Agnès Bax et Kan Chan Kin évoluent dans deux univers différents avec les mêmes idéaux. La première monte actuellement un écovillage à Montagne Blanche avec son groupe Laba. Kan Chan Kin poursuit entretemps son cheminement dans la fabrication d’instruments de musique à partir d’objets de récupération tout en partageant son savoir-faire. Les deux seront de ceux qui animeront des ateliers à lors de la 7e édition du Kaz’Out Muzik Festival le 7 novembre. Une édition consacrée à la musique locale et à la préservation de l’environnement. Nous avons rencontré ces deux amoureux de la nature à Moka.

Sarouel, blouse et paire de savates Dodo pour elle et short, kurta et nus-pieds pour lui. Agnès Bax et Kan Chan Kin ont choisi de se libérer des artifices sans doute pour mieux se connecter aux choses essentielles. Chacun est venu avec ses outils de prédilection, Agnès Bax avec son transplantoir, ses pots à semis et quelques graines. Kan Chan Kin s’est muni de sa guitare confectionnée à partir de boîtes de biscuits en métal et de bois recyclé ainsi que sa trombone faite de tuyaux en PVC.

Esprit nature.

Nos deux interlocuteurs se connaissent déjà depuis quelques années pour s’être rencontrés en différentes occasions. La première fois c’était lors d’un festival de bien-être. Depuis les rencontres se sont enchaînées. “Nous sommes souvent présents dans les mêmes évènements. J’ai même pris des cours de didjeridoo auprès de lui”, indique Agnès Bax. “Les gens qui vivent dans le même esprit se retrouvent”, sourit Kan Chan Kin.

Les deux âmes, intimement liées au respect de la terre, épousent les mêmes convictions. “Dans une société idéale, les gens seraient conscients qu’on est la seule espèce à détruire notre habitat. On n’est pas forcément conscients de cela, peut-être parce qu’on n’a pas eu les bonnes informations quand on était à l’école. À un moment on doit questionner ce qu’on a appris et voir si cela a toujours un sens. Il faut privilégier l’esprit de coopération et d’entraide plutôt que de compétition. Il faut surtout respecter la terre, nous consommons beaucoup de choses dont nous n’avons pas forcément besoin, la société a créé des besoins qui n’en sont pas. Même si on n’a pas d’espace chez soit pour un jardin, il faut se dire qu’il y a toujours moyen de planter. Que ce soit sur un balcon ou un toit, de produire sa propre nourriture, le sentiment que cela procure est vraiment énorme”, confie Agnès Bax.

Kan Chan Kin est dans la même dynamique. “Ma vision est la création d’une société où il n’y a pas de gaspillage, et que nous vivons en harmonie avec la nature. Nous sommes dans une société où il est bien trop facile d’avoir quelque chose, aller dans un supermarché d’acheter un fruit et le manger tout de suite. On ne se rend pas compte du travail qu’il y a derrière, de la plantation, à l’arrosage régulier, la patience, la récolte. Nous prenons tout cela pour acquis. Cela crée une d’arrogance.”
Écovillage.

À 36 ans, Agnès Bax est dans une optique écologique optimum. Son projet d’éco-village avec son groupe Laba est un modèle de vivre en harmonie avec la nature. Une initiative qui découle de la découverte de ce concept lors d’un voyage en Inde. “C’est un projet communautaire au milieu des champs e cannes. Nous sommes à trois et le groupe s’agrandit. Nous louons un terrain qui est bordé par des rivières. Nous essayons d’être autosuffisants en nourriture à 80 %. Nous avons installé des panneaux solaires. Nous avons mis en place des plantations organiques que nous essayons de vendre au même prix que les produits non-bio. Ça prendra beaucoup de temps à mettre en place mais tout se mettra en place. Nous favoriserons les circuits courts, et vendre aux habitants des villages alentours. Nous avons beaucoup d’idées, tout va se faire petit à petit. Nous voulons vraiment essayer de ramener les gens vers la terre, de montrer que c’est possible de vivre différemment.”

En parallèle, Agnès Bax gagne sa vie à travers des confections respectueuses de la nature et de sa philosophie de vegan. “ Je conçois des produits tels que des burgers vegan, du dentifrice, des produits ménagers, de la confiture, des produits de la cour, que je revends.” Auparavant, elle montait des vidéos sous-marines aux côtés de son ex partenaire. “La préservation de l’environnement a toujours été en moi.”

Fabrication d’instruments de musique.

Kan Chan Kin gagne lui sa vie grâce à la musique et sous différentes formes. “Je suis enseignant de fabrication d’instruments et de musique dans une école. Je fais également de l’ingénierie de son, de la vidéographie ainsi que de la photographie. Je crée d’ailleurs souvent des tutoriels pour montrer aux gens comment fabriquer un instrument.” Il confie que le premier instrument qu’il a conçu de ses mains fut un didjeridoo. “On n’en trouvait pas à Maurice, j’ai été un peu obligé d’apprendre à en fabriquer un. J’en ai confectionné en bambous puis en PVC qui a des propriétés un peu similaires.” S’en sont suivis d’autres types d’instruments. Percussions, instruments à vents ou à corde lui confèrent le même plaisir à fabriquer et à jouer. “J’aime découvrir des cultures, j’aime tous les instruments, chacun à une couleur particulière. J’ai fabriqué plusieurs types de flutes, dijeridoos, trompettes, trombones, guitares, banjos, guitares africaines.”

Il ne fait cependant pas que fabriquer des instruments, il se fait un devoir de le faire avec des produits de récup. Du coup, ses instruments originaux sont devenus, par la suite, des outils de sensibilisation. “Ils sont devenus pour moi une façon de laisser parler l’activiste qui est en moi. J’ai remarqué que, quand vous dites directement à une personne de ne pas jeter ses déchets n’importe où, elle le prend mal et croit qu’on veut lui imposer notre façon de penser. Du coup je recherche d’autres approches qui peuvent provoquer cette prise de conscience de façon un peu fun. L’art a un côté moins factuel. Il touche un peu à l’émotionnel, aux sentiments.”

Admiration.

Kan Chan Kin est un des fondateurs de l’ONG Enn Losean Vivab qui sensibilise le public sur l’importance de protéger la nature depuis 2017. “D’année en année, nous retrouvons beaucoup plus de saletés dans la nature. Les autorités ne faisaient pas le nécessaire, nous nous sommes dits, au lieu de critiquer, allons faire ce que nous pouvons. C’est ainsi qu’ont débuté les activités. On a même réalisé un documentaire qu’on a diffusé dans les écoles. Nous avons également saisi l’occasion pour encourager les gens à utiliser leurs propres mains pour confectionner des choses.”

Les deux écologistes sont très admirateurs du travail de l’autre. Kan Chan Kin se dit être très impressionné par cette initiative qu’il a découverte il y a quelque temps. “Je trouve son projet fort intéressant, je pense que c’est exactement ce qu’il nous faut, un retour à la terre, vivre dans un bon environnement, manger de la nourriture saine, avoir de bonnes pensées.” Pour Agnès Bax, Kan Chan Kin est “un génie, il faut vraiment l’être pour penser à prendre des boîtes de biscuits et fabriquer une guitare. La musique est très importante, dans la vie de tout le monde, il apporte une bonne vibe et en même temps il fait du recyclage. C’est un peu ce qu’on fait nous aussi.”

Transmettre aux nouvelles générations.

À travers les ateliers qu’ils proposeront à la 7e édition du festival Kaz’Out, nos deux interlocuteurs se réjouissent de pouvoir transmettre aux nouvelles générations. “C’est un atelier avec les enfants qui me permettra de leur apprendre à planter, et de rester connecté avec la nature. C’est une opportunité pour partager ce qu’on a appris. Moi j’aurais aimé qu’on m’apprenne tout çà à cet âge-là”, dit Agnès Bax. “À travers mes ateliers, je leur fait réaliser qu’ils peuvent accomplir eux-mêmes tout en comprenant un peu plus la nature”, confie, pour sa part, Kan Chan Kin.

En ce qu’il s’agit du futur, nos deux intervenants sont plutôt optimistes même s’ils sont conscients qu’il reste encore beaucoup de travail à abattre pour toucher la masse. “Pendant le confinement beaucoup ont commencé à planter, mais ça a surgi suite à un gros problème alors que cela devait être une affaire de base. Me ena enn zoli zafer pe leve”, dit Kan Chan Kin. “Nous sommes encore loin de cette prise de conscience collective, beaucoup d’entre nous sommes nés dans ce système et y avons adhéré. Le truc est de continuer à partager ses idées petit à petit et ne pas se décourager”, renchérit Agnès Bax.

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Kaz’Out : Une 7e édition particulière

Cette 7e édition du festival se déroulera une nouvelle fois à l’Aventure du Sucre, à Beau Plan, mais dans des conditions différentes en raison de la pandémie de Covid-19. Cette année, pas de groupes internationaux, mais une programmation locale de haute facture. Nous retrouverons ainsi sur scène Blakkayo, Babani Soundsystem, Linzy Bacbotte, Yogi Tamby, Ti Bandi, Stelio, Natty Gong, Konnekte, Panter Nwar, General Love, Hempress Lionne, Lady Whitney et Kartel Future Sound Systema. “Nous avons toujours valorisé la musique locale, nous avons cette année encore plus l’occasion de mettre l’accent dessus. Également, comme chaque année, nous invitons de nouveaux artistes”, confie Lionel Permal de Lively UP, organisateur du festival.

En sus de la programmation musicale, Kaz’Out donnera un grand coup de projecteur sur l’écologie avec divers ateliers prévus notamment ceux animés par Agnès Bax et Kan Chan Kin. “Au niveau des ateliers, nous les avons orientés d’avantage sur les challenges que nous avons en ce moment notamment aux niveaux alimentaire et écologique. Nous essayons d’apporter de petits éléments de réponse à ceux qui veulent évoluer, changer de direction dans leur façon de vivre, être de meilleurs êtres humains”, dit Lionel Permal.
Dans le même registre, l’équipe du Sustainable Household Waste Management (SHWM) sera de nouveau présent pour assurer le tri des déchets. Une collecte des invendus provenant des stands de restaurations qui est prévue à la fin du festival. L’association FoodWise Mauritius se chargera de la redistribution de la nourriture à des associations du nord qui aident les familles en difficulté. Afin de sensibiliser sur le gaspillage alimentaire, l’association proposera des activités et des démonstrations aux festivaliers.

Par ailleurs, deux formations sur le marché de la musique, seront dispensées en amont du festival par le Marché des Musiques de l’Océan Indien (IOMMa). D’autres activités sont également prévues tels que le facepainting, le tatouage temporaire, le tressage de cheveux, la vente de vêtements, accessoires et de CD.

Lionel Permal invite le public à venir en grand nombre pour célébrer cette 7e édition pas comme les autres. “Kaz’Out, c’est toute une philosophie, un espace où nous sommes bien ensemble dans un esprit de convivialité et de partage. L’année dernière, le festival était sold out.”

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Vente des billets

Cette année, le festival Kaz’Out viendra en aide aux familles touchées par la marée noire. Ainsi, les organisateurs encouragent le public à contribuer Rs 50 à l’achat de leurs billets qui seront reversées à ces familles. Les prix des billets sont comme suit :

À la porte –
Regular (Rs 850)
Regular + don Wakashio (Rs 900)
VIP (Rs 1450)
VIP + don Wakashio (Rs 1500)

À noter qu’un pack d’hébergement est également prévu. Renseignements : 5910 8535.