« Nous ne mangeons que du riz depuis plusieurs jours ». Moussa Traoré* n’a jamais pensé vivre dans de telles conditions au sein de cette île paradisiaque découverte sur internet.

D’autant que le réseau par lequel il a rejoint Maurice lui a fait croire qu’il trouverait facilement de l’emploi et gagnerait suffisamment pour nourrir sa famille au Ghana.

L’illusion s’est évanouie face aux labeurs qu’affrontent les travailleurs étrangers.

L’émergence du Covid-19 et l’instauration du confinement lui ont fait perdre son emploi. Et les aides offertes aux travailleurs ne s’appliquent pas à ceux qui, comme lui, exercent dans la clandestinité.

« Je n’ai plus rien », déplore le Ghanéen de 22 ans.

De Kumasi à Baie-du-Tombeau.

A Kumasi, ville du sud du Ghana, Moussa Traoré étudiait pour devenir un mécanicien confirmé. Il exerçait comme apprenti depuis ses 12 ans et s’est évertué à économiser pour un jour investir dans un projet de vie.

L’opportunité pour lui et sa famille se présente à travers une certaine Rebecca*, qui le contacte via les réseaux sociaux. Rebecca est une Ghanéenne qui vit à Maurice et qui recrute des travailleurs de son pays d’origine pour venir exercer dans l’île.

Moussa Traoré croit en l’avenir prometteur que lui vante la Ghanéenne. Il remet toutes ses économies, USD 1 300, à « un agent » rencontré dans sa ville. En échange, Moussa Traoré reçoit son billet d’avion et une réservation d’une nuit dans un pensionnat de Baie-du-Tombeau.

Après un transit au Kenya, le jeune ghanéen rejoint l’île le 28 janvier. Il s’y trouve officiellement comme touriste.

La fin d’un rêve.

Ce mercredi, Moussa Traoré a supplié le receveur d’un autobus de le conduire à Port-Louis sans payer. Son masque sanitaire usé a été rafistolé à l’aide d’une ficelle, qui tient difficilement sur son visage. Il avale d’un trait la boisson gazeuse qu’on lui offre. « Je n’ai pas mangé depuis la veille », laisse-t-il échapper.

Le jeune ghanéen relate sa première rencontre avec ladite Rebecca, dans la capitale le 29 janvier. Cette dernière l’accompagne par bus jusque dans un restaurant de l’Ouest, situé à quelques mètres de la mer. Moussa Traoré y est embauché, mais ne reçoit aucun contrat.

Il partage alors un appartement, à quelques mètres du restaurant, avec trois autres Ghanéens et des Bangladeshis. Ses compatriotes se trouvent également dans une situation d’illégalité.

« Les conditions de travail étaient très dures », relate-t-il. « On commençait vers 10-11h du matin et on terminait vers 23h voire minuit.

« Les Bangladeshis travaillaient comme serveurs, alors que nous les Africains, nous accomplissions d’autres tâches : nettoyer, peindre… Le traitement envers nous était différent. Nous nous faisions constamment crier dessus, insulter ».

« Fired all of us ».

« J’ai reçu comme premier salaire Rs 9 200 », affirme Moussa Traoré. « Après il y a eu le confinement. On nous a remis Rs 4 300. Puis un jour d’avril, le patron nous a réunis. He fired all of us ».

Tout l’argent qu’il a récolté lui sert à se loger et à se nourrir. Sa mère, ses deux frères et deux soeurs, des étudiants, ne peuvent rien pour lui depuis le Ghana.

Les jours de stress, de fatigue et de mal nutrition s’allongent. Le riz devient le seul aliment que peuvent se permettre les étrangers.

Moussa Traoré sent sa santé se détériorer. Il se rend plusieurs fois à l’hôpital Victoria et à l’hôpital Jeetoo où on lui prescrit des comprimés contre la migraine.

Or, le Ghanéen souhaite être examiné par un spécialiste. Mais il n’y parvient pas en raison de la complexité du système hospitalier, regrette-t-il.

« Je ressens des douleurs insupportables à la tête. J’ai également quelquefois le souffle coupé ».

Ses démarches auprès des affaires étrangères sont, dit-il, restées vaines. « On m’a remis le numéro d’un autre Ghanéen. Mais ce dernier me dit qu’il n’a rien à faire, qu’il faut attendre la fin du confinement.

« Je veux simplement que l’on m’aide ».

 

Moussa peut être contacté sur ce numéro : 57483698.

 

 

*Prénoms modifiés