Cette femme de 44 ans est entourée d’une aura d’élégance et de détermination qui la singularise. Danseuse polyvalente dans le circuit hôtelier, adepte de musculation, rescapée de deux cancers Joëlle Lablanche accueille désormais chaque instant de la vie comme une opportunité à vivre pleinement. Artiste méconnue du grand public malgré son talent et ses très nombreuses années de scène, elle s’est forgée à partir de rien pour se construire une histoire qui raconte sa persévérance.

Le vendredi 30 juillet, après des mois éprouvants, les danseurs de Ritmik Entertainment Ltd étaient de nouveau devant les touristes pour un spectacle d’hôtel. Au menu, danse du ventre et d’autres styles pour réchauffer l’ambiance et faire oublier l’hiver et les restrictions. Une première entrée en scène qui portait en elle l’espoir de jours meilleurs pour cette compagnie qui a beaucoup patienté avant de reprendre ses activités. Comptabilisant 24 ans dans le domaine, il y a quelques années Joëlle Lablanche avait décidé de voler de ses propres ailes.

Pour se démarquer, la danseuse qui pratique les danses contemporaine, bollywood, traditionnelle, latine, arabe, locale, entre plusieurs autres genres, avait opté pour la danse du ventre qui avait permis à son équipe de se faire une réputation dans ce milieu où la concurrence peut être à la fois aussi rude que déloyale. Il en fallait cependant beaucoup plus pour faire fléchir cette adepte de musculation qui est une challenger régulière aux concours de Miss Bikini qui allient muscles et élégance. Dès ses 4 ans ce petit bout de femme aux yeux marron verts s’était mise en tête de donner forme à son grand rêve de s’adonner à la danse comme cela se fait à la télé. Mais elle n’y connaissait pas grand-chose. Et ce ne sont ni les difficultés du monde professionnel, ni les aléas de la vie et encore moins ce cancer, qui l’a frappée à deux reprises, qui ont pu retenir ses élans de mieux faire et de s’épanouir. Vendredi, dès les premières notes du spectacle elle avait retrouvé l’entrain, le plaisir de communiquer joie et bonheur et ce sentiment de liberté et d’évasion qui l’ont bercée tout au long de cette belle carrière qu’elle a eue jusqu’ici.

Acclamée durant des années par des spectateurs d’à travers le monde, Joëlle Lablanche est de ces artistes qui restent méconnus du grand public mauricien malgré leur talent. Ce qui ne l’a pas pour autant empêchée de s’écrire une belle histoire. La danse l’a forgée en une fière femme forte sur ses pieds, solide dans son cœur et qui brille d’un bel éclat d’humilité. Ainsi, quand on lui demande ce qu’elle fait dans la vie : « Je préfère toujours dire que je suis danseuse. Ce n’est vraiment que lorsque c’est nécessaire que je réponds que je suis directrice d’une compagnie dans l’événementiel. » Il faudra aussi creuser un peu plus pour savoir qu’elle s’est souvent démarquée dans les concours de Miss Bikini où elle a participé jusqu’ici.

Cela s’était fait un peu au hasard. Un jour, pour bruler les quelques kilos qu’elle avait accumulé, elle s’était inscrite à la gym et avait commencé à faire de la musculation. Tout en se faisant une nouvelle musculature, elle avait veillé à conserver son élégance et sa féminité. Ce qui avait fait d’elle une excellente concurrente à la compétition où elle s’était classée sixième sur quarante dès sa première tentative. Depuis elle affronte la fonte quotidiennement.

Avant Covid, en sus des danseurs qui étaient employés dans sa compagnie, plusieurs autres personnes de son entourage bénéficiaient des retombées de sa vision. Employés, collaborateurs, aides ont toujours su pouvoir compter sur son soutien en des temps où les 50 à 60 spectacles présentés mensuellement permettaient à tous d’avoir une part du gâteau. Puis le monde a changé, Joëlle Lablanche a appris à danser sur un autre pied tandis qu’elle affrontait la tête haute les séquelles d’un deuxième cancer après quelques années de répit.

Désormais sa chevelure est composée de belles boucles qui lui apportent un air décontracté quand elle les laisse libres alors qu’elles lui donnent un air sérieux dans elle les retient dans un chignon. « Auparavant j’avais des cheveux droits et je me faisais constamment des permanentes pour les bouclés. Considérons que ma nouvelle texture de cheveu est un cadeau que m’a offerte le ciel après ma maladie. » Les séances de radiothérapie, de chimiothérapie et de bachry therapie à Maurice et en Inde avaient eu raison de sa chevelure. Mais pas de sa détermination. Encore moins de sa coquetterie et de son goût pour la vie. « Même quand j’étais en traitement, je veillais à être élégante, maquillée, la tête haute. Je me disais que j’étais toujours là et qu’il était hors de question que je me lamente ou que je me laisse aller. »

Joëlle Lablanche n’a jamais trop compris comment elle n’a pas cédé au défaitisme là où le pire semblait la guettait alors qu’elle était dans l’une des périodes les plus intenses de sa carrière et de sa vie. C’était peut-être pour son fils, sa famille, ses amis et ses collègues. « Je ne voulais pas leur dire que ça pouvait aller mal. Quand j’étais au plus bas je pleurais dans la salle de bains. Mais dès qu’il fallait sortir pour un rendez-vous je me maquillai et j’y allais. Même quand c’était difficile de marcher, chaque matin je me réveillais pour préparer les costumes de la soirée et tout mettre en place. » D’aucuns auraient pu croire que la calvitie avait été optée par cette danseuse qui participait toujours au spectacle. Elle avait perdu ses cheveux et un peu de son énergie. Cependant :  « Je restais quand même sur la scène autant que je le pouvais bien que je m’essoufflais rapidement. » Son moral de fer l’a portée jusqu’au bout. Et c’est pour s’en souvenir qu’elle conserve les résultats des tests annonçant sa guérison dans un cadre accroché au mur de son salon à la Résidence La Cure.

Joëlle Lablanche a toujours vécu dans cette région de la Capitale où elle s’est construite en veillant à toujours faire les choses méticuleusement.  Pas étonnant que durant la conversation notre hôte se lève de son canapé pour aller redresser le cadre du portrait de son fils qui penchait un peu. Et de trouver ensuite qu’il y a de petits travaux de rénovation à refaire dans sa maison construite au-dessus de celle de ses parents et décorée avec goût. Joëlle Lablanche se défend pourtant d’être trop méticuleuse estimant sans doute qu’il est normal que chaque chose soit à sa place et que tout doit être naturellement bien fait. Comme sa coiffure, ses ongles, son maquillage, les décisions de sa vie, ses spectacles.

« J’ai pris goût à la danse en regardant la série Fame quand j’avais 4 ans. » L’incontournable série des années 80 avait marqué cette enfant à l’âme artistique. « Mais, je ne savais pas comment faire ou quoi faire pour rejoindre le monde de la danse. » Elle intégra l’hôtellerie comme hôtesse espérant que cela lui ouvrirait les portes vers l’animation. Et bien entendu l’univers conspira pour lui apporter ses rêves. Lorsque les occasions lui furent offertes elle sut les saisir. « J’avais passé une interview dans un nouveau hôtel pour faire de l’animation sans avoir de l’expérience. C’est ainsi que je me retrouva à faire partie des spectacles du jour au lendemain. » Elle avait cependant compris que la danse demandait de la technique et une bonne base. Ses passages au SR dance de Stephen Bongarcon, auprès d’Antony Joseph, de Christian Rouget et autres lui donnèrent la possibilité d’être exposée à différentes techniques et de se faire une base solide pour avancer.

Au sein de Ritmik Entertainment Ltd chacun tient un rôle qui permet à l’ensemble d’avancer. L’idée de cette boîte lui était venue quand elle avait vu ses sœurs faire du belly dancing à la maison. « Je m’étais mise dans un coin pour essayer, mais ça n’avait pas marché. En même temps cette danse me fascinait. » Elle demanda conseil à ses sœurs et suivit des sessions sur Youtube pour comprendre les principes de cette danse sensuelle qui fait appel à énormément de souplesse et de dextérité. « J’ai alors décidé de créer un groupe de femmes pour proposer cette danse. » Elle choisit aussi de se mettre à son propre compte à la mort de sa mère emportée par un cancer : “Elle m’avait toujours dit que j’ai le potentiel pour me mettre à mon propre compte.” Les choses prirent le temps qu’il fallait et les opportunités se présentèrent d’elles-mêmes. Pour ne pas se limiter, la troupe, s’ouvra aussi à d’autres genres tout en étendant ses activités à l’animation pour enfants.

Alors que les activités reprennent Joëlle Lablanche espère que tout ira pour le mieux alors qu’elle reste reconnaissante de ce que la vie lui offre. « Je reprends les spectacles mais je n’oublie pas qu’il y a quelque temps je faisais toujours de la chimio et que je ne savais pas ce qui m’attendait. Cette expérience m’a apprise à être reconnaissante de ce que la vie m’offre, puisque les choses auraient pu être différentes. Il y a des gens qui vivent pire et cela je ne l’oublie pas. » Alors que ses activités professionnelles ont repris depuis la semaine dernière Joëlle Lablanche explique qu’elle devra tout reprendre à zéro. « Cela m’a pris cinq ans pour tout construire. Ce n’est pas grave. Je n’étais pas connue quand j’ai débuté et j’ai pu me frayer un chemin malgré tout. Je ferai de même cette fois et je saurai faire confiance à la vie pour avancer. »