Des dizaines de milliers de Mauriciens étaient dans les rues de Port-Louis, samedi dernier, pour réclamer le départ du Premier ministre et la fin d’un système personnifié par ce dernier et les autres leaders politiques. Une nouvelle marche pour crier l’indignation face à laquelle le gouvernement choisit une réponse jugée arrogante. Quelques manifestations à cette marche expliquent les raisons de leur colère.

“Ingrats”, “Insignifiants”, “Frustrés”. Le gouvernement a choisi le ton de l’arrogance pour répondre à ces dizaines de milliers de Mauriciens qui continuent de marcher pour exprimer leur indignation tout en réclamant l’émergence d’un autre système. L’appel de la rue est pourtant légitime, les récents événements donnant raison aux Mauriciens de s’indigner et de crier cette indignation avec véhémence. Indéniablement, d’autres sombres affaires feront surface à l’avenir pour attiser la colère. Puisqu’il est un fait que corruption, népotisme, mauvaise gestion, politique de ti-kopin, contrats partagés en ami.e.s et autres galimatia assaisonné de cotomili sont profondément ancrés dans ce système qui encourage les injustices en faveur d’une mafia politique bien installée où les enjeux sont le pouvoirs et l’argent. Ce, au détriment du vrai progrès, du développement humain et de la justice sociale.

Ainsi, ils étaient nombreux à “kontign marse marse” pour réclamer le départ du Premier ministre. Alors que la marche de samedi dernier était organisée par les partis de l’opposition, le départ de ces différents leaders qui incarnent le système désuet et démodé a aussi été demandé. Il ne s’agit, en effet, pas de “sap dan lamar tomb dan labou.”Les autres cibles sont aussi les membres de lakwizin et autres conseillés grassement rémunérés pour gérer les affaires du pays alors qu’ils n’ont jamais été élus ou choisis d’une quelconque manière par le peuple.

Comme cela semble être désormais sa nouvelle manière de faire, c’est sur une plateforme socioculturelle que le Premier ministre a choisi de répondre à ses détracteurs qu’il a qualifiés de frustrés. Pravind Jugnauth semblant du coup oublier qu’il désigne ainsi des citoyens, électeurs de surcroit, qui ont parfaitement le droit de se faire entendre et de dire leur désapprobation et leur mécontentement. Quand l’on considère que ce même Premier ministre est nettement plus conciliant vis-à-vis un des siens sur qui pèse de graves allégations on peut être tenté de penser que nous ne sommes pas prêts de sortir de la marée noire.

Cette quatrième manifestation citoyenne devrait interpeller davantage le gouvernement et les leaders politiques en général. Une frange de la population a décidé de marcher vers le renouveau. Et ce ne sont ni les insultes ni l’arrogance encore moins les tentatives d’intimidation qui atténueront la colère.

Kushal, 49 ans, Port-Louis

“Je suis frustré avec de gouvernement”

“Je suis frustré avec ce gouvernement. Il faut le remplacer par un qui soit compétent. Il y a trop de choses négatives sont faites devant nos yeux comme ces cas de meurtres qui ne sont pas élucidés, le cover-up qu’on voit très souvent ces temps-ci, l’enrichissement des proches du pouvoir. Malere pe ramas beze dan sa pei la. La marche d’aujourd’hui doit changer quelque chose. J’étais aux deux premières manifestations à Port-Louis et à Mahebourg, je suis venu à celle-là et je participerai aux prochaines manifestations. C’est mon devoir de citoyen.”

Caroline, 43 ans, Floréal

“On en a assez de ce gouvernement égoïste”

“On en a assez de la corruption, de ce gouvernement égoïste. Je suis là pour qu’il y ait un avenir meilleur pour nos enfants. Je suis contente du déroulement des manifestations. Il y a la même ambiance conviviale et respectueuse. Certes, le gouvernement n’a pas changé de ligne de conduite depuis la première marche, mais les gens ont réalisé qu’il fallait dire que ça suffit.”

Moossa, 34 ans, Port-Louis

“Il faut faire des manifestations quotidiennement”

“Nous nous sentons très concernés par tout de qui se passe, le naufrage du Wakashio, la hausse de la criminalité, la corruption. Nous ne pouvons pas rester de marbre lorsqu’on sait que même pendant le confinement, le gouvernement a trouvé moyen de privilégier ses proches par rapport à l’achat de médicaments et de matériel alors que tout un peuple souffrait. Je me suis senti forcé de participer pour faire bouger les choses. Nous ne pouvons pas rester à la maison, nous devons aller dehors pour montrer notre mécontentement. Nous sommes beaucoup trop calmes à Maurice. À l’étranger dès qu’il y a une loi ou autre chose avec laquelle le peuple n’est pas d’accord, il descend dans la rue. Mais ça commence à venir. Je pense que, la seule façon de faire bouger les choses, c’est de faire des manifestations quotidiennement. Il n’y a que çà qui marchera.”

Vinny Persand, 51 ans, Floréal

“Il n’y a que la révolution qui amènera ce changement”

“Bizin met gouvernman deor,. Le chef du gouvernement n’a répondu à aucune des questions sur les sujets brulants jusqu’ici. Il a le devoir de répondre. Il le doit au peuple, il ne doit pas oublier que c’est le peuple qui l’a élu et que ce même peuple peut lui tourner le dos. Je pense qu’il n’y a que la révolution qui amènera ce changement. Sinon, ils ne nous écouteront pas.”

Laetitia Toi, 20 ans, Quatre-Bornes

“Je suis venue ici pour l’île Maurice”

“Je suis venue pour l’île Maurice et pas pour un parti politique. Je suis ici pour encourager un changement pour notre île. Je suis fière de voir ce mauricianisme! En continuant à manifester, nous finirons par montrer au gouvernement que sa façon de faire n’est pas la bonne. La rue est notre seul moyen de se faire entendre et nous nous devons de faire entendre notre voix. Nous sommes dans une démocratie, il ne faut pas l’oublier.”

Kevin, 52 ans, Port-Louis,

“Nou pou kontign manz ar zot”

“Je suis ici pour dire mon mécontentement contre le gouvernement en place et non pas pour supporter qui que ce soit. Le gouvernement est corrompu. À cause de lui nous nous retrouvons sur la liste noire de l’Union Européenne et nous ne pouvons plus en sortir. Ce gouvernement augmente notre endettement, que va-t-il nous arriver ? Ce gouvernement doit s’en aller. Je suis à toutes les manifestations pour que l’avenir soit meilleur. Nou pou kontign manz ar zot, pa pou atann 2024. Avan mem zot pou ale, pou bizin ena enn lot solisyon.”

Amritee Ramanah, 70 ans, Brisée Verdière

“Nous ne pouvons pas continuer ainsi”

“Notre pays connaît une descente vers le bas. Je n’en suis guère à ma première participation dans une manifestation pacifique car nous ne pouvons pas continuer ainsi. La situation nous dépasse et c’est devenu  intolérable d’entendre chaque jour de nouveaux scandales. Avec la fermeture des usines, mon gendre et ma fille n’ont plus de travail. Et les enfants sont encore petits. À mon âge, je suis celle qui doit subvenir à leurs besoins. Combien de temps allons-nous continuer ainsi ?”

Akash, 47 ans, Curepipe

“Nous souhaitons un changement”

“Nous souhaitons un changement. Avec ce gouvernement, le petit peuple passe par beaucoup de misère. Malere pe pas enn vrai martyre. Il faut changer ce gouvernement qui n’en fait qu’à sa tête et qui s’octroie tous les droits avec des dirigeants voleurs et qui voilent les yeux des institutions avec l’argent sale. Aujourd’hui j’ai même peur de vous donner mon nom. Si nous continuons à garder le silence, ce sont nos enfants et nos petits enfants qui paieront les pots cassés”.

Jean Marc Stanley, 43 ans, Terre-Rouge

“Nous avons deux catégories de citoyens”

“Je suis venu en tant que Mauricien pour soutenir mon pays, mais aussi pour écouter ce que les orateurs ont à dire. C’est la première fois que je suis présent à une manifestation de ce genre, mais j’ai senti que je devais me déplacer. Trop de corruption et de maldonne. Nous avons deux catégories de citoyens avec une loi pour les petites gens et un autre pour les personnes hauts placés. Tout ça doit changer”.

Ashley, 25 ans, Vacoas

“Une justice deux poids, deux mesures”

“Je veux passer un message à ce gouvernement. Trop de corruption et népotisme sont présents. Il faut changer ce système. Ce qui se passe dans l’affaire de Yogida Sawmynaden est un exemple flagrant que nous avons une justice de deux poids, deux mesures avec la complicité de la police et des autres institutions. J’estime aussi qu’il faut continuer à maintenir la pression”.