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Alors que le Wakashio repose au fond de l’océan et que les traces visibles de la marée noire sont de moins en moins aperçus à l’oeil nu, l’heure n’est pourtant pas à la baisse de la garde. La vigilance doit être maintenue puisque, comme l’ont démontré toutes les marées noires survenues à travers le monde, les effets sont néfastes et surviennent sur le long-terme également que ce soit pour l’environnement ou pour la santé humaine.

Le peuple mauricien a agi impulsivement lorsqu’est survenu la marée noire. Ils étaient des milliers à s’être retroussé les manches et être allés manipuler le pétrole déversé par le Wakashio pour tenter de sauver l’environnement marin qu’ils ne pouvaient soutenir de voir souillé par ce produit toxique. En ce faisant, beaucoup ne réalisaient pas qu’ils s’exposaient eux-mêmes à ce poison. Très vite après l’exposition plusieurs volontaires ont confié avoir ressenti des symptômes tels que des brulures et des difficultés respiratoires.
Risques de cancers.

Des habitants de la région, qui n’ont pas été en contact avec le pétrole lui-même, ont eux aussi témoigné avoir connu des problèmes respiratoires sans doute due au fait d’avoir respirer les vapeurs émanant du pétrole pendant de longues périodes. “Mes enfants ne sont pas partis à l’école pendant quelques jours, ils sont victimes d’étourdissements, de malaise et de maux de têtes en continu”, nous disait Percy Marday. Subash Guness nous confiait lui tout récemment que ses petits enfants se plaignaient de brûlures. “Mo bann ti zanfan dir mwa ‘dada, nene pe brile.”

Ce qui est encore plus inquiétant cependant, ce sont les effets à long-terme sur la santé humaine. Différentes études internationales révèlent que les produits pétroliers sont cancérigènes. Elles font état qu’une exposition prolongée augmentent drastiquement les risques de développer des cancers. “Les produits pétroliers qui ont été déversés dans le lagon du sud sont facteurs de troubles pour la santé humaine. Ces produits traversent la barrière épidermique et causent des inflammations de la peau. Les risques qu’ils s’accumulent dans l’organisme et causent des problèmes de santé pklus tard sont bel et bien présents”, soutient Vassen Kauppaymuthoo océanologue et ingénieur en environnement.
Ce dernier souligne également que ceux qui n’ont pas été en contact direct avec le produit mais qui vivent tout près des endroits concernés par la marée noire présentent également des risques. “Le pétrole contient 40 % de matière volatile qui s’évapore à l’air libre. Les gens qui ont respiré ces émanations pendant de longues périodes pourraient eux aussi être à risque.”

Suivi primordial.

L’océanographe soutient ainsi qu’un suivi rigoureux doit être mis en place concernant ceux qui se sont exposés aux hydrocarbures. “Il est pour moi important de faire un suivi de santé auprès de ces personnes. J’aurais conseillé au ministère de la Santé de faire un suivi épidémiologique. Il y a des gens qui se sont plains d’avoir des maux de tête entre autres choses. Il faut prendre le problème très tôt, il y a des risques de maladies à long-terme. Les cancers ne se développent pas tout de suite, ça peut prendre 5 ans. Il faut prendre le problème à bras le corps très tôt afin de pouvoir mieux gérer et prendre les précautions nécessaires.”

Credit Nik Cole

L’environnement marin et côtier en danger

De la même manière, les pires effets de la catastrophe écologique de la marée noire pourraient survenir dans le long terme. Malgré les assurances de quelques experts et des autorités, il est indéniable qu’un poison comme le pétrole impact négativement le milieu affecté dans le long terme également, notamment les coraux et les mangliers. Les experts japonais dépêchés sur les lieux pour faire un constat l’avaient d’ailleurs souligné. Il faut dire que nos coraux étaient déjà victimes de blanchiment bien avant le naufrage du wakashio. Le réchauffement climatique étant son principal agresseur.

Coraux en danger.

Mais les récifs coralliens mauriciens pourraient être sévèrement affectés par voie de conséquence de la marée noire. Protégé en tant normal par un mucus sécrété par leur polypes, les coraux ont la faculté d’affronter une pollution de faible ampleur. Ils sont cependant plus exposés lorsqu’il s’agit d’un engluement massif tel que provoqué par la marée noire. Une étude publiée par une équipe de l’Institut de Science Marine d’Australie dans Science en juin 2020 en dit long sur ce qui pourrait se passer. Elle démontre que les impacts de la pollution pétrolière sur les récifs coralliens peuvent être augmentés par les conditions environnementales couramment rencontrées dans les environnements de récifs tropicaux tels que les nôtres.

On apprend que les récifs peu profonds sont régulièrement exposés à des niveaux élevés de rayonnement ultraviolet, ce qui peut augmenter considérablement la toxicité de certains composants pétroliers par phototoxicité. Une exposition qui conduit à une augmentation moyenne de la toxicité de 7,2 fois dans tous les tests examinés. L’acidification continue des océans associée à des températures élevées pourrait multiplier jusqu’à 3 la toxicité du pétrole. Les chercheurs concluent qu’ils ont très certainement le potentiel d’augmenter les impacts de la pollution par les hydrocarbures dans les environnements récifaux peu profonds.

Écosystème affecté.

Les effets à long terme sont ce qui inquiète le plus Vassen Kauppaymuthoo en ce qu’il s’agit de l’environnement marin dans son ensemble. “Le pétrole se diffuse dans la colonne d’eau affectant les organismes qui y sont présents et se dépose sur le fond également affectant les organismes benthiques. Les coraux et les mangliers sont également en proie à cette intoxication. Étant des abris pour de nombreuses espèces d’animaux marins, tout l’écosystème peut en être affectée.” L’océanographe est d’autant plus inquiet que les hydrocarbures déversés dans nos lagons proviennent d’un nouveau type de carburant. “C’est un nouveau type de carburant qui est low sulfur, dont on ne connait pas bien les effets à long-terme.”

Crédit Vassen Kauppayputhoo

Toxicité des produits de la mer

Si est interdit de vendre des poissons et autres produits de la pêche dans la région affectée par la marée noire, il ressort qu’il y a des probabilités que la toxicité de ces produits aillent au-delà de cette zone. Il faut savoir que tous les poissons ne sont pas forcément sédentaires. Certaines espèces, telle la carangue ou le thon, ont des comportements pélagiques, circulant autour de l’île pour trouver à manger notamment. Ainsi, le risque de consommer un poisson ayant été en contact directe avec de l’hydrocarbure es tout aussi avéré dans d’autres régions de l’île. Il ressort que les autorités font actuellement une étude sur la toxicité des produits de la mer dans plusieurs régions actuellement. Les résultats devraient déterminer s’il est nécessaire d’étendre l’interdiction ailleurs que dans le sud. “Personnellement, je ne consomme pas de fruits de mer en ce moment. Il faudrait voir en fonction des résultats des analyses”, indique Vassen Kauppaymuthoo.

3 reptiles rares sauvées de la marée noire

Des conservationistes du Durrell Wildlife Conservation Trust, de la Mauritian Wildlife Foundation, de BirdLife International, de la National Parks and Conservation Society et du Forestry Service ont réussi à sauver trois espèces de reptiles rares qui étaient directement menacées par la marée noire. Des lesser night gecko, bojers’ skink et bouton skink ont ainsi été capturés des îlots du sud pour être ramené sur la mainland avant d’être acheminés vers le Jerzey Zoo au Royaume Uni où ils ont tous atterri en bonne santé. Ils seront au centre d’un programme de repeuplement pour être éventuellement relâchés dans la nature plus tard.

Cet exercice était primordiale, car ces populations étaient les seules colonies de ces espèces endémiques de Maurice. “Pour assurer la viabilité à long terme de ces espèces, c’était vital de emmener rapidement au Jersey Zoo qui a plus e 40 années d’expérience de surveillance de reptiles mauriciens en captivité et qui a une expertise herpétologique de classe mondiale. C’est leur seule chance de survie parce que les facilités qui permettent de les maintenir et les garder à l’abri des prédateurs, maladies et parasites à long terme, ne sont pas présentes à Maurice. Deux de ces trois espèces n’a jamais connu de captivité auparavant, ce qui exigeait des soins expertes”, dit Nik Cole, Durrell Islands Restoration Manager.

Vikash Tatayah, de la Mauritian Wildlife Foundation, souligne lui que “ce sauvetage est notre chance d’empêcher que d’autres espèces de reptiles mauriciennes ne suivent la même route que le dodo dont l’extinction n’avait pas été aperçue immédiatement. Ce sauvetage est notre chance de sauver ces espèces uniques et assurer un pool génétique afin qu’elles puissent être relâchées un jour. Tout un chacun à la MWF et à Durrell est reconnaissant au Jean Boulle Group qui a compris çà quel pont c’était critique d’apporter ces reptiles au Jersey Zoo pour les garder loin d’une zone de désastre.” Vikash Tatayah tient à également remercier l’Airline Ambassadors Association et la Crisis Diaspora by Ansam Nou Pli FOr, qui a donné un gros coup de main pour cette opération.