Manque de lecture chez les enfants : un impact direct sur le langage, alerte l’orthophoniste Nathalie Delaisse

La baisse des habitudes de lecture chez les enfants mauriciens suscite l’inquiétude des professionnels. Moins exposés aux livres, certains peinent à développer leur vocabulaire, leur compréhension et leurs compétences scolaires. L’orthophoniste Nathalie Delaisse de Life Together, alerte sur des conséquences durables, tout en appelant à des gestes simples pour réinstaurer le goût de lire dès le plus jeune âge.

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Constatez-vous une baisse des habitudes de lecture chez les enfants mauriciens dans votre pratique ?
Oui, effectivement. Une baisse des habitudes de lecture est observée tant chez le jeune enfant que l’adolescent.

En quoi le manque de lecture affecte-t-il le développement du langage chez l’enfant ?
Le manque de lecture a un impact direct et significatif sur le développement du langage.
Tout d’abord, la lecture est une source essentielle d’enrichissement du vocabulaire. Lorsqu’un enfant lit régulièrement (ou qu’on lui lit des histoires), il est exposé à des mots plus variés que ceux utilisés dans le langage oral quotidien.

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De plus, la lecture influence également la compréhension. Lire, c’est apprendre à faire des liens, à anticiper les situations… Ces compétences sont essentielles non seulement pour comprendre des histoires, mais aussi pour suivre une conversation.

Peut-on établir un lien direct entre faible exposition à la lecture et troubles du langage ou de la communication ?
Certainement. Plus un enfant lit, plus il progresse en langage, ce qui rend la lecture plus facile et agréable. À l’inverse, un enfant en difficulté ou peu exposé à la lecture peut entrer dans un cercle où le manque de pratique freine ses progrès, ce qui diminue sa motivation à lire.

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Quel impact cela peut-il avoir sur l’apprentissage de la lecture et de l’écriture ?
Un enfant peu exposé aux livres développe plus difficilement les bases nécessaires à l’apprentissage de la lecture. Les histoires, les comptines, etc. permettent de repérer les rimes, les sons… Sans cette familiarité, l’enfant peut rencontrer davantage de difficultés pour faire le lien entre les lettres et les sons, ce qui ralentit l’entrée dans la lecture.
En ce qui concerne l’écriture, la lecture régulière permet d’intégrer progressivement l’orthographe des mots, les structures de phrases, etc. Un enfant peu exposé à l’écrit aura souvent plus de difficultés à orthographier correctement les mots, à construire des phrases cohérentes.

La surexposition aux écrans joue-t-elle un rôle dans ces difficultés ? 
Bien sûr, les écrans jouent un rôle surtout par leur effet de substitution. Le principal enjeu est le temps d’exposition. Plus un enfant passe de temps devant un écran (télévision, tablette, smartphone), moins il en consacre à des activités essentielles comme la lecture, les jeux symboliques. Or, ce sont précisément ces expériences qui nourrissent le développement du langage.

Quels signes doivent alerter les parents quant à un retard de langage ?
Tout d’abord, un vocabulaire limité est souvent un indicateur. L’enfant a du mal à nommer des objets du quotidien, il utilise des termes vagues comme “ça” ou “ici, là’’.


Ensuite, on peut observer des difficultés à construire des phrases. L’enfant parle avec des phrases très courtes, il ne conjugue pas les verbes ou commet des erreurs fréquentes dans l’ordre des mots.


Un autre signe important concerne la compréhension. L’enfant peut avoir du mal à comprendre des consignes simples, des histoires ou des questions adaptées à son âge.
Il est important de préciser que ces signes ne signifient pas automatiquement un trouble du langage, mais il faut y être attentif. Une consultation chez un orthophoniste peut permettre de faire un bilan et d’évaluer la situation.

À long terme, quelles peuvent être les conséquences sur les capacités scolaires et sociales de l’enfant ?
Sur le plan scolaire, les difficultés peuvent s’installer durablement car la lecture est au cœur de tous les apprentissages : comprendre un énoncé de mathématiques, apprendre une leçon… cela peut donc entraîner un retard scolaire global.
De plus, sur le plan émotionnel et social, les difficultés répétées peuvent entraîner une baisse de l’estime de soi ou un sentiment d’échec.

Que recommandez-vous aux parents pour encourager la lecture dès le plus jeune âge ?

Créer un environnement propice. Avoir des livres accessibles à la maison, et adaptés à l’âge de l’enfant favorise la curiosité. Quelques livres dans la maison, la voiture… peuvent encourager l’enfant à s’y intéresser spontanément.


Ensuite, instaurer un rituel de lecture au cours duquel le parent lit avec l’enfant. Lire quelques minutes chaque jour permet d’ancrer la lecture dans les habitudes. Ce moment doit rester agréable et sans pression : même 10 minutes quotidiennes peuvent avoir un impact très positif.


L’importance de laisser le choix à l’enfant. Un enfant sera plus motivé s’il lit des livres qui l’intéressent réellement. L’objectif est de donner le goût de lire, pas de viser immédiatement la performance.


Enfin, donner l’exemple est une stratégie souvent sous-estimée. Le modèle joue un rôle très puissant dans les habitudes.

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