Constamment traversé, mais peu fréquenté, Chamouny n’en demeure pas moins attrayant de par ses atouts naturels en flanc des montagnes du Mont Blanc. Les aînés, qu’on y rencontre, se sont un plaisir d’accueillir les visiteurs. L’occasion de ressasser les souvenirs du Chamouny d’antan qui s’est transformé tout en préservant leur cachet de village paisible du Sud.

Un peu à l’abri d’une épaisse végétation, entre terre et mer, le village Chamouny fait partie des villages retirés qui se développent en toute discrétion. Ce qui n’est pas pour déplaire aux aînés, car cette quiétude n’a pas de prix. Cependant que le village est quotidiennement traversé puisque sa route principale est un raccourci reliant les régions du Sud au centre de l’île. Sans oublier qu’à l’entrée du village, le lac du Bassin Blanc et la Vallée des Couleurs Nature Park sont des attractions visitées par les locaux et étrangers.

Une fois, les plantations de bananes et les derniers champs de canne traversés, la partie résidentielle fait son apparition. Le développement infrastructurel et les habitations s’intègrent en harmonie aux collines verdoyantes.

Après avoir longtemps fait partie intégrante de Chemin Grenier, Chamouny a été séparé pour prendre le statut de village à part entière. Et depuis, le développement au coeur de ce havre de paix s’est davantage accentué. Mooneesamy Seeneevasen, 68 ans, connaît son village natal sur le bout des doigts. Il a arpenté ses coins et recoins et a suivi de près l’évolution de Chamouny. “Cela ne m’a jamais effleuré l’esprit de partir d’ici. Aucun autre endroit de Maurice ne sera assez bon à mes yeux car ici j’y ai toutes mes habitudes”.

Un attachement particulier que partage aussi Mooneenagen Koothan, ancien employé du secteur éducatif. Ce dernier nous confie que même si le coin est retiré et que les commerces, banques et pour toutes autres démarches administratives, il doit toujours se rendre à Chemin-Grenier, au quotidien, la vie demeure agréable. “C’est assez tranquille et ce n’est pas plus mal ainsi”. Pour Anil Johaheer, un boutiquier du coin et propriétaire de snack, cette quiétude repose grandement sur le fait que les 7000 habitants cohabitent dans la fraternité et en parfait accord. “De plus en plus les valeurs se perdent mais à Chamouny nous avons la chance de rester très soudés entre nous. Depi so zanfan ziska so gran dimoun nou konn ki sa ve dir respe”. D’ailleurs, avant la pandémie du Covid, il n’était pas rare que des activités et autres tournois sportives soient organisés pour partager des moments ensemble. Mais, il avoue aussi son inquiétude de voir son village perdre cette tranquillité si le fléau de drogue fait son apparition. En effet, rajoute Mooneenagen Koothan “C’est un peu regrettable de voir que sans les initiatives des anciens, les jeunes ont tendance à ne pas s’investir et participer à l’avancement du village”. Il cite pour exemple qu’à son époque, il n’y avait pas autant de choses à disposition. Or aujourd’hui, Chamouny est pourvu en transport public qui facilite tous déplacements vers les autres régions de l’île, et que côté infrastructure, le village est doté d’une école primaire, d’un Community Centre, d’un dispensaire, d’un village hall d’un terrain de football et volley-ball.

S’il apprécie la discrétion, Vijay Lobogun voudrait néanmoins que Chamouny ne soit pas mis à l’écart. Selon le sexagénaire, le village a le potentiel pour devenir une référence car “Le village a un cachet unique de par ses attraits naturels encore bien préservés. La preuve qu’il est possible d’évoluer sans pour autant tout détruire sur son passage”. Le Domaine Chazal et la Vallée des Couleurs ont en effet été les premiers à contribuer mettre un peu en lumière le coin. Il espère que d’autres projets, dans un esprit écotouristique, seront sorti de terre pour contribuer à la croissance du coin.

De Chamonix à Chamouny

Chamouny a été baptisé par le Français Charles Grenier dont le village voisin porte d’ailleurs son nom. Selon ce qui est raconté, il voulait faire référence aux montages qui entourent le village et qui lui rappelaient celles de Chamonix en Haute Savoie en France. Dans le coin, les anciens ont aussi eu vent d’une autre version. Celle d’un immigrant indien prénommé Moun Labadah qui y vivait ici au 18e siècle. Et les gens disaient souvent qu’ils allaient chez « Moun » lorsqu’ils venaient au village.