Selon une vaste enquête menée par le laboratoire Haleon, Odoxa et la Chaire Santé de Sciences Po, les femmes souffrent davantage de douleurs chroniques et intenses que les hommes. Pourtant, ces douleurs restent encore trop souvent minimisées, mal comprises ou tardivement prises en charge.
Chaque jour, des milliers de femmes vivent avec des douleurs qui perturbent profondément leur quotidien, sans toujours bénéficier d’une prise en charge adaptée. Une réalité désormais mieux documentée grâce à l’enquête « Les Français, les Françaises et la douleur », qui met en lumière un constat préoccupant : si la douleur touche une large part de la population, elle ne s’exprime pas de la même manière selon le genre.
Selon l’étude, 4 Français sur 10 déclarent ressentir régulièrement des symptômes douloureux, principalement des troubles musculosquelettiques (23 %), des maux de tête (12 %), des douleurs gastro-intestinales (14 %) ou encore de l’arthrose (15 %). À l’officine, les pharmaciens confirment cette réalité, 82 % d’entre eux recevant quotidiennement des patients concernés. Mais l’enquête révèle surtout un écart marqué entre les femmes et les hommes.
Des douleurs plus fréquentes, plus intenses et plus durables chez les femmes
Les femmes sont presque deux fois plus nombreuses que les hommes à être concernées de manière répétée par des symptômes douloureux, en dehors des douleurs liées aux règles. Les écarts sont particulièrement importants selon les pathologies étudiées : 66 % des femmes rapportent des troubles musculosquelettiques contre 47 % des hommes (+19 points), 60 % des maux de tête contre 38 % (+22 points), 54 % des douleurs gastro-intestinales contre 35 % (+19 points), et 40 % de l’arthrose contre 28 % (+12 points).
Au-delà de la fréquence, l’intensité des douleurs diffère également. 71 % des femmes déclarent ressentir des douleurs supérieures à 7/10, contre 52 % des hommes. L’écart est encore plus marqué pour les douleurs les plus sévères : les femmes sont deux fois plus nombreuses à déclarer des douleurs supérieures à 9/10.
La durée des épisodes douloureux constitue un autre marqueur important : 78 % des femmes indiquent ressentir des douleurs durant plus de 24 heures, contre 63 % des hommes.
Ces tendances sont confirmées par les professionnels de santé interrogés dans l’étude, qui soulignent majoritairement une précocité, une chronicité et une intensité plus importantes chez les patientes.
Un poids spécifique des douleurs liées à la biologie féminine
L’enquête met également en évidence le rôle des douleurs spécifiques à la physiologie féminine tout au long de la vie : règles douloureuses, grossesse, post-partum ou encore ménopause.
Ainsi, 79 % des femmes déclarent avoir déjà souffert de règles douloureuses, et plus d’une femme sur dix rapporte vivre avec une endométriose. Par ailleurs, 56 % évoquent des douleurs pendant la grossesse et 53 % en post-partum. Enfin, 57 % des femmes âgées de 50 à 64 ans déclarent des douleurs liées à la ménopause.
Selon l’étude, ces douleurs spécifiques ne sont pas isolées : elles semblent associées à une plus grande probabilité de développer d’autres symptômes douloureux. Les femmes souffrant de règles douloureuses rapportent par exemple davantage de maux de tête que la moyenne (+30 points).
Le même phénomène est observé pour les douleurs liées à la ménopause, associées à une augmentation des troubles musculosquelettiques (+23 points), des maux de tête (+30 points) et des douleurs liées à l’arthrose (+31 points sur les 12 derniers mois).
Une douleur encore trop souvent banalisée
Au-delà des chiffres, l’étude met en lumière un ressenti largement partagé : celui d’une douleur insuffisamment prise en compte. 83 % des femmes estiment que leurs symptômes sont trop souvent « normalisés » par les professionnels de santé, et 55 % disent qu’ils sont parfois attribués à des causes psychologiques.
Cette perception influence directement les comportements de recours aux soins : 27 % des personnes concernées ne consultent aucun professionnel de santé, et 67 % hésitent à consulter, préférant attendre l’évolution des symptômes.
Selon Céline Camilleri, Directrice Générale Europe Nord-Ouest chez Haleon, cette banalisation interroge : les douleurs féminines seraient encore trop souvent considérées comme « normales », notamment dans le cas des règles, ou minimisées au profit d’explications non médicales.
Des pistes pour améliorer la prise en charge
Face à ce constat, le laboratoire Haleon propose, à travers un Livre Blanc, plusieurs axes d’amélioration.
Le premier concerne la formation des professionnels de santé. L’objectif : mieux intégrer les spécificités de la douleur féminine dans les cursus médicaux et paramédicaux afin d’éviter les retards de diagnostic et la banalisation des symptômes.
Pour le Pr Serge Perrot, médecin rhumatologue, les différences physiologiques, hormonales mais aussi sociales influencent la perception et la prise en charge de la douleur, rendant indispensable une approche sensible au genre.
Deuxième axe : renforcer le repérage précoce, notamment en s’appuyant sur les pharmaciens d’officine. L’idée serait de structurer des outils d’évaluation standardisés afin d’identifier plus rapidement les douleurs récurrentes, intenses ou persistantes, et d’orienter les patientes vers une prise en charge adaptée.
Enfin, le document recommande une implication accrue des complémentaires santé, via des dispositifs de prévention dédiés à la santé des femmes. Ces dispositifs pourraient inclure des approches non médicamenteuses comme l’activité physique adaptée ou la gestion du stress, ainsi que des bilans de douleur réguliers.

