit Charles Quirin.

Une semaine avant l’hôtel Maritim, Racinetatane reprenait les succès de Kaya pour célébrer les 60 ans de ce dernier à Flic en Flac. “Cet anniversaire, nous en avions parlé pendant longtemps. Les circonstances n’ont pas permis qu’on lui donne la dimension souhaitée, mais le concert s’est bien passé. Nous avons d’autres projets comme présenter de plus grands concerts et aussi aller jouer dans d’autres pays”, explique Charles Quirin.