C’est assez étrange comme songe: une nuée de jets privés atterrissent sur la piste. Crissement de pneus et chauds applaudissements du comité de bienvenue. Un homme masqué se rue vers l’appareil d’un air empressé. On aurait cru l’excellent Shaowcut, vêtu d’un beau costume d’apparat. Il se précipite pour baiser la menotte d’un prince des finances venu passer du temps en compagnie de quelques ami(e)s de fortune.

Au salon V.I.P, l’on sussure que ce visiteur fantastique serait intéressé par un établissement hôtelier; sinon il ferait ériger un beau palais à son goût, pour assouvir des expériences balnéaires uniques. Il se chuchotte aussi que le grassouillet lorgnerait les vierges îles des Chagos (c’est un rêve étrange) où de forts bâtisseurs construiraient sur place, un palace digne des mille et une nuit… en un claquement de doigts.

Une « petite » de l’archipel chagossienne satisferait les désirs dudit discret investisseur. A peine quelques heures de vol séparerait le milliardaire du petit pied à terre au paradis. Une villégiature où les importuns seraient bannis. Malheur à  ceux ayant l’outrecuidance de tresspasser sa propriété (louée à bail à durée indéterminée). Les revenues engrangées mettraient ainsi Maurice à l’abri du besoin.

Est aussi apparu, sorti d’une lampe, l’excellent Renganaden. Celui qui sauverait le pays de la banqueroute! Les experts du dimanche disent que l’honnorable Renganaden a fait un beau discours. Attendons voir ce que cela donnera en acte concret. Certains assurent que c’est du béton; d’autres disent que « ce colmatage » ne tiendra pas plus de six mois. Je me sens toute chose. Sans doute, me suis-je trop focalisée sur le récent exercice budgétaire du personnage.

Si j’ai bien compris, on puisera en substance le pognon là où ce fric jailli à grand jet ! On en prélèvera une partie, et on restitura un chouïa des restes aux pauvres gens… pour conjurer le mauvais oeil ? Ce n’est qu’une impression de novice en matière de gros sous. On en reparlera dans un semestre ou deux. Cependant une question me taraude.

Pourquoi diable, cette fixette sur la complition du parcours métropolitain. Alors que nous avons des endettements collossaux sur le dos. Ne sommes-nous pas dans une situation  déjà  bien complexe? On croirait vivre dans une sorte d’effarement. Un état de choque économique et social.

Poursuivre le tracé du métro paraît somme toute assez inconsidéré. Les milliards injectés auraient peut-être servi un dessein autrement plus national.

Il est certes bon de tenter de préserver l’emploi des pauvres et de limiter la casse. Cela ne saurait cependant pas suffire : quid de notre paix sociale et des grandes disparités. On n’en sait concrètement rien. Et c’est bien ça le plus grave. Une aide de cinq mille cent roupies le mois sera-t-elle suffisante pour contenir la détresse humaine annoncée?

Mes bien chers lecteurs et compatriotes, espérons sincèrement que ce budget saura mener le pays à bon port. Les économies colorées ainsi que la promesse d’une pension de Rs 13,500 paraissent aujourd’hui propice à i’endormissement des masses laborieuses. Le réveil pourrait s’avérer pénible au lendemain des matins endormis. Ne vous ébouillantez surtout pas au petit déjeuner. Et méfiez-vous des douches froides!