Après quatre années de lutte, la victoire est enfin acquise dans l’affaire Pomponette où le bail du promoteur hôtelier vient d’être résilié par les autorités. Aux avant-postes, Carina Gounden et Ian Hookoomsing de la plateforme Aret Kokin Nu Laplaz (AKNL) se réjouissent. Pour en parler ils nous ont rencontrés sur la plage de Pomponette où ils ont ardemment milité et où ils ont fait connaissance avant de se mettre en couple. Ils nous racontent une histoire de lutte et d’amour.

Cet après-midi, Carina Gounden et Ian Hookoomsing, remettent les pieds sur la plage de Pomponette pour la première fois depuis la résiliation du bail des promoteurs par les autorités. Ils retrouvent ce sable fin, la mer turquoise, ces arbres qu’ils ont défendu bec et ongle pendant quatre ans contre un projet hôtelier qui allait arracher ce bijou des mains des Mauriciens. À l’instar des bourrasques incessantes typiques de cette partie de l’île, un vent nouveau se lève pour ces deux militants de la cause environnementale et des droits des citoyens.

Symbolique.

Pour le couple, Pomponette est bien plus qu’une plage. Elle leur est un symbole fort de résistance, une des raisons qui permet de croire que la lutte n’est jamais vaine. Par ailleurs, la lutte acharnée menée contre l’accaparement de cette plage qui les a faits se rencontrer. Bien qu’il n’y ait pas eu de coup de foudre à la première rencontre, les affinités se sont créées au fil des rencontres et sur le champ de bataille.
Si eux et les autres n’avaient pas mis autant d’énergies dans le combat les lianes de batatran n’auraient jamais autant proliféré. Puisque c’est aussi la nature qui avait été prise en otage. Carina et Ian peuvent maintenant franchir la barrière en tôle sans être menacés, violentés ou poursuivis. “Pomponette est une plage de qualité exceptionnelle. C’est un petit bijou qu’on ne pouvait pas se permettre de perdre. On y pique-niquer, nager, observer les coraux et la belle vie marine bien conservée”, confie Carina Gounden.
Toutefois, préviennent-ils, le combat n’est pas tout à fait terminé. “Nous enverrons une lettre au ministre des Terres et du Logement pour qu’il rende cette plage publique. Nous souhaitons enclencher quelque chose tout de suite et impliquer la population. Nous pouvons réfléchir sur une premier modèle exemplaire de plage publique”, dit Ian Hookomsing.

Nature sauvage du sud.

Carina, 30 ans, avait mis de côté son plan de carrière initial suivant ses études sociolinguistiques pour embrasser le combat d’AKNL. “J’ai un rapport particulier avec la nature sauvage authentique du sud. Quand il y a une injustice comme celle-ci, je ne peux pas regarder de l’autre côté. J’ai eu une formidable enfance dans le sud. J’ai envie que les jeunes en vivent la même chose.”
Son premier combat fut contre la tentative de bloquer l’accès direct à la Roche qui Pleure. Elle s’était alignée aux côtés de George Ah-Yan et compagnie pendant ses quelques mois de vacances à Maurice alors qu’elle étudiait encore. C’est son père, conseillé du village, qui lui a inculqué cet élan de militantisme.
Quant à Ian, 45 ans, il a su qu’il combattrait contre l’accaparement des endroits comme celui-ci dès sa rentrée au pays en 2002 après ses études. Responsable de CSR dans une banque, il a fait ses premiers pas sur le terrain du militantisme à travers le combat contre l’autoroute qui devait traverser la Vallée de Ferney. Après quoi, il s’est lancé dans le combat contre l’accaparement des plages. C’est d’ailleurs lors d’une descente sur le terrain à Pointe Oscorne, à Melville, en compagnie de Georges Ah-Yan et Jeff Lingaya entre autres, que ces derniers posèrent les jalons de la plateforme Aret Kokin Nu Laplaz.

Il était une fois.

Carina Gounden se familiarise avec le nom de Ian Hookoomsing à travers les journaux alors qu’elle est toujours en France. “Mon frère, Sam, touché par ce qui se passait à Pomponette, était sur le terrain. Je lui ai dit, ‘Sey rant an kontak avek Aret kokin nu laplaz. Ena enn piti serye apel Ian Hookoomsing’. J’avais vu son nom dans le journal.” La rencontre interviendra plus tard à Maurice. “Nous avions une branche d’AKNL ici ; AKNL St Félix. Nous avons commencé à nous rencontrer un peu plus”, confie Carina.

Points communs.

C’est lors d’un camping sur la plage de Beau-Champ que Carina et Ian commencent à mieux se connaître. Alors que certains font de la musique, les deux fredonnent les mêmes ségas engagés. Faisant plus ample connaissance, Carina découvre que le père de Ian est sociolinguiste. “C’était mon domaine, Ian est tombé dedans depuis l’enfance, il comprend la langue que je parle”, rigole-t-elle.
Ils se découvrent également des passions communes comme le goût pour les “min bouy aux fruits de mer de Mahébourg” et la musique rock. Leur première sortie en couple se fait à Casela lors du concert Mauritian tribute to Pink Floyd où ils ont sans doute fredonné Shine on Crazy Diamond. “Le lendemain, nous étions à Chemin Grenier distribuant des tracts”, sourient-ils.
Les deux s’accordent à dire que personne d’autre n’aurait pu partager la vie de l’un ou de l’autre. “C’est un combat permanent. Nous n’avons pas de week-end, très souvent il nous faut agir très vite. Personne d’autre n’aurait pu nous comprendre. Une autre personne aurait été malheureuse”, confie Carina Gounden. Ils ne cachent pas non plus que les disputes sont assez fréquentes. “C’est un peu notre dynamique. Nous ne sommes souvent pas d’accord sur certaines choses dans le combat que nous menons. Mais à la fin, l’intelligence collective prime et nous trouvons un consensus”, relate l’habitante de Gris-Gris. “En fin de compte, nous sommes complémentaires”, renchérit Ian Hookomsing.

Changement.

Sur le pied de guerre en permanence, le couple confie que leur moteur pour continuer réside aussi dans le fait qu’un changement s’opère parmi la population. Une prise de conscience qu’ils ont contribué à initier à travers leur engagement sur le terrain. “Au départ, nous devions carrément convaincre les gens. On nous accusait de bloquer le développement. Par la suite, les gens ont compris. Ça nous donne du courage”, confie Ian.
Carina Gounden se penche actuellement sur la création d’une structure qui leur permettra peut être de “retrouver une vie un peu normale. Nous avons stocké pas mal d’expériences. Nous voulons que ces choses restent. Elles peuvent permettre aux autres de continuer mener la lutte.”
En attendant le combat continue. Leur prochaine cible, l’amendement du cadre légal tribunal de l’environnement prévu pour spécifier qui a le droit de loger un appel contre la décision du ministre de l’Environnement d’émettre une EIA licence ou pas. Un amendement présent dans l’annexe du dernier budget dans la section Easing of construction permits.