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Les Mahébourgeois assistent depuis quelque temps, impuissants, à l’abattage de nombreux arbres sur un terrain de l’État. Un habitant du village, proche d’un ministre, est en train d’aménager un passage pour se rendre au… barachois de la localité, pour lequel il a obtenu un permis d’exploitation. Si les autorités concernées confirment qu’il a bien obtenu une autorisation, personne n’est en mesure de dire s’il a respecté les termes de son contrat, notamment au niveau de la superficie.

Armé de son sabre, cet homme fait tomber les arbres, les uns après les autres. Ce terrain de l’État, situé sur la route côtière, entre le Fisheries Post et le Wetland, était jusqu’ici un espace de verdure. On y trouvait de grands Pongomia Pinatta, communément appelé arbre coqueluche, mais aussi des mangroves, au bord de l’eau. Aujourd’hui, la verdure a laissé la place à un grand vide, avec des ordures empilées en fond de décor.

Cette histoire est le deuxième acte d’un bras de fer entre les résidents de la localité et le promoteur qui, lui, habite un peu plus loin dans le village, mais qui a l’avantage des bons réseaux. D’abord, il y a l’histoire du barachois que des associations de pêcheurs ont voulu exploiter par le passé, mais n’ont pas eu l’autorisation nécessaire. Ensuite, il y a eu les Ong qui, elles aussi, avaient de grands projets pour le barachois. Même la banque MCB, à travers son programme de responsabilité sociale pour les habitants du quartier dit Cité Tôle, voulait exploiter le barachois. Mais tous ont rencontré des obstacles.

Qu’on ne s’y méprenne pas. L’homme a bien tous les permis en règle. Il a bien obtenu l’autorisation du ministère de la Pêche pour exploiter le barachois pour, dit-on, faire de l’élevage de crabes. Il a bien obtenu un bail du ministère des Terres et du Logement pour aménager un accès piétonnier sur ce terrain de l’État, sur une superficie d’un mètre par 150 m. Et il a bien obtenu la permission du département des Bois et Forêts qui opère sous l’égide du ministère de l’Agro-industrie pour couper des arbres. Sauf que personne n’est en mesure de dire s’il a respecté tous les termes de son contrat.

Au ministère des Terres et du Logement, on fait comprendre que le promoteur a obtenu cette autorisation, mais qu’il doit respecter certaines conditions : qu’il obtienne l’aval de la Forestry Division pour couper les arbres et celui du ministère de la Pêche pour enlever des mangroves. Le ministère de Sudheer Maudhoo a-t-il permis d’enlever des mangroves sur ce site ? La question envoyée à son service de communication est restée sans réponse.

En revanche, à l’Agro-industrie, on se montre bien plus coopératif. Nous apprenons ainsi que le promoteur a fait une demande pour couper des arbres le 29 janvier 2020, qu’il en a obtenu la permission le 19 mai 2020 et que les arbres ont été coupés en juin 2020. Sauf que nous nous sommes rendus sur les lieux récemment, et l’abattage des arbres était toujours en cours, comme en témoigne notre photo. Quant à savoir quelle est la superficie concernée, on nous fait comprendre : « C’est le ministère des Terres et du Logement qui a déterminé la superficie, dans ce cas précis, la permission d’utiliser un accès piétonnier d’un mètre de large sur 150 mètres de long. »

En ce qui concerne les risques que cela représente pour le “wetland” à côté, on laisse entendre que pour le moment, il n’y a pas de développement sur ce site, mais seulement un accès piétonnier. Pour cela, « 68 arbres – non endémiques – et les branches de sept autres ont été élagués. L’abattage a été fait sous la supervision d’un officier du département des Bois et Forêts », précise-t-on.

Toutes ces instructions ont-elles été respectées à la lettre ? À l’Agro-industrie, on fait comprendre que pour l’heure, « il n’y a aucun délit sous la Forest and Reserves Act 1983 ». Quant à savoir si la superficie a été respectée ou s’il y a eu empiétement sur le terrain de l’État, on n’est pas en mesure de nous éclairer davantage au ministère concerné.
Les habitants de la localité, eux, déplorent un « massacre à l’environnement. » Ils se demandent si cela valait la peine d’abattre autant d’arbres pour un accès piétonnier, alors qu’on ne sait même pas si le projet d’élevage de crabes, qui n’a pas encore démarré, est viable et s’il va durer.