Ce matin elle se sent si souriante. Si légère et épanouie que cela en devenait presque contagieux. Dans la rue, les passants lui rendaient ses sourires malgré leurs masques. Des pépites de diamants iluminaient ses yeux enjoués. Elle a presque honte de ce débordement.
Consciente de vivre une époque malgré tout fascinante, et dont on se souviendra sûrement vingt-cinq ans plus tard. Comme d’aucuns se souviennent du funeste onze septembre 2001. Date butoire où le monde bascula dans l’ère du terrorisme. Une terreur dont le souffle fétide prévaut toujours sur nos vies.
Ce monde est en effet devenu sécuritaire, policé, surveillé; probablement sur écoute. Pour notre propre sûreté et dans l’intérêt de notre paix intérieure. Ce monde semble habité par la peur de l’inconnu. Subséqemment par la phobie de s’exposer au contact d’autrui. Cet autre pouvant être un potentiel vecteur.
Toute personne bien portante est un malade qui s’ignore. Cette citation du Dr Knock (personnage de Jules Romain) la hante. Se remémorant ces paroles hypocondroques, elle presse l’atomiseur du flacon de gel hydro alcoolique. Elle se badigeonne les mains du précieux liquide. Insistant bien entre ses doigts délicats.
Elle a les ongles coupés courts depuis la pandémie. Afin de mieux se prémunir des virus qui traînent en ce moment. Elle s’est aussi faite couper les cheveux, en proie à une détresse émotionnelle, lorsque la marée noire poissait ses rêves, ses projets. Le sacrifice de sa chevelure était aussi sa façon de se montrer solidaire du mouvement mis en branle dans le sillage du naufrage.
Cet espoir procédait d’une terrible envie de vivre et d’être heureuse. Car, c’est toujours possible. Elle se démène pour se rapprocher de ses objectifs, en vue de se réaliser. Elle aimerait un jour se payer un appart cossu. Elle bosse par conséquent à la concrétisation de ses ambitions. En vue de s’acheter un bel appartement dans un quartier chic.
Elle zappe un instant.
Elle voudrait volontiers enfiler son bikini. Se prélasser sur le sable chaud. Sinon faire trempette dans une piscine, histoire de ne plus se soucier de ses ennuis, de ses emmerdes, ses contraintes… Les factures à payer, le remboursement des prêts contractés. Aujourd’hui, elle voudrait s’autoriser un moment pour elle. Souffler un coup, avant de reprendre la routine.
Elle ne s’est pas aperçue des garçons qui la zieutent. Elle n’en fait pas grand cas. Elle est sortie pour aller bosser; pas pour sympathiser avec des inconnus. Aussi voudrait-elle un jour pouvoir satisfaire ses désirs matériels, être libre et indépendante.
Alors que le monde se reconfine, elle se soucie de l’économie du pays et du sort que lui aura réservé le destin. En dépit des petites scélératesses jalonnant son parcours de femme. Elle poursuivra jusqu’au bout de ses rêves. Toujours le poing levé!