Les dernières années ont été difficiles pour Béatrice Bijoux-Bellepeau. Les travaux du Métro Express, la Covid-19, la concurrence déloyale et le manque de soutien ont durement impacté sur ses affaires. Mais la conceptrice de Busy B n’a pas voulu abandonner. Son projet a été repensé pour s’adapter au contexte et Linkwi, son émission avec Linzy Bacbotte a ramené des couleurs à ses inspirations.

Très prochainement Béatrice Bijoux-Bellepeau dévoilera la nouvelle collection de Busy B. Initialement, elle avait pensé la mettre en phase avec la présente période. Ce qui aurait rajouté des teintes froides à cette ère où la grisaille prédomine à tous les niveaux. « Je me suis ravisée. J’ai finalement opté pour une collection colorée destinée à apporter de la bonne humeur. » Ceux qui connaissent les durs moments par lesquels elle-même et Busy B sont passés ces dernières années pourraient s’en étonner. Bien que mise au tapis par des coups durs répétés Béatrice Bijoux-Bellepeau s’est donné les moyens de se relever. Le processus a été pénible, le parcours vers la relance reste jalonné de questionnements, les démons n’ayant jamais cessé de la darder de doutes. Mais elle s’est décidée à affronter l’adversité. Derrière sa table ancienne dans les locaux de Busy B à Beau-Bassin, après s’être assurée que tout va bien pour le personnel attaché au magasin, à l’administration et aux différents départements de l’usine, elle laisse prédominer la bonne humeur.

« Non, cette bonne humeur n’est pas feinte. Je suis vraiment dans cet état », répond-elle quand l’indélicate question lui est posée. « J’aime la vie », ajoute-t-elle avant de rappeler une des règles qui la remet sans cesse sur les rails : « Toute chose est un choix dans la vie. Si tu veux rester là à bouder et à te plaindre c’est ton choix, alors que tu peux être heureux, rayonner et être bien dans ta peau. » C’est aussi l’esprit qui accompagnera sa prochaine collection tandis que son émission réalisée avec Linzy Bacbotte, Linkwi se porte au mieux, qu’elle se prépare pour le lancement de Busy B Réunion, que les jalons de son concours de relooking ont été jetés. Et puisque: « J’ai toujours quatre ou cinq projets en tête » nous ne vous parlerons pas de tout ce qui lui vient à l’esprit de peur que nous n’en soyons tous embrouillés. Pendant qu’elle gère toutes ces voix, allons donc vers l’essentiel. Alors que la tempête n’est pas forcément passée, quand on lui demande comme elle se sent aujourd’hui la réponse est spontanée : « Je me porte extraordinairement bien. »

Pourtant, durant presque quatre ans les coups de massue se sont succédé. Aucune feinte, aucune esquive n’avait été possible, le martèlement avait gagné en vigueur en prenant des formes jamais imaginées. Jusqu’en 2017, tout allait pour le mieux pour l’entrepreuneure et son business qui était en pleine expansion. Une plus grande usine, des magasins dans différents endroits, des projets à venir, cela avait été sa meilleure année. Puis, il y eut les travaux et les obstructions pour la construction du Métro Express à Vandermeercsh et au Caudan. Ont suivi la Covid-19 et ses lourdes restrictions. Sans compter la concurrence déloyale importée à bas prix alors que la Chine se débarrassait de son surplus dans des pays comme Maurice. Busy B les a tous pris en pleine tronche. Beaucoup seraient restés à terre. Mais pas Béatrice Bijoux-Bellepeau. Il lui a fallu du temps et de la conviction pour se relever. Elle a fait le choix de reprendre l’aventure en étant consciente que le contexte changeant impose de nouvelles règles : « Il faut travailler dix fois plus pour gagner dix fois moins.» C’est le prix à payer pour continuer à soutenir les familles qui dépendent de son business, pour honorer la confiance que la clientèle a placée en elle et pour s’accorder le bien-être qui l’accompagne dans ses réussites.

Ce sentiment qui prend le dessus sur les épisodes sombres, elle l’a concocté et laissé mijoter à petit feu. Cela s’est précisément fait dans une cuisine aux côtés de sa voisine et de son amie Linzy Bacbotte avec laquelle elle s’est embarquée dans l’émission Linkwi qui est déjà à sa cinquième saison. Sur l’insistance de sa complice, elle s’est récemment mise devant les caméras pour participer à la conception d’un plat en se laissant aller à quelques confidences comme l’ont fait d’autres invités dans les précédents épisodes. « J’ai retrouvé la niaque avec Linkwi. Il me fallait d’un projet pour me remotiver.» La proposition que lui avait faite Linzy, qui voulait se retrouver dans la lumière alors que tout devenait sombre dans le domaine de l’entertainment, ne pouvait mieux tomber. Le soutien mutuel de ses deux femmes débordant d’enthousiasme et d’énergie a porté ses fruits. Dans les coulisses, Béatrice Bijoux-Bellepeau a retrouvé ses réflexes d’origine. Ancienne journaliste, animatrice, spécialiste de la communication, entre autres, elle travaille sur mille détails pour permettre à l’émission d’être soutenue et de fonctionner. Dans la foulée, les deux femmes veillent aussi à mettre en lumière des artisans et des entrepreneurs qui méritent d’être mieux connus. « La réussite est faite pour être partagée. C’est notre manière à nous de rendre à la vie ce qu’elle nous a accordées. Linzy et moi avons été les enfants chéris de la société et de la presse. Il est normal que nous permettions à d’autres d’en profiter aujourd’hui. » Toute cette implication : « Ce n’est pas pour la question de rémunération. C’est pour se sentir bien, pour s’offrir une bouffée d’air frais. »

Et c’est à Busy B aussi d’en profiter. Passée en mode survie, la marque a puisé dans ses économies et a pu compter sur le soutien de la MCB en attendant la compensation promise par l’État à ceux qui ont été affectés par les travaux du Métro Express. L’attente, malgré toutes les démarches faites et les preuves-comptables apportées, a été vaine. Mais pour Béatrice Bijoux-Bellepeau: « Rester à ne rien faire n’était pas une option. » Il y a ainsi eu le lancement d’une nouvelle gamme destinée à une autre clientèle à travers Ti Fler. Puis sont venus les masques stylés réalisés durant le premier confinement puisque ses employés et elle avaient eu le flair de faire délocaliser machines et fournitures vers les maisons des machinistes juste avant le confinement. D’autres projets ont alors été rendus possibles. Cependant, comme les choses ne reprenaient pas il a fallu faire des sacrifices, remercier des employés, fermer usine et les magasins pour revenir à Beau-Bassin. Elle avait perdu davantage le sommeil, de son éclat et l’inspiration ne venait pas. Il fallait d’un élément pour faire repartir la flamme : «Aujourd’hui j’ai un boost avec Linkwi. » Quand elle n’est pas occupée avec cette émission, elle reste concentrée sur les affaires de son magasin et ses nouvelles créations. Du coup, le flux de bonnes d’énergies généré par l’émission lui a permis de reprendre les crayons pour apporter du renouveau chez Buzy B. Parce que « Kan to pa bien ki to pou kre ? Là, il y a tout cela qui revient. »

Ses quelques cheveux grisonnants, elle les porte avec élégance. Un léger maquillage pour sublimer ses traits, à cette autre question indiscrète elle précise : “Je suis peut-être dans la mode, mais je ne suis pas glamour. Je préfère être au naturel.” Les récentes expériences lui ont apporté de nouvelles leçons de vie. Béatrice Bijoux-Bellepeau a toujours fonctionné à l’instinct se mettant dans un état d’esprit pour que viennent à elle les idées. Surtout les plus folles. Avec le soutien de ses proches, c’est ainsi qu’elle avait lancé Busy B, tout le concept et l’esprit de ce magasin destiné à rendre le bien-être et la mode accessibles aux femmes de grandes tailles. Elle a aussi contribué à faire tomber des tabous et à libérer des êtres que le regard des autres enfermait. Dans le processus, elle a appris à maîtriser toutes les étapes : gérer une entreprise, acheter du matériel à l’étranger, travailler sur le design, suivre le travail dans les ateliers, faire les essais, le marketing, la vente, la gestion du site web, etc. Aujourd’hui, Busy B se doit de se repenser. En sus de réaliser des uniformes, Béatrice Bijoux-Bellepeau a en tête une clientèle chic tout en espérant se déplacer vers les centres commerciaux et en optant pour l’exportation.  « Les choses finiront par reprendre.  Mais je suis consciente que le marché ne sera pas aussi grand. »

Les défis ne sont pas finis et rien ne dit que les jours difficiles sont passés. Mais elle a choisi de persister. Ses revenues lui permettent aussi de continuer l’action sociale qu’elle mène sur le terrain auprès de ceux qui sont dans le besoin. Depuis peu, c’est un autre appel qu’elle a entendu, celui des « femmes brisées » par toutes les pressions et les responsabilités que le nouveau contexte leur impose. Il n’y a pas longtemps elle avait conçu et participé à un atelier d’empowerment pour certaines d’entre elles. Prochainement, avec le soutien de Hans Telvave et de Steeves Ramiah elle lancera un concours de relooking dont Scope vous parlera bientôt.