Le 30 octobre de cette année Ras Natty Baby a fêté ses 37 ans de carrière musicale. Pionniers du séga don’t il a grandement contribué à l’émergence le chanteur reste engagé ét determiné dans sa voie. Huit albums et de nombreux projets musicaux à son actif le chanteur de 66 ans est une encyclopédie qui a écrit une page de l’histoire de la musique mauricienne. Entre rire, émotion, partage le seggaemen révolutionnaire se raconte.
Natacha Poynee

Quand Joseph Nicolas Emilien prend naissance le 14 avril 1954 à 21h à Rodrigues, sa mère attendait impatiemment le retour de son père qui était parti faire la guerre. En arrivant le lendemain à l’hôpital de Port-Mathurin, son père le prit dans ses bras en disant : « Look at my baby !» Le surnom ne devait plus jamais le quitter. Ni son engouement pour la musique. A 9 ans il chantait déjà et ressentait la musique dans ses tripes.
Si Ras Natty Baby est profondémment attaché à son île, son destin était ailleurs. « Dès mon plus jeune âge, j’avais ce besoin de vivre de nouvelles expériences et de partir à l’aventure. A 19 ans, je me suis lancé. » Il débarqua à Maurice le 5 septembre 1973. « A mon arrivée, les gens me fusillaient du regard. Je n’étais pas vraiment apprécié mais cela ne m’a pas détourné de mes objectifs ». Obstiné il était déterminé à persévérer pour faire quelque chose de sa vie malgré l’adversité. Après son arrivée il débarqua chez une famille à Montagne-Blanche. Celle-ci l’accueilla avant qu’il ne se rende chez sa marraine à Rose-Hill. N’ayant que très peu d’argent en poche et ne voulant vivre aux crochets de personne, il commença à faire du porte à porte pour trouver du travail.

Vers les années 80 il sentait que les descendants africains souffraient d’une absence de reconnaissance. Sentant ce besoin primordial de faire bouger les choses, il rejoignit des mouvements luttant pour les droits du peuple et de la classe sociale.
Passionné de littérature depuis sa plus tendre enfance, Ras Natty Baby dévorait les bouquins et adorait se documenter pour accroître sa connaissance générale. Son grand-père lui disait toujours « tou seki nou koze anvole. Me tou seki nou ekrir, reste». Au fil des années le livres contribuèrent à façonner son destin. Ses lectures le faisant découvrir David, Salomon, Benelik, la Reine de Saba, Haile Selassie. La lecteur lui permettra de comprendre le communisme, la colonisation et le combat des militants noirs comme Marcus Mosiah Garvey. Considéré comme un prophète par les adeptes du mouvement rastafari ce dernier fut surnommé « The Black Moses ». RasNatty Baby apprit également sur la politique « La politique, c’est tout de même le moteur du destin de l’humanité », souligne-t-il.
Kot lamizik inn pran naissance
En quête d’identité, il commença à écouter du Bob Marley. Dès lors, il y trouva une voie. Il opta pour la philosophie rasta. Au départ il n’avait pas encore de dreadlocks. « Je voulais tout d’abord comprendre le rastafarisme avant de m’en imprégner ». Ce n’est qu’en 1982 que le rastafarisme devient son mode de vie. Il commença à écrire ses propres textes. Une année plus tard, il rencontra Kaya, Joseph Réginald Topize, avec lequel, il joua à un premier concert dans son bastion à Cité Richelieu. C’était le 30 octobre 1983. Ras Natty Baby interpréta, entre autres, le morceau Time has come. Le 27 novembre de la même année, Kaya organisa un grand concert à Roche Bois.
Ras Natty Baby avait une perception bien définie sur ce qu’il voulait transmettre à travers la musique. « Je voulais évoquer le problème socio-politico-économique-culturel existant à Maurice ». Accompagné d’un groupe d’amis il forma les Natty Rebels formation jadis appelée les Ras Kilimanjaro. En 1987, le groupe lance une cassette reggae ayant pour titre Nu zwen ensam. Cet album fut vendu avec des amis principalement. Freedom Concert fut sa deuxième cassette enregistrée en live. Malheureusement, la société ne voyait pas d’un bon œil la communauté rasta. Même pour les concerts, on ne leur accordait pas de permis.

L’émergence du Séggae
1989. Kaya et Ras Natty Baby étaient à la recherche d’un nouvel style musical « Sega c n lamizik ternaire tandis ki reggae c binaire. Nou ti anvi kombin sa 2 styl la ». Et c’est là qu’est venu le mélange du séga-réggae qui devint plus tard le séggae. Lors d’une une œuvre de bienfaisance qui avait eu lieu à Saint-Pierre, le groupe Natty Rebels attira l’attention d’une française, Catherine Beyris. Cette dernière prépara un dossier qu’elle présenta à des promoteurs réunionnais. Le Centre Charles Baudelaires organisa dans la foulée, la Tournée Musique Africaine où le groupe joua aux quatre coins de l’île Maurice. A la fin de chaque représentation les musiques africaines étaient présentées sur écrans géants. L’album Revelasion, tiré à 3000 exemplaires arriva avec le soutien du Centre Charles Baudelaires. Entre-temps, Kaya sortit son album Seggae nu la mizik qui permit au seggae d’émerger.

Succés musical

En tournée à La Réunion les Natty Rebels furent repérés par un producteur. Ce qui permit la sortie de l’album Nuvel Vision. De retour au bercail en novembre 90, avec le soutien de Phillippe Yang et l’industrie Mirasson, les Natty Rebels présentaient les huit titres de la cassette : Nuvel Vision, Mo la mizik, Enn ti mazanbik, Nou zoune ensam, Zom, L’injustice, entre autres. L’heure de la gloire avait sonné. Le groupe enchaîna ensuite en 1991 avec Trinite, Armageddon (1994), Vibrasyon Rasta Zom (1996), Seggae Time (1999) etc.
Malgré tout, Ras Natty Baby avait d’autres visions. C’est à ce moment qu’il décrocha un contrat pour l’Europe où il donna des spectacles et participa à des émissions à la radio. En 2000, il présenta Nuvel Vision Millénium, une compli de ses meilleurs chansons. En 2002, il lanca l’album Militan en France et à La Réunion. Mais il ne pu lancer à Maurice car il avait été arrêté en 2003 pour une histoire de drogue.

A travers cet album, le rastaman avait voulu mettre l’accent sur des textes revendicateurs traitant des droits de l’homme, de la justice, de la pauvreté et de l’hypocrisie. Il chante également en featuring avec Master Kool B et Blakkayo sur le morceau Tourné la tête.
Débarrassé de ses ennuis judiciaires, le chanteur a sorti à quelques mois d’intervalle deux albums, dont l’un entièrement consacré à la cause des Chagos, territoire transformé en base militaire US dont Maurice disputait mollement la souveraineté au Royaume-Uni. Engagé comme jamais, désormais soutenu par les Riddim Soldiers, Ras Natty Baby répandait avec ferveur la bonne parole rastafari.