Parish vicar Wolfgang Rothe (C) blesses a lesbian couple Christine Walter (L) and Almut Muenster during a church service at Saint Benedikt church in Munich on May 9, 2021, as Catholic churches around Germany were offering blessings for homosexual couples in a protest against the Vatican's refusal to approve same-sex partnerships. (Photo by Felix Hörhager / dpa / AFP) / Germany OUT

Pour que « l’amour l’emporte »: des prêtres catholiques ont béni lundi dans toute l’Allemagne le mariage de couples homosexuels, un acte de rébellion face au Vatican qui a récemment réaffirmé sa stricte opposition.

Au total, 110 églises communales réparties dans tout le pays ont organisé des cérémonies de mariage ouvertes « à tous ceux qui s’aiment », homosexuels, lesbiennes ou hétérosexuels, se joignant à l’initiative « l’amour l’emporte » lancée par des prêtres, diacres et volontaires.

Les accès étaient réglementés en raison des restrictions liées à la pandémie de coronavirus.

« La résonance est énorme », ont souligné les organisateurs en référence aux nombreux couples ayant répondu à l’appel, sans donner à ce stade de chiffres globaux. L’initiative doit se poursuivre dans les jours à venir.

Tanja Hollas, gestionnaire de système informatique, a décidé de saisir l’occasion pour dire oui devant un prêtre à sa compagne Claudia dans l’église St. Agnès de Hamm, commune de l’Ouest du pays.

« (…) De plus en gens aspirent à une église plus ouverte, plus libre et surtout plus moderne », déclare à l’AFP cette femme de 47 ans. « Nous sommes toutes les deux très croyantes (…) et il est important pour nous que notre union ne soit pas scellée seulement devant le maire », dit-elle, ajoutant que « l’amour ne peut pas avoir tort ».

– « Désobéissance »

Wolfgang F. Rothe, un prêtre à Munich, a béni une trentaine de couples dès dimanche, sous protection policière après avoir reçu des courriels de menaces.

« Je ressens le besoin de payer la dette de l’Eglise catholique envers les homosexuels qui ont été discriminés et exclus pendant des décennies », confie l’ecclésiastique de 53 ans à l’AFP.

La décision de tenir ces messes de sacrements en public, pour certaines en plein air, émane d’une volonté des prêtres « qui jugent indignes les sacrements donnés en secret » depuis des années, selon les organisateurs.

A la mi-mars, la Congrégation pour la doctrine de la foi du Vatican avait publié une note dans laquelle elle réaffirmait considérer l’homosexualité comme « un péché », et confirmait l’impossibilité pour les couples de même sexe de recevoir le sacrement du mariage.

Dans la foulée, 2.600 prêtres, ainsi que de nombreux théologiens et laïcs avaient signé une pétition contestant cette ligne, alors même que l’église catholique travaille à une réforme dans le cadre d’un synode axé sur les thèmes sensibles du célibat, des prêtres mariés, et d’une place plus grande réservée aux laïcs et aux femmes.

Ces prêtres avaient appelé à la « désobéissance » via les réseaux sociaux. Des drapeaux arc-en-ciel, utilisés par la communauté Lesbienne, Gay, Bisexuelle, Transgenre, Queer + (LGBTQ+) avaient également fleuri sur les frontons de nombreuses églises dans le pays, ainsi qu’en Autriche, pays de tradition catholique.

– « Mauvais signal »

La note de la Congrégation a occasionné aussi des divisions au sein de l’assemblée des évêques, les plus modérés la voyant comme une tentative de saper les efforts de modernisation dans l’église allemande, les conservateurs au contraire la saluant.

Au nom de l’assemblée, son président Georg Bätzing a globalement critiqué l’initiative des prêtres, jugeant qu’elle envoyait « un mauvais signal » dans le cadre des discussions de réforme en cours.

Le synode en Allemagne est vu depuis le début d’un œil très méfiant par le Vatican, et par les plus conservateurs des prélats, au premier rang desquels figure l’archevêque de Cologne Rainer Maria Woelki qui craignent qu’elle ne sépare l’Eglise d’Allemagne de l’ensemble de l’Eglise catholique.

Certains jugent pourtant la modernisation de l’Eglise catholique indispensable alors qu’elle souffre d’une fuite de ses fidèles à cause des affaires de pédophilie et d’une pénurie de nouveaux prêtres.

Même si elle reste la plus grande confession en Allemagne, ses membres sont tombés à 22,6 millions en 2019, soit 2 millions de moins qu’en 2010, année de la révélation des premiers scandales d’abus sexuels sur mineurs.

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