Il faut se réjouir que la langue créole fera bientôt son entrée au Parlement. On lui reconnaît enfin une statut (dictionnaire, initiation à l’école, pièces de théâtre…). Il faudrait cependant savoir de quelle langue créole s’agit-il.

Trois types de créole sévissent à Maurice. Un certain nombre de Mauriciens ne cache pas qu’il ne sait pas ou plus parler en créole. C’est leur droit. Pourtant , chassez le naturel il revient parfois au grand galop. Quelques esprits attardés prétendent que parler en créole est vulgaire. Cet argument repose sur du vide. Le Français vulgaire, ça existe et Coluche en a usé et abusé. L’anglais vulgaire passe régulièrement sur nos radios. Amusez-vous un jour à compter le nombre de fois que « fuck », quand ce n’est pas « motherfucker”, figure dans les paroles de certaines chansons.

Arrive ensuite le “créole francisé” ou plutôt le “français créolisé” parfaitement illustré par le  bulletin quotidien à la télévision nationale. Le ou la journaliste armé.e. du journal en français sous les yeux « traduit » ce qu’il ou qu’elle voit en un créole « de salon ». Un exemple: « le ministre de tutelle » que l’homme de la rue ne comprend pas. Li krwar ena ene nouvo minisse ke appelle Tutelle!

Les journalistes de la MBC/TV reconnaissent volontiers ce travers quotidien. Sans ironie, c’est peut-être un type de créole BCBG qui sévit dans certaines couches sociales. Actuellement, on serait en train de trouver des équivalents en créole pour des termes techniques ou anglais que l’on utilise au Parlement.

Bel exercice, mais on laisse aussi entendre que les députés seront initiés au créole. S’ils se mettent à parler en créole « de salon », le résultat sera contreproductif.

Reste en troisième lieu, le créole dit « populaire » utilisé et compris par monsieur-tout-le-monde, c’est-à-dire par le peuple. On l’enjeu au départ était que tout le monde sans distinction puisse comprendre les débats au Parlement télévisés en direct. Ce type de créole ne devrait pas être dévalué, voire ignoré, pour ne pas offusquer certaines oreilles.

Emasculer la langue créole consisterait à la vider de sa vitalité, de ses expressions, de ses idiomes, de ses sirandanes, bref de tout ce qui fait son originalité et son inventivité. Une langue trop lissée, plate, sans vigueur. Va-t-on « nettoyer » la langue créole populaire? Est-ce qu’on entendra au Parlement des expressions prises au hasard comme « la main enba rosse », « bat la mok », « batère bis », « cuit vidé », « déclare piti ki pas pou toi », « manz pistasse guette cinéma », « faire bourik manz lazle », « fouk » passe bas », « calesse cassé », « le temps margoz », « leve paké allé », « manze boule », « manzé vine dans dalo », « mette kraking », « montré zaco fer grimace », « la bousse cabri », « natte dan cou de vent », « patience guéri lagale », « rode li pou poul », « si pas menotte badine »…

Avouez que toutes le idiomes et expressions créole pimenteraient certains débats insipides.

Moralité: ne gâchons pas la chance offerte à notre langue créole. Elle n’appartient pas à un clan ou à une élite. Elle appartient tout simplement à celui qui l’a inventée en terre mauricienne: le peuple. Avertissement warning number one.