Il n’y pas que la parole pour s’exprimer. C’est que souhaite démontrer Kendy Manda à travers son nouveau projet. Depuis l’année dernière, suite au décès de sa mère, il consacre des moments de son temps libre pour aller à la rencontre des personnes âgés de 60 ans à monter. Ces rencontres lui ont permis de faire surmonter son deuil. “J’ai réalisé que les gens, ayant plus de 60 ans et qui font partie de notre vie, sont amenés un jour ou l’autre à nous quitter définitivement. Et quand ces personnes meurent, nous perdons les traces de leurs existences, de leurs vécus et de leurs histoires. Nou nepli ena enn visaz, nou nepli trouv zot sourir. On essaie alors de rechercher le moindre réconfort dans nos souvenirs, à ressortir des albums photos et surtout à prendre conscience que pendant tout le long de sa vie, cette personne était là devant tes yeux”. Depuis, chaque sourire, chaque regard, les rides aussi bien que les cicatrices, les mimiques et expressions du visage, plus rien n’échappe à la l’œil et la caméra de Kendy Mangra.

Remember me

Le passionné de photographie et de vidéo a transformé son chagrin en un devoir de mémoire et d’hommage pour Pouchouck, le sobriquet de sa mère. Cet hommage sera en plusieurs phases. Il y aura une vidéo de 10 minutes prévue pour le 12 mars 2021. C’est sur fond d’une musique, Remember Me, générique du film d’animation Pixar Coco sorti en 2017 que le montage présentera des visages de centenaires, en passant par les pensionnaires de maisons de retraites entre autres personnes âgées ayant accepté d’être filmées. Kendy Mangra peaufine aussi un court-métrage car explique-t-il “Tous ces moments partagés avec ces personnes je ne pouvais quand même pas les laisser dormir dans un tiroir. Je tiens à ce que visage laisse aussi une empreinte de leur voix”. Il demande ainsi à ces personnes rencontrées de raconter et partager un ou plusieurs souvenirs.

Pour que ce moment de partage soit authentique, il a choisi de ne nullement guider ou diriger les interlocuteurs “Ils s’expriment comme ils le souhaitent, en bhojpuri, en mandarin, en créole, en anglais, peu importe. Rien ne sera modifié ni gommé. C’est assez délicat de rentrer dans leur intimité sachant que bien souvent les personnes âgées sont malades ou souffrent d’un handicap. Il me faut pouvoir montrer leurs personnalités sans pour autant que l’attention soit déviée vers certaines choses”.

Et pour clore le chapitre de cette aventure, il espère compter sur le soutien de sponsors pour la réalisation d’un livre et d’une exposition en noir et blanc. Muni d’un appareil Polaroid, Kendy Mangra prend deux photos instantanées. L’une qu’il remettra à la personne ou à sa famille le 12 mars, et l’autre pour le livre et l’expo. Il lance d’ailleurs un appel pour que d’autres visages se joignent à son projet qui pourra espère-t-il “Servir comme base de données et d’archives de notre patrimoine. Pou ki zame nou bliye nou bann gran dimoun”.