Assise sur un banc, comme en première loge. Elle avait remarqué le trouble des infirmières mises au courant de la nouvelle. Celle-ci s’est répandue comme une traînée de poudre. Cette « info » marmonée derrière le masque ne manqua pas de faire froncer les soucils des dames en blouse blanche assorties aux bas noires.

Certaines consoeurs ont été infectées. Elle s’ajuste le masque machinalement. « Guet baise » lâche-t-elle malgré ses bonnes manières. Sa rotation terminée, elle se précipitera au supermarché, assailli de chariots. Son compte épargne demande pardon. Faut cependant faire ses commissions en prévision du reconfinement anticipé.

La queue à la caisse est interminable. C’est du pare-choc contre pare-choc pour sortir du parking. »Apre, dir morisien pena kas », peste-t-elle agacée. Les allées grouillent de monde. C’est déjà la saison des réjouissances (faut bien que la foule exulte et évacue ses tensions). Et ce foutu virus risque de nous confisquer les festivités de fin d’année.

Padayachi a assuré le treizième mois. Est-ce une façon de contrebalancer la hausse des prix et la perte de pouvoir d’achat du consommateur désabusé? Il paraît que la roupie s’est dévaluée face au dollar. Il faudra davantage de roupies pour acheter un dollar. Et comme les transactions internationales ne se monnaient qu’en billets verts…

Elle étrangle un toussotement sec.

Le supermarché est sottement bondé. On se croirait à un fancy fair ou à un concert gratis sinon aux courses (faut bien se divertir). Elle a trop hâte de rentrer prendre une douche et de se badigeonner de gel hydro-alcoolique. Elle désinfectera ses achats et la petite monnaie, rendue par une caissière crevée par le boulot abattu dans la froideur climatisée.

Elle se sent fébrile, en quasi état grippal. C’est sans doute psychosomatique. Elle n’est  pas en détresse respiratoire mais se sent comme oppressée. Elle a envie de se sanitaïzer les mains. Et de prendre au plus vite sa température. Un cachet antalgique effervescent serait le bienvenu. Sinon du gros sel pour se gargariser le gosier.

Elle commence à avoir le nez qui suinte. « Vite, un comprimé anti-grippe. Garde ton calme ma chérie. C’est pas bien grave. » Elle toussotte de rechef. La caissière esquisse un geste de recul. Tomber malade maintenant aurait d’assez graves conséquences sur son emploi, ses emprunts, ses emplettes…

Vivre d’expédients n’est pas une perspective reluisante. C’est certes mieux que rien, mais pas suffisant pour faire rouler son petit train de vie. Elle envisage un  job du soir dans la téléphonie. Elle voudrait avancer vers ses objectifs… mais une petite voix dans son inconscient sussurre: ne vois-tu donc rien venir?

Entretemps, un gus rôde à tâtons. Et si tout cela n’était que machination (dans l’oeil du cyclone économique) d’un système désireux de se réinitialiser? On serait donc parvenu at the  end of the road… Auquel cas on devra se réinventer. Nous en avons la capacité.  Car nous devrons tous vivre heureux. Against all odd.