Le confinement a permis à la nature de prospérer, notamment le milieu marin. À Maurice, les bienfaits sont visibles. Une abondance de tortues marines dans les lagons, des raies aperçues en grand nombre, des bancs de poissons plus grands, des poissons plus gros, des coraux en meilleure santé et moins en proie au blanchiment sont autant d’effets positifs constatés. Une preuve concrète que si nous laissons la mer se reposer elle revit.

Crédit Photos : Rex Colimalay, Vassen Kauppaymuthoo et Nadeem Nazurally

Comme l’a démontré le confinement de 2020, l’environnement marin a beaucoup profité de cette pause. Coraux, poissons, crustacés et d’autres organismes marins se sont régénérés et sont en bien meilleure santé. Rex Colimalay, plongeur professionnel et directeur du Blue Bay Divers Diving Centre et Nadeem Nazurally, Senior Lecturer à l’Université de Maurice, président de la Mauritius Oceanography Institute et responsable d’un projet de culture de corail ; confient avoir remarqué plus de tortues et de raies dans nos lagons depuis le confinement de 2020. «Nous avons même aperçu un espadon voilier dans le lagon à Mahébourg», avance Rex Colimalay.

Coraux en meilleure santé.

Louis Gérard Bernard, pêcheur artisanal de Baie du Cap, constate lui aussi des changements impressionnants depuis le premier confinement. «Il y a plus de poissons qu’avant, j’ai attrapé beaucoup de ‘Milatres’, poisson qui était devenu très rare. On voit plus de thons en surface et j’ai constaté qu’il y a beaucoup plus d’ourites.» «Il y a plus de petits poissons tels que la sardine et le ‘Lamam’ près des côtes. Ça signifie plus de nourriture pour les prédateurs et éventuellement plus de poissons pour notre consommation», renchérit Judex Ramphul, président du Syndicat des Pêcheurs. Ce denier indique d’ailleurs constater que l’eau est beaucoup plus claire : «La mer est plus bleue qu’avant, c’est sans doute dû à moins de pollution.»

Quant aux coraux, écosystème marin essentiel pour les habitants du lagon, ils sont en meilleure santé. «Nous avons remarqué que le taux de blanchiment de coraux est moindre en 2020 et 2021 que les années précédentes. Les coraux poussent également dans certaines structures où ils ne le faisaient plus», avance Nadeem Nazurally. «Des petits poissons herbivores sont aperçus plus fréquemment autour des coraux. Ils dévorent les microalgues qui, sinon, asphyxient les coraux. Le confinement a ainsi pu rétablir une balance.»

«C’est comme-ci, nos océans étaient devenus des Zones Marines Protégées»

«C’est comme-ci, nos océans étaient devenus des Zones Marines Protégées. Concept qui, tout comme les parcs marins, visent à permettre aux écosystèmes d’être protégés et de se régénérer. Qui plus est, ça a permis à l’environnement marin de construire notre résilience face au changement climatique», souligne Vassen Kauppaymuthoo, océanographe.

Il n’en demeure pas moins que notre environnement marin reste très dégradé. «Il y a des sites de plongée qui étaient très prospères autrefois et qui, en à peine 5 ans, n’abritent plus aucune vie», avance Rex Colimalay. Vassen Kauppaymuthoo indique pour sa part que 70  % de nos coraux sont morts ou dégradés et appelle à des mesures urgentes. Dans certains endroits ils seraient même à plus de 80 % selon Nadeem Nazurally.

Le confinement comme exemple.

Pour l’océanographe, les bénéfices du confinement pour le milieu marin doivent absolument servir d’exemple. Il propose ainsi une fermeture de nos plages et, par conséquent, de la mer, une fois l’an pour permettre à l’environnement de se régénérer. Nadeem Nazurally indique également qu’une coupure est nécessaire.

Pour certains de nos interlocuteurs cependant, il faudra que ces éventuelles coupures prolongées soient accompagnées de mesures appropriées. «Il faudra régler le problème de surveillance. À l’heure actuelle, c’est une faillite totale. La pêche hors-saison est pratiquée à outrance», affirme Judex Ramphul.

Réfléchir autrement.

«Beaucoup de gens ne le savent peut-être pas, mais les arbres protègent les coraux. Ils maintiennent la température basse diminuant ainsi les risques de blanchiment. Il faut ainsi planter plus d’arbres terrestres et aussi des mangliers. Ils seront également très utiles pour atténuer les flash floods qui eux-mêmes dégradent le milieu marin et donc les coraux.» Et Vassen Kauppaymuthoo de conclure qu’on «est trop vite retourné à la normal après le premier confinement. C’est le moment aujourd’hui de réinventer notre relation avec la nature.»