Josian Tobie, plus de 43 ans au service des clients

La Librairie Bourbon à Port-Louis entretient l’appétit des fervents amoureux du livre depuis plusieurs générations. Des années 60 à aujourd’hui, les amateurs de romans policiers, de romans à l’eau de rose, des collections Harlequin et Mills Boon, sans oublier les étudiants en quête de livres de manuels scolaires à bons prix, nombreux sont les clients de la librairie qui trouvent toujours ce qu’ils cherchent dans cette institution qui fait partie intégrante du paysage Port Louis.

Moïse Alllagapen, le fondateur de la libraire Bourbon

La Librairie Bourbon c’est tout d’abord un magasin qui déborde de livres et d’histoires. On en trouve des milliers, un inventaire sera une tâche particulièrement ardue. Il y a ici “Plus de 6000 livres et magazines”, estime Josian Tobie, qui officie derrière les piles de livres comme vendeur depuis plus 43 ans et qui connaît l’emplacement de chaque type de livre par coeur.

La Librairie Bourbon est aussi un lieu unique, où le lecteur se sent à l’aise de feuilleter un bouquin et pour prendre son temps afin de choisir le livre qui lui convient. L’histoire de cette librairie a été écrite aussi bien par son propriétaire que par ses nombreux clients qui reviennent souvent. Certains pour acheter, d’autres juste pour jeter un coup d’oeil ou sinon pour bavarder avec Monique Allagapen, propriétaire.

Vijay Seebaluck fait partie de ce cercle d’amis qui connaît l’histoire et l’évolution de la Librairie Bourbon. Agé de 72 ans, cet ancien habitant de Port-Louis fréquente la Librairie Bourbon depuis 1965. Ex-employé dans un corps para-étatique, aujourdhui à la retraite, il se souvient : « A cette époque je venais de finir mes examens de SC et je venais aider mon oncle qui travaillait au Mauritius Times. A côté, il y avait la Librairie Nalanda. C’est comme ça que j’ai commencé à fréquenter la librairie pendant les heures du déjeuner.» Vijay Seebaluck a aussi avoir connu le fondateur du librairie, le regretté Moïse Allagapen, décédé à 35 ans en 1976.

«Moïse Allagapen était un homme au grand coeur. Il était toujours très jovial et prêt à aider son prochain», se souvient avec émotion Vijay Seebaluck. «En se lançant cette librairie, mon époux voulait surtout aider les étudiants à trouver leurs manuels à beaucoup moins chers que les livres neufs », explique Monique Allagapen, la veuve de Moïse Allagapen.

La Librairie Bourbon fut la première librairie de Maurice à vendre des manuels scolaires d’occasion pour le primaire et le secondaire. Plus de 50 ans après son ouverture, la librairie continue de proposer des livres, revues, livres de grammaire et autres dictionnaires d’occasions au grand public. « Nous achetons les livres du public. Notre critère principal est bien évidemment l’état dans lequel est le livre», précise encore Josian Tobie, qui regrette que les gens lisent de moins en moins. « Avec l’apparition des téléphones portables et autres tablettes, et des livres qui sont disponibles sur le net, forcément les gens achètent moins et lisent beaucoup moins qu’avant.»

Dans les années 70 c’etaient les romans policiers, les romans photos, les livres sentimentaux des éditeurs britanniques Mills & Boon qui étaient les plus populaires parmi les lecteurs. « Il ne faut pas oublier les bande dessinées en petits formats des aventures de Zembla, Kiwi, Blek, Fantax, Rodéo ou Strange», tient encore à préciser Vijay Seebaluck, qui affirme avoir acquis la collection Histoire de l’Egypte Ancienne en trois volumes à un prix très intéressant il y très longtemps. Autre hit des années 60 et 70, le magazine en anglais True Dectective, où les faits divers les plus sordides étaient racontés.

« Les roman-photos, qui étaient en noir et blanc au début, étaient vraiment très appréciés par le public féminin. Ici, même les touristes sont venus acheter des livres qu’ils ne trouvaient plus dans leurs pays d’origine. Certains passaient commande pour des livres qu’il sont venus récupérer un an plus tard, quand ils sont retournés à Maurice. Les livres de grammaire de Claude Augé, par exemple, étaient très demandés, car à une époque on ne trouvaient plus des exemplaires en France», ajoute pour sa part Josian Tobie. Ce dernier se souvient aussi des visites du premier ambassadeur de France à Maurice, Raphaël Léonard Touze, qui aimait acheter des livres à couverture cartonnée-reliée.

Autre habitué du librairie, Said Rujbally, 69 ans, raconte qu’il est entré dans la librairie un jour en 1967 ou 1968. Plus de 50 ans après, il revient presque tous les jours. Ancien employé de la Cargo Handling Said Rujbally est lui aussi un grand lecteur des aventures de Blek, Kiwi et Rodéo. « Je suis venu ici acheter des bandes dessinées et je me suis tout suite bien entendu avec le propriétaire Moïse Allagapen, qui était vraiment un homme formidable. Quand je travaillais, pendant le déjeuner, je venais faire . Je me suis fait beaucoup d’amis venant des quatre coins de l’île dans cette librairie. Aujourd’hui encore il y a ici des livres qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Pour ma part je continue de lire les livres de la série d’espionnage S.A.S. et les romans policiers de la serie L’Executeur”, explique le sexagénaire.

«Cette librairie fait partie de ma vie maintenant. Beaucoup de clients sont devenus des amis. C’est un lieu où ils reviennent pour acheter des livres, mais en même temps, pour bavarder. Nous sommes là pour aider. Nous continuerons sur la même voie, c’est-à-dire proposer des livres d’occasion aussi variés que possible aux gens qui aiment lire, mais aussi des manuels scolaires, neufs et d’occasion aux étudiants», dit Monique Allagapen.

BD petits formats

Chez Bourbon on retrouve toujours les BD en petits formats. A une époque à Maurice et ailleurs les albums de Akim, Zembla, Kiwi, Blek ou Rodéo étaient vraiment très prisés par les jeunes. Le succès remportés par ses titres en France se répercuta à Maurice. Lancé en 1955, Kiwi restera longtemps le leader du marché, atteignant les 300 000 exemplaires de ventes mensuelles en France, talonné par Akim et Battler Britton, surfant au-delà des 200 000 exemplaires ! A noter que Kiwi était un magazine franco-italien publié en petit format par les éditions Lug de septembre 1955 à décembre 2003 . Kiwi a publié surtout les aventures de Blek Le Roc du trio italien Pietro Sartoris, Dario Guzzon et Giovanni Sinchetto.

Le héros éponyme est un trappeur américain d’origine bretonne qui participe à la guerre d’indépendance des États-Unis contre les troupes anglaises. Il est accompagné dans ses aventures par le jeune Roddy et l’érudit professeur Occultis.