La drogue a tué son époux, sa fille cadette et son gendre. Mais Rekha n’est pas au bout de ses peine. Deux des sept enfants, dont elle s’occupe depuis le décès de sa fille, sont accro à la drogue synthétique. À 67, cette habitante d’un faubourg de la capitale vit tout cela comme une malédiction.

Overdose, vols, délinquance, mépris du voisinage, emprisonnement, descente de police et fouilles à domicile… Plus les jours passent et plus je me demande si la drogue ne finira pas par détruire toute les générations de ma famille. Je suis au bout du rouleau, partagée entre l’envie d’abandonner et d’accepter mon sort ou de me battre pour venir à bout de cette fatalité qui s’abat sur ma famille. J’ai toujours été de nature très discrète et pieuse, et j’ai toujours veillé à mener une vie saine et respectueuse. Je me suis toujours promis de transmettre ces mêmes valeurs à mes proches. Si j’accepte que la vie soit faite de hauts et de bas, je ne peux pas empêcher de dire que la mienne, et celle de ma famille, est uniquement marquée par des tragédies. En 1992, puis 2014 et 2015, j’ai perdu successivement mon époux, ma fille cadette et mon gendre des suites de complications liées à leur consommation de drogues dures. Et depuis 2019, les deux aînées des sept enfants de ma cadette se sont mis à consommer de la drogue synthétique. Je suis à un point où je me dis : kouma dir li la drog dan nou ADN.

Lorsque j’ai épousé Ruben, ça m’a pris quelques mois avant de me rendre compte qu’il était accro au brown. Par honte, je n’ai pas osé demander de l’aide et j’ai essayé tant bien que mal de cacher la situation à mes proches. Avec du recul, je me rends bien compte que ça n’a fait qu’empirer la situation. Il a développé plusieurs infections dont une hépatite C qui lui a été fatale. Je me suis retrouvée alors veuve avec un fils de 5 ans et une cadette de 3 ans. Même si c’était très dur, j’étais sûre de pouvoir m’en sortir pour offrir un meilleur avenir à mes enfants. Nous avions déménagé du Sud pour la Capitale. Tout allait bien jusqu’à ce que ma fille, Rebecca, se mette à fuguer régulièrement et à montrer des signes d’agressivité. Sur le moment, j’ai pensé que c’était sa façon d’exprimer sa colère et son chagrin d’avoir grandi sans son père. Cependant il y avait des signes dans son comportement qui m’ont ramenée à certains épisodes vécus avec mon mari. Au moment où je me rends vraiment compte, c’était déjà trop tard. J’ai découvert en même temps la grossesse de Rebecca, sa dépendance et sa relation avec un trafiquant et toxicomane. Et depuis, mo lavi byen nwar. J’ai essayé de résonner et de sortir le jeune couple de ce monde. Mais j’étais impuissante. Rien à faire.

Moi, aussi bien que mon fils aîné et mes petits-enfants, nous sommes tous aujourd’hui considérés par nos voisins et notre entourage comme une famille de droguer. Comment leur en vouloir, car ma maison est devenue un lieu où les gens ont assisté régulièrement à des descentes de police, des fouilles, des arrestatins. Les seuls petits moments de répit furent lorsque ma cadette ou mon gendre étaient en prison. Mais une fois relâchés, le trafic reprenait de plus belle.

Après plusieurs allers-retours entre l’hôpital et plusieurs séjours dans des centres de désintoxication, Rebecca poussa son dernier souffle à quelques semaines de célébrer ses 25 ans. J’avoue avoir ressenti un certain soulagement. Mo ti sagrin me ti nepli ena mirak pou tir li ladan. Je ne voulais pas que ses sept enfants grandissent au côté d’une mère complètement addict. Mais move sor finn ratrap mo fami.

Ça fait trois ans depuis que les deux aînées de ma cadette, âgées de 15 ans et 14 ans consomment de la drogue synthétique. Ils ont été renvoyés du collège, ils trainent les rues et se sont mis à voler pour pouvoir payer leurs doses. Est-ce que je dois me préparer à devoir enterrer encore deux membres de ma famille ? Mo nepli kone ki pou fer. D’un côté, je veux me battre pour eux, car je n’ai pas pu sauver ma fille et mon mari. Et, d’un autre côté, je me demande s’il n’est pas préférable de les éloigner des autres petits et de reprendre une nouvelle vie. Mo ena ankor inpe lespwar, car mon fils aîné a été épargné par ce cercle vicieux. Preuve que je n’ai pas fauté dans ma façon de vivre.