Emilie Sheung Chun est la première mauricienne diplômée de la prestigieuse Alvin Ailey American Dance Theater, école de danse à Manhattan. À 26 ans, elle espère poursuivre son apprentissage aux States dans les compagnies de danse à New York. Même si la pandémie Covid-19 lui impose actuellement un arrêt d’activité, la jeune femme continue de rêver de la danse. Un univers qui lui permet de toucher les étoiles et d’évoluer dans la lumière.

PHOTO : Ahn Deto

Cette belle histoire débuta lorsque sa mère décida de l’inscrite à la David Academy of Dancing. « À la base, c’était pour que j’ai une activité. Ce n’était définitivement pas dans le but que je fasse carrière dans la danse.” Sauf que cette prestigieuse école mauricienne devait transformer la vie même d’Emilie Sheung Chun. La danse finit par devenir sa principale activité. Au fil des années, dans une chorégraphie sans cesse améliorée elle s’est perfectionnée. Si bien que parmi une centaine de postulants la Mauricienne a réussi les auditions pour intégrer la prestigieuse école issue de la compagnie Alvin Ailey American Dance Theater à New York au niveau de la 55ème rue et la 9ème Avenue. Deux ans qu’elle danse et sue les studios encadrés de grandes baies vitrées. Consciente que cette opportunité n’est pas à la portée de tout le monde, la danseuse s’élève sans cesse en se disant que : “Un jour j’irai danser à Broadway.”

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Formée par la David Academy of Dancing

A Maurice c’est vers ses 14 ans qu’Emilie Sheung Chun comprend que la danse est faite pour elle. Préalablement, après avoir été initiée au ballet (niveau Primaire et Grade 1) auprès de Jane David, elle se retrouva sous les ailes de Teresa David à partir de 9 ans. Cette dernière devint alors son mentor pour poursuivre sa formation et sa préparation aux examens de la Royal Academy of Dance. Primaire (Grade 2 à 8), Intermédiaire, Advance 1 & 2 et son Certificate in Ballet Teaching Studies. “Teresa David a vraiment été la professeure qui m’a aidée à me développer et à progresser pendant mes années de danse. Je lui dois ma réussite”, souligne la danseuse qui nous parle des Etats Unis.

Une fois sa scolarité complétée au Collège Lorette de Curepipe, elle n’a pas eu à réfléchir à deux fois pour choisir une carrière professionnelle en danse. De plus, ses parents et sa famille l’ont soutenue et encouragée dans sa démarche. Pour atteindre son objectif, il était indispensable de sortir de son confort puisqu’à Maurice, elle avait surtout suivi une formation en danse classique. “Je suis une artiste qui aime le changement, la découverte et les défis personnels. Je ne me voyais pas rester toute ma vie sur un seul et même style”.

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Elle n’est certes ni la première ni la dernière danseuse à rêver aussi grand. Mais, Emilie Sheung Chun est heureuse d’avoir osé passer les auditions de la Ailey School sur les conseils d’une amie. Elle s’était envolée en juin 2018 pour les Etats Unis afin de suivre un cours intensif de trois semaines au American Ballet Theater, et pour participer à des open classes dans plusieurs studios proposant des classes de ballets, de jazz, entre autres styles. “Même si mon tout premier choix était de rejoindre une compagnie de danse en Angleterre, j’étais en larmes quand j’ai appris que j’avais été reçu et que l’école me proposait unebourse de deux ans. Tout danseur rêve un jour d’évoluer sous les feux de ce gigantesque temple de la danse qu’est New York. En plus, on a vraiment l’embarras du choix en ce qui concerne les studios ; l’American Ballet Theater, le New York City Ballet, Complexions, l’Alvin Ailey ou encore le Martha Graham”, indique-t-elle.

New York, le rêve de tous danseurs

Évidemment, comme tous les danseurs, la Mauricienne avait le même but ou plutôt le même souhait. Se faire repérer au hasard d’une classe, d’un workshop ou d’une audition et sortir de l’anonymat. Contrairement à ses précédentes expériences, c’est à New York qu’elle a vraiment réalisé que la bataille n’allait pas être de tout repos. Surtout que cette école fondée par Alvin Ailey en 1958, est connue pour la virtuosité des danseurs qui peuvent passer de la danse moderne au jazz, d’un ballet contemporain ou néo classique, de l’africain au hip hop. Leur répertoire est très varié avec des styles complètement différents.

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Or, sa détermination n’a pas de limite. Derrière sa petite taille se cache une fonceuse. Un aspect psychologique qui compte autant que les qualités techniques. Lors de notre échange par vidéocall, elle confie : “Mes deux ans passés à Ailey m’ont totalement changée. J’ai gagné en maturité. New York c’est l’expérience de ma vie. Y vivre, je ne vais pas mentir, c’est un combat au quotidien. Mais définitivement, pour le mieux même si j’ai plusieurs fois pensé abandonner, car mentalement ce n’est pas vraiment pareil quand on se retrouve loin de sa famille et de ses habitudes.”

Sans compter que la danse professionnelle peut être une carrière assez courte étant donné le risque élevé de blessure. Mais Emilie Sheung Chun se retrouve aujourd’hui face à un imprévu de taille. Tandis qu’elle s’accordait un Spring Break en Arizona en mars, la pandémie Covid-19 est venue mettre à l’arrêt tous ses projets. “J’étais tellement prête et excitée à l’idée de terminer mon dernier semestre en mai. Malgré des classes en ligne et plusieurs travaux rédactionnels à soumettre, j’ai vraiment du mal à me motiver. Tout est à l’arrêt. Plus de spectacles, certaines compagnies ont fermé alors que j’avais déjà commencé à envoyer ma candidature pour plusieurs auditions. Les artistes en général sont dans l’incertitude.”

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Un exemple pour tous les passionnés

Le ballet est une école de la vie où on apprend la persévérance, la rigueur et à toujours retomber sur ses pieds. Forgée selon ces règles Emilie Sheung Chun garde confiance. Avec son visa d’étudiant lui permettant de travailler un an aux États-Unis, la jeune femme envisage de se tourner vers l’enseignement en attendant que la situation revienne à la normale. “Je suis arrivée tellement loin, j’ai travaillé et rencontré tellement de professeurs et de chorégraphes que je ne peux pas baisser les bras. Je veux être un exemple pour les autres. Cette petite mauricienne qui s’est envolée ailleurs pour se perfectionner et vivre sa passion à fond”.

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En effet, son objectif n’est guère de montrer son succès, mais plutôt de redonner à son tour aux autres. Une façon, selon elle, de maintenir un lien avec la danse. Dès que l’occasion se présentera, elle entamera de nouvelles pirouettes sur son île natale pour partager ce qu’elle a appris des autres.

En attendant, la jeune femme profite à fond de son séjour prolongé en Arizona auprès de son compagnon en concluant avec ce message “J’espère que mon histoire et mon parcours donneront de l’espoir. Pas forcément qu’aux danseurs et danseuses mais aussi pour ceux qui rêvent de transformer leur passion en carrière professionnelle. Rien n’est impossible. Il ne faut surtout pas se relâcher car le travail finit toujours par payer. Il faut aussi rester fixé sur ses objectifs et ne pas se laisser décourager par le moindre échec. Enfin, rester patient avec soi-même car les étoiles finiront par s’aligner”.