Le 18 mars, elle s’envole pour l’Égypte afin de représenter Maurice à la finale de Miss Eco International. Un concours où la beauté n’est pas le seul critère ; l’intérêt et l’engagement des participantes à la cause environnementale seront parmi les autres éléments déterminants. Pour Hateefa Low Kom, 23 ans, cette participation lui offre une occasion de mieux faire entendre sa voix sur ce sujet qui l’a interpellée depuis son enfance à Rivière du Rempart. Couronnée Miss Eco International Mauritius en 2020, issue d’une famille modeste, la consultante en software engineering s’enrichira de cette expérience pour mieux avancer dans la vie.

Une des poules de sa mère était tombée malade. Encore gamine, Hateefa avait été touchée par l’état piteux du volatile. « Elle ne pouvait ni marcher ni se nourrir », se souvient la jeune femme qui porte la couronne de Miss Eco International Mauritius 2020 depuis février de la même année. Beaucoup d’autres auraient abandonné la poule à son sort. Mais pas cette gamine de Rivière du Rempart. Ce village reconnu pour ses coins verts et ses cours d’eau l’avait naturellement connectée à la nature. Ensuite, chez elle, chaque poulet et chaque canard de la bassecour familiale avait son importance. C’était à travers cet élevage et une pension gouvernementale que la mère élevait seule ses trois enfants.

Le luxe et le grand confort n’y étaient pas. Mais, dans cette maison, la débrouillardise, le courage, la compassion et le respect de la nature étaient parmi les valeurs cultivées. La petite Hateefa resta ainsi au chevet de la poule qu’elle avait prise sous son aile. « Je ne pouvais accepter de la voir dans cet état. Je l’ai installée dans un coin non loin de moi. Je l’ai nourrie et je lui ai fait boire de l’eau et j’ai veillé sur elle. » Presque un mois après, elle était remise. « Elle a commencé à marcher et elle a vécu normalement. Tout s’est bien passé pour elle. Ses œufs ont même éclos après et elle a eu des petits. »

La route vers les pharaons.

Une petite histoire pas si banale dans la vie de la jeune femme, puisqu’elle a provoqué en elle une prise de conscience qui influe toujours sur son présent. Alors qu’elle se prépare à aller représenter Maurice à la finale de Miss Eco International en Égypte, Hateefa Low Kom revient sur cet épisode pour expliquer comment elle s’est éveillée à la nécessité de protéger la nature et ses créatures. « En même temps, j’avais été touchée par les images des ours polaires qui mouraient et par celles de la fonte des glaces. » Depuis cette époque, elle s’était sentie interpellée. « Parce qu’il faut faire comprendre aux gens que nos gestes ont un impact direct sur le monde et sur l’environnement. La montée des eaux, plusieurs autres catastrophes et même la Covid-19, peut-être, sont liés aux activités de l’homme. »  Au fil des années, c’est ce qui l’a motivée à vouloir être dans l’action pour participer au changement et à la sensibilisation générale.

Le 19 mars, au lendemain de son départ de Maurice pour l’Égypte, Hateefa Low Kom fêtera ses 24 ans. Consultante en software engineering, après ses études universitaires en informatique, elle ne s’était jusqu’ici jamais intéressée au monde de la mode, dit-elle. Initialement, elle espérait épouser une carrière de vétérinaire, mais le manque de moyens l’avait fait prendre une autre voie. Comme elle était en mesure de subvenir aux besoins des siens et qu’elle avait pu demander à sa mère d’arrêter de travailler, elle était à la recherche d’un moyen pour mieux sensibiliser le public à la cause environnementale. « J’étais à la recherche d’une plateforme quand j’ai entendu parler du concours Miss Eco International Mauritius. Je m’y suis inscrite en me disant que le monde de la beauté et de la mode attire l’attention des gens et que c’était un moyen de faire entendre le message. » Durant les préparatifs, Hateefa Low Kom apprit les us et coutumes de ce genre de compétition. « C’était assez dur pour moi comme il y avait des participantes qui étaient déjà dans le modelling. Mais j’ai décidé d’avancer parce que je voulais pouvoir parler de la protection de l’environnement, du plastique et des alternatives qui existent. » Sa performance toucha le jury qui décida de la couronner.

Reine de cœur.

Cette reine qui n’est pas née dans un château et qui n’a pas été nourrie avec une cuillère en or comprend les défis de la vie. C’est ce qui fait sa force. À la maison, sa mère travaillait dur pour subvenir aux besoins de ses trois enfants. Ces derniers qui comptaient sur le soutien de l’État pour le matériel scolaire comprirent le sens de l’effort très tôt. À 16 ans, durant ses vacances et quand les occasions se présentaient, Hateefa trouvait de petits boulots pour aider sa mère. Hôtesse en supermarché, employée de centres d’appelS, elle n’a jamais ménagé d’efforts pour progresser dans la vie et pour aider sa mère, sa sœur et son frère. Ces derniers, des jumeaux, sont toujours au collège.

En Égypte, la tâche ne sera pas simple pour les participantes. Jusqu’au 6 avril, ces dernières seront jugées lors de différentes épreuves. Des concours de beauté, des interviews, des séances photo, les participantes devront aussi pouvoir faire montre d’engagement sur des sujets touchant à la biodiversité, l’écologie, l’environnement, entre autres.

Hateefa Low Kom connaissait déjà bien le sujet. Alors que la finale avait été prévue pour mars et avril de l’année dernière, elle a profité d’une année de répit pour mieux se préparer. En sus de s’être documentée davantage, elle a aussi suivi des cours en maquillage, de coiffure, de catwalk, etc. Dans cette tâche elle est soutenue par le hair stylist Samuel David. « Auparavant, j’étais un peu garçon manqué. Cela m’a demandé beaucoup pour m’adapter et m’intégrer à ce monde. »

Ramasser les ordures pour donner l’exemple.

Désormais, Hateefa Low Kom est plus attentive à son image. Néanmoins, elle reste toujours proche de ses animaux à la maison et se montre toujours irritée devant ceux dont le comportement encourage la pollution. Cependant, la couronne de Miss Eco International Mauritius lui permet de faire entendre sa voix. Pas de grands discours, mais de l’action pour donner l’exemple et encourager un changement de mentalité. Dimanche, avec les autres participantes au concours et les membres de l’organisation, entre autres, elle était sur la plage de Flic en Flac pour un ramassage de mégots de cigarettes. Une opération menée les semaines précédentes dans différents coins du pays, y compris dans China Town.

Hateefa Low Kom lance un appel au public mauricien de la suivre à travers les réseaux sociaux et de lui exprimer son soutien durant le concours. À son niveau, elle promet de faire de son mieux pour faire honneur au pays. Durant ce séjour sur les terres des pharaons, elle sera à l’écoute des expériences des autres pays pour voir comment eux se débrouillent au niveau de l’écotourisme dont le développement serait un atout pour notre pays. Hateefa Low Kom espère trouver des solutions vertes pour aider à la relance du tourisme à Maurice une fois que les choses seront rétablies dans le monde.