Closer To Me, Bizin Twa Mo Baba. Des titres qui cartonnent en ce moment. À 19 ans, Justice Lecoq avance et le succès lui tend les bras. Des épisodes tragiques l’ont poussé à se perdre dans un abime dont il vient a peine de se réveiller. Un derrière lui, une adolescence solitaire et torturée rythmée de désespoir. Ce grain de voix singulier qui n’a pas remporté le concours Star 2009, encore moins la première édition de Vibe Moris aborde aujourd’hui plus paisiblement ce nouveau chapitre de sa vie. Encadré depuis peu par Jason Heerah, des projets musicaux s’enchainent pour lui. Notamment un featuring, déjà en boite, avec Kumar Bent, ex-membre du célèbre groupe Raging Fyah. Un heureux dénouement pour ce petit gars de Nouvelle France qui a eu raison de croire en lui et de ne jamais cesser de rêver malgré tout.

Closer to me. Un reggae love drapé dans une mélodie entraînante qui reste en tête dès la première écoute.  Cette chanson et quatre autres sont sorties sur le premier chapitre de son E.P. The Greatest Romance sous le label Jason Heerah JHRecords. Au delà d’une histoire d’amour que lui a inspiré sa première copine, ce titre, ainsi que Bizin Twa Mo Baba d’ailleurs, ont permis à Justice Lecoq d’accepter le drame de sa vie. “Quand cette fille est apparue dans ma vie, elle a comblé le vide laissé par le décès de mon père survenu neuf ans plus tôt ». Pourtant, si les circonstances avaient été différentes, faire son deuil aurait été mois dur. Rencontré dans un café à Curepipe,  le jeune chanteur se raconte dans un flot ininterrompu, comme une chanson en version rallongée.

Mauvaise pente

“Papa c’était le puissant, le mentor, le roi, notre tout”. A la mort de celui-çi se retrouva à voguer dans la vie comme un bateau sans gouvernail. “Maman n’avait que 33 ans, avec deux enfants à sa charge. J’avais à peine 10 ans et mon frère 11 ans. Notre vie bascula soudainement vers l’obscurité”. L’adolescent fut balloté de maison en maison. Les relations entre les membres de sa famille étaient tendues et conflictuelles, lui faisant perdre tout repère. Bien que les séquelles soient toujours visibles, Justice Lecoq ne souhaite pas s’approfondir sur le sujet. En déménageant constamment, il changa à plusieurs reprises d’institutions scolaires. “A l’école ce n’était pas mieux. J’ai longtemps été persécuté. On me frappait, me tirait les cheveux et me traitait de tous les noms. Ce sont des épisodes qui font partie de mon vécu et qui marquent encore aujourd’hui mon écriture”, relate-t-il. “A un moment donné, nous avons atterri dans un quartier difficile. Depuis tout petit, mes parents ne nous parlaient qu’en français, j’ai dû apprendre à parler kreol pour m’adapter”. Comme il était en pleine crise d’adolescence, Justice broyait du noir, se posait des questions sur cette vie faite de misère. Ses fréquentations changèrent et il basculea dans le mauvais chemin.

Les cinq chansons qui figurent sur son EP : Closer To Me, Bizin Twa Mo Baba, Fam Otentik, Narnier Bon Pa Bon et Sweetest Thing sont toutes reliées. Plusieurs styles sont mis à contribution pour souligner son vécu, mais aussi l’amour dans différentes dimensions. Le deuxième chapitre de The Greatest Romance devrait sortir en mars 2021 et sera un prolongement de son histoire.

Star 2009

En effet, entre la musique et Justice, c’est une histoire qui a débuté dans son enfance. Très inspiré de Michael Jackson, à la mort du King of The Pop, Justice commença à fredonner ses chansons, notamment I’ll Be There. Prenant conscience du potentiel vocal de leur fils, son père, manager dans le secteur hôtelier et sa mère, également chanteuse, l’inscrivirent au concours Star 2009. “Mon père ne manquait jamais une occasion de me pousser dans la musique ”, nous raconte-t-il. Concours de chants, achat d’instruments pour développer son oreille musicale, concerts, etc. “Quand  mon père mourut, toute la musique dans mon monde évanouie. J’ai dû arrêter le conservatoire, arrêter de danser et j’ai délaissé la musique”. Au cours de son adolescence, bien que des rencontres bienveillantes ‘aidèrent à refaire surface de temps à autres, il fut souvent rattrapé par ses démons. “J’ai beaucoup lutté pour m’en sortir. Mais au final je ne faisais que me faire du mal. C’était une période où j’ai coulé complètement.”

Malgré ses déboires, il fut en mesure de passer ses examens et fréquenta le Curepipe College. Autant dire que Justice Lecoq n’a jamais été un enfant comme les autres. Il a toujours questionné le système en place. “Je me posais beaucoup de question qui n’était pas de mon âge sur l’existence. Je suis une personne qui écoute,  mais je cherche aussi les causes car rien n’est tabou pour moi.  Pourquoi aller a l’école ? Pourquoi travailler pour nourrir ma famille quand on peut travailler la terre? On essayait de me dire de suivre le système en place et c’est tout ce que je détestai. Ca m’attirait pas mal de problèmes avec mes enseignants et j’ai été énormément persécuté pour cela”.

Eveil spirituel

A 17 ans, au lieu de redoubler sa form 5, il eut éveil et décida d’arrêter l’école “car ça n’était pas fait pour moi”. Sa mère n’en revint pas que ce fils qui souhaitait entrer au barreau fasse l’impasse sur ses ambitions. D’ailleurs son nom en est pour quelque chose dans ses rêves d’enfant. “Justice est mon vrai nom. C’est mon père qui m’a appelé ainsi. Il a été un peu prophétique sur ce coup. Je m’en tire bien, car mon nom résume bien qui je suis. Je retrouve cette notion de justice dans ma vie. Je rêvais de devenir avocat et politicien pour révolutionner le système. Si j’avais continué mes études peut-être que ça aurait été réalisable”.

Aujourd’hui, ce nom bien inspiré le porte en tant qu’artiste. “Déjà, je n’ai pas eu besoin de chercher un autre nom de scène et en même temps, j’utilise la musique comme une prise de conscience”. Son éveil l’amèna à découvrir le monde de la spiritualité, la méditation, les énergies, les fréquences, les chakras, entre autres. Devenu végétarien, il avale tous les écrits qu’il peut trouver autour du sujet. “Je suis un terrien avant d’être un humain et je crois en toutes choses positives”, révèle Justice. Cependant, même si aujourd’hui il a enfin trouvé un juste équilibre “entre le côté spirituel et le systématique”, ça n’a pas toujours été le cas. Après avoir quitté l’école, “inn bizin tras trase” avec différents boulots en centre d’appel, asphalteur, événementiel, planteur. Après son aventure dans le concours de chant Vibe Moris où il termina en deuxième position, il chanta un temps dans les hôtels aux côtés de Linzy Bacbotte.

Rêver comme un enfant

Par ailleurs, la stabilité qu’il avait trouvée en rencontrant la fille qui lui a inspiré Closer To Me s’écroula de nouveau quand ils se séparent abruptement. L’adolescent se replia davantage dans son mode. “J’étais devenu antisocial et je ne voulais pas fréquenter les gens. Pour vous dire, je marchais pieds nus, je m’étais laissé pousser les dreads et je vivais au jour le jour. Même ma famille avait pris ses distances de moi”. Il était devenu un être solitaire avec des relations humaines compliquées. Au terme d’une série de déboires, son chemin croisa ceux du producteur et arrangeur musical Vincent Calice au début du confinement. Croyant au potentiel de Justice qui lui partagea ses idées, et décida de produire Closer To Me. “C’est lui qui a contacté Jason Heerah pendant le confinement”. En écoutant quelques maquettes des chansons de Justice, Jason Heerah ne put qu’apprécier le talent de ce jeune homme. Guidé par Jason Heerah qui s’occupe de la musique, du marketing et des prestations de Justice est aussi à la fois un mentor et un ami. “Pendant neuf ans, j’ai bien galéré”. The Greatest Romance, qui est l’histoire de sa vie marque ainsi une renaissance pour lui.

“Tout mon histoire se résume à rêver. Depuis tout petit, je rêvais de devenir un artiste et je le suis aujourd’hui. Pour moi qui n’ai jamais fêté d’anniversaire, c’est mon plus beau cadeau’. Comme le dit l’une de ses chansons,“vaut mieux rêver comme un enfant et penser comme un adulte”. Mieux encore, il faudra aussi compter sur son featuring avec Kumar Bent sur le Chapter 2 de l’EP The Greatest Romance. Suite à un concours en ligne lancé par le chanteur jamaïcain pendant le confinement, la maquette envoyée par Justice a été sélectionnée. Avec son groupe DTK, voulant dire “Deep Think King”, il se sent bien car comme son nom l’indique, tous “pensent d’une façon aussi profonde et nous sommes surtout sur la même fréquence. Nous ne faisons pas la musique pour prouver des choses aux gens mais pour montrer notre univers”.

Aujourd’hui, malgré son succès, le gars de Nouvelle France garde les pieds sur terre car conserver son authenticité lui est primordial. “On me pose souvent la question, ce que ça fait d’être artiste. En effet,  je suis connu et vais jouer dans les événements, je fais  des scènes, mais une fois rentré chez moi je suis simplement Justice. Je ne m’emballe pas trop, car rien n’est acquis, et je sais que demain je peux tout perdre.” Sa priorité aujourd’hui est surtout de rendre sa mère fière. “Je lui ai fait vivre un cauchemar, mais aujourd’hui je veux changer tout ça et lui redonner tout ce qu’elle a perdu”.

Le EP The Greatest Romance est disponible chez les disquaires, Dhany Music Centre Port Louis, Deejay Music Shop, Rose Hill, Metro Music Shop, Grand-Baie, Master Sound Bambous et sur les plateformes digitales à Rs 200.