Ce jazzman originaire de Petite Rosalie se remémore ses temps forts. Il évoque ses frères et ceux qui furent ses pères. Avec la sensibilité et la modestie propres aux artistes vrais. Philippe Thomas raconte son parcours du petit village jusque dans les grandes villes du monde. Une aventure vécue au son de la trompette et des airs de jazz.

Philippe Thomas racontez-nous Petite Rosalie

Petite Rosalie se trouve à proximité de La Nicolière. Après le village de Pamplemousses vers The Mount. Mon enfance s’est jouée là-bas. Mon père (Gabriel Thomas) travaillait sur la propriété sucrière. Il était le chauffeur du van qui emmenait les enfants à l’école.

Gabriel Thomas avait un orchestre aussi. N’est-ce pas?

Il avait acheté des instruments pour mes frères et mes sœurs. Nous jouions pour les mariages, les bals et dans les fancy-fairs. Nous étions ce que sont les Dj aujourd’hui. A dix ou onze ans, je jouai de la guitare et je chantai …  A quatorze ans j’ai pris la trompette (1979) au sein de The Blue Valiants, l’orchestre de mon père. On jouait tous les jours pendant la saison festive. Je me souviens qu’on mettait tous les instruments dans la grosse bagnole paternelle : une Singer Vogue bleue.

Vous serez plus tard trompettiste au Club Med. Comment s’est passée cette transition ?

Mon frère Lindsay est entré au Club par l’intermédiaire du batteur qui s’appelait George Corette. Mon autre frère Roger aussi. Moi, j’étais encore mineur ; je n’avais pas le droit de les suivre. Mo ti ankor lekol.

J’étais au collège Bhujoharry. On avait fondé avec Noël Jean et Gino Touche le premier groupe de l’école : The Blue Stars. Entre quatorze et dix-huit ans, je bossai la trompette pour rentrer au Club Med. Cet hôtel faisait tourner ses musiciens d’une destination à une autre. Un jour Lindsay et Roger sont venus jouer six mois à Maurice. Je ne me suis pas fait prier pour aller les rejoindre à Pointe aux Canonniers! Après, je me suis envolé pour Paris. Puis pour la Tunisie, la Suisse, la Martinique, l’Inde…

Vous faites des rencontres intéressantes ?

Je me rappelle de Jean-Lou Longnon, entre autres jazzmen. Un superbe trompettiste et arrangeur. Un des jazzmen qui m’aura beaucoup inspiré parmi tant d’autres.

Que retenez-vous de Claudio Cassimally?

C’est mon père qui m’a présenté à Claudio lorsque j’ai eu ma première trompette. Et c’est avec Claudio que j’ai appris les gammes. Cela se passait chez lui à Tranquebar. J’aimais bien bosser avec lui. Je me souviens surtout avoir beaucoup marché de la Gare du Nord. Il m’a enseigné la base, les techniques, les accords, les arpèges…

Que vous aura appris Ernest Wiehe?

Je jouais déjà au Club Med lorsqu’Ernest Wiehe rentre de Boston. Il enseignait au Berklee School of Music. Il habitait alors Grand-Gaube. J’allais chaque semaine prendre des cours chez lui. Des cours d’harmonie et d’improvisation. Fode konpran larmoni pou kapav fer limprovisation.

Qui d’autre a participé à votre évolution ?

Il faut aimer la musique pour pouvoir en faire. Je me souviens des émissions axées sur le jazz. C’était diffusé les jeudis soirs à la télévision. C’était tard le soir en 1985. J’aimais bien le groupe Crusaders. Tout cela a participé à mon évolution. C’est sans doute cela qui m’a permis de révéler ma voix instrumentale, mon souffle, mon âme, ma particularité.

Qu’est-ce qui vous a poussé à aller étudier la musique?

J’ai suivi des cours dispensés par Berklee lorsque j’étais à Perugia (Italie). C’est une petite ville qui organise chaque année un gros festival de jazz. C’est là-bas que j’ai obtenu une bourse pour aller étudier à Boston. J’obtint plus tard une deuxième bourse pour me perfectionner. Je vivais entre Boston et New-York. Je m’étais installé à Manhattan pendant plusieurs années pour acquérir de l’expérience et jouer dans les clubs de jazz new-yorkais. Je suis rentré à Maurice en 2000. Un choix personnel.

Philippe Thomas êtes-vous le créateur du séga-jazz ?

Je ne peux pas vraiment dire cela. J’ai appelé cette sonorité « séga-jazz. » J’entendais déjà des musiques qui sonnaient un peu dans ce genre. Par contre, prendre des standards du jazz et les interpréter en séga… oui, j’ai fait cela. J’ai un morceau intitulé Segazz sur un album du même nom. J’ai joué ces morceaux avec des musiciens new-yorkais. Notamment une composition intitulée Ti Rosalie…

Vous avez cette humilité propre aux grands artistes. Est-ce important à vos yeux?

Je ne sais pas trop quoi dire. C’est dans ma nature. Toute mon histoire est dite dans mes morceaux. Ces compositions expriment mes émotions. Ce sont des choses qui ne peuvent être dites que par la musique. Sans doute la musique de mes émotions, de mon âme..

Quels sont vos projets en 2021?

Il y aura le concert des Thomas Brothers. Avec Roger, Lindsay et moi. Sans oublier Christophe Bertin à la batterie et Alain Amour en guest. Ce sera le 6 février au Caudan Arts Centre vers 19h. Les Mo’Zart assureront la première partie. Un documentaire sur l’atelier sera aussi présenté lors du concert. Les billets seront en vente très prochainement.

Philippe Thomas êtes-vous un homme heureux?

Je suis un artiste libre.