Connu pour avoir brillé comme champion de Maurice de savate boxe-française, Jean-Louis Polimon a aussi un autre talent méconnu. Il a, en effet, un sacré coup de pinceau. En témoignent ses tableaux aux éclats aussi scintillants que les médailles remportées lors des différentes compétitions auxquelles il a pris part à Maurice et à l’international. Originaire de Rodrigues, ce policier de 34 ans se défend aussi bien en sport comme en art.

Elu Sportsman of the Year 2018 à Rodrigues, Jean-Louis Polimon espère gravir d’autres échelons. Surtout au niveau international aux prochains championnats du monde qu’il prépare assidûment ces derniers temps. Pour en arriver là, ce fils de Rodrigues a franchi un autre palier en faisant preuve de Détermination, de Patience et de Persévérance. DPP trois qualificatifs qui sont les clés de son succès dans la vie et qu’il donna comme nom, en 2014 au club qu’il fonda à Union, à Rodrigues, DPP Boxe Française. Ce club a produit plusieurs champions de Maurice en boxe-française, notamment Jason Leopold, Ismael Momus ou encore Samantha Leveque. Dans cette école du sport et de la vie, Jean-Louis Polimon prend soin de transmettre aux jeunes rodriguais bien plus que les notions de boxe. « Je leur communique toute l’expérience que j’ai acquise au cours de ces dernières années ». Ce qui comprend aussi une discipline de vie et de l’ambition.

Mental de champion

A l’adolescence, Jean-Louis Polimon s’essaya à l’athlétisme. Mais une grave blessure l’en éloigna. Il trouve son refuge dans la boxe en intégrant un club dans la région de Soupir à Rodrigues. “Lors de mes trois premières compétitions, je m’étais incliné face à mes adversaires. Les premières épreuves sont toujours déterminantes pour un boxeur.” Il était tombé, certes, mais il avait compris que les choses n’en resteraient pas là. Motivé par les exploits de ses pairs Rodriguais comme les champions Facson Perrine et James Agathe qui ont brillé au sommet de la discipline, Jean-Louis Polimon trouva toute la détermination pour aller de l’avant et ses ambitions étaient grandes… Entretemps, il intégra la force policière.

Jean Louis Polimon a pour objectif de rafler l’or aux championnats du monde qui se tiendront en Autriche l’année prochaine.

Une première victoire en 2011 lors d’un gala de boxe à La Réunion, lui donna enfin le déclic nécessaire pour gravir les échelons. En 2014, il participa à ses premiers championnats du monde en Italie. « C’était surtout un rêve devenu réalité que de représenter mon pays au niveau international », raconte-t-il. Mais en sport il y a aussi de grosses désillusions. Ainsi, l’année suivante, en France il connut le déplaisir d’une blessure face au tenant du titre Aziz Abdelaoui. Il envisagea même de tout arrêter. « Les médecins m’avaient déconseillé de remonter sur un ring ».

Mais, à force de persévérance, il sera sacré champion de Maurice en 2016. Après cette pause forcée, il est revenu à force d’abnégation à son plus haut niveau et s’adjugea la médaille de bronze dans la catégorie des moins de 70kg au championnat du monde. Il réitéra la même performance aux championnats d’Afrique au Sénégal, l’année suivante. Entretemps, il devint aussi vice-champion de la ligue réunionnaise de savate boxe-française et fut médaillé l’argent aux World Martial Art Masterships en 2019. Aux championnats d’Afrique qui eurent lieu à Maurice l’année dernière, le boxeur remporta la médaille d’argent. “Au vue de mes performances, j’étais classé deuxième au niveau mondial jusqu’en février dernier.”

Le Rodriguais confie que les encouragements de l’entraîneur national, Kersley Visanjoue, ont joué un rôle majeur dans sa volonté de surmonter l’adversité et lui forger son moral de vainqueur.

Artiste dans l’âme

Comme souvent pour les athlètes de haut niveau, derrière le guerrier, il y a aussi une âme d’artiste qui sommeille. Et Jean Louis Polimon est de ceux là. Sa passion à lui, c’est la peinture qui lui permet de placer sur canevas sa vision poétique et romantique de la vie. Des crépuscules colorés, des paysages où des pirogues en bois voguent sur une mer paisible sont parmi les principales inspirations de ce fils de pêcheur. Très créatif, ce passionné de peinture a même eu l’opportunité d’exposer ses œuvres en solo en 2007 à l’Alliance Française de Rodrigues. Il explique que « l’art est une façon pour moi de m’évader et d’être en phase avec moi-même ».

Bien que sa vie tourne autour de son travail, du sport et de la peinture, il prend aussi le temps d’aller à la pêche quand le temps est favorable. Il travaille aussi la terre et s’occupe de ses animaux.

Le champion et l’artiste ont fait de son père un modèle de vie. Il l’a toujours admiré pour son sens du sacrifice. Il faut dire que le paternel se démenait et travaillait dur afin d’offrir à ses deux fils les valeurs essentielles pour grandir et réussir dans la vie. Depuis sa plus tendre enfance, Jean Louis Polimon a été nourri dans cette culture du travail et a cultivé ces valeurs humaines qui sont toujours ancrées au fond de lui. Et qu’il compte bien retransmettre aux siens et aux autres. « Si j’en suis là aujourd’hui, c’est surtout grâce à mes parents qui ont toujours travaillé. Mon père m’a surtout appris qu’il faut avoir de la patience et persévérer pour atteindre ses objectifs. »

La patience, il en a, et les ambitions aussi. Il vise avec lucidité la médaille d’or des championnats du monde en Autriche début 2021. Un objectif légitime pour ce qui devrait être une source d’inspiration pour nous tous…