Marine Biarnes, General Manager de MeetYourJob et Careerhub.mu, évoque la situation actuelle sur le marché de l’emploi et explique que le nombre de “job postings” sur les plateformes www.careerub.mu et www.meetyourjob.com a augmenté de 62%, et que le nombre de candidatures a chuté de 65%. Signe, pour elle, que les entreprises sont « moins effrayées » par la pandémie de COVID-19 et qu’elles recrutent davantage cette année, par rapport à l’année dernière. Dans l’interview qui suit, elle explique que la pandémie a modifié l’ordre et le poids de certaines industries et donne de nombreux conseils aux demandeurs d’emploi afin de mettre toutes les chances de leur côté.

Vous êtes responsable des plateformes MeetYourJob et CareerHub.mu. Pouvez-vous nous expliquer leur raison d’être et leurs objectifs ?
MeetYourJob, créée en 2017, est une société experte dans la chasse de tête sur l’océan Indien, l’Europe et l’Afrique. MeetYourJob est spécialisée dans les postes de “top-middle management” et compétences rares dans une grande variété d’industries et nous avons une approche multisectorielle.
En 2019, nous avons fait l’acquisition de CareerHub.mu afin d’ouvrir notre portefeuille de services à nos clients mauriciens. Nous offrons un Jobboard avec une CV thèque de 100 000 candidats. Nous proposons aussi des campagnes marketing, nous agissons comme une agence de communication spécialisée dans le recrutement et maîtrisons parfaitement les techniques SMO, SEA, SEM. Nous faisons également des actions de terrain avec nos fameux “job fairs” organisés dans toute l’île deux à trois fois par an.
Ainsi, nous sommes aujourd’hui une réponse à 360° aux besoins en ressources humaines d’une entreprise et à l’accompagnement de n’importe quel professionnel.

La pandémie a changé quoi dans le monde du travail ?
La pandémie a changé les façons de travailler, avec la digitalisation des “process” et la démocratisation du télétravail. Elle a également changé l’ordre et le poids de certaines industries sur le marché du travail. Ainsi, l’industrie touristique est celle qui souffre le plus aujourd’hui de la pandémie, mais l’IT et le Web en ont plutôt profité. La dévalorisation de la roupie a également rendu les BPO mauriciens plus compétitifs sur le marché international, et donc provoqué de la croissance dans ce dernier secteur.

Après deux confinements, on a des craintes que le chômage ne grimpe en flèche. Quelle est votre analyse de la situation ?
C’est une crainte légitime qui reflète les conséquences du premier confinement. Cependant, à l’analyse de nos indicateurs clés et si on compare la période de confinement du 20 mars au 30 avril 2021 par rapport à la même période en 2020, les conséquences du “lockdown” semblent être moindres cette année : le nombre de “job postings” sur nos plateformes www.careerub.mu et www.meetyourjob.com a augmenté de 62%, et le nombre de candidatures, lui, chute de 65%. En d’autres termes, les entreprises recrutent davantage que l’année passée et les chercheurs d’emplois se font plus rares.
Plusieurs hypothèses peuvent expliquer cela. D’abord, un regain de confiance général : les entreprises ne sont plus effrayées par la pandémie et la population active, elle, se sent moins en danger à son poste, donc cherche moins à en changer. Une autre hypothèse serait que les employés se sentent redevables envers leurs entreprises pour ne pas avoir été licenciés durant cette période de pandémie, donc bougent moins.

Que conseilleriez-vous aux entreprises et chercheurs d’emploi pour éviter les licenciements et y a-t-il des solutions miracle ?
Pour essayer au maximum de ne pas licencier, les entreprises doivent se réinventer, changer leurs “business model” et cela en interrogeant leur clientèle. Elles doivent trouver des accords avec les employés et réallouer les ressources quand cela est possible. Cela demande également aux employés d’être flexibles, compréhensifs et de faire certains sacrifices. Mais il faut dire que les entreprises se sont bien battues depuis plus d’un an pour éviter des licenciements trop importants et il est certain que celles qui en arrivent au licenciement ne le font pas de gaieté de cœur.
Par ailleurs, il y a toute une liste de programmes publics auxquels les entreprises peuvent faire appel pour obtenir des aides au recrutement. Ces aides permettent parfois de financer un an de salaire de la future recrue, c’est non négligeable. Il y a le Youth Employment Programme, le Dual Training Program ou encore le SME Employment Scheme.

Tous les observateurs s’accordent à dire que le télétravail est là pour durer, tout comme le travail à temps partiel et le travail en free-lance. Comment ces nouvelles tendances s’insèrent-elles dans la stratégie des agences de recrutement ?
La COVID a effectivement été le moteur de grands changements dans nos stratégies en tant qu’agence de recrutement. Nous avons notamment lancé en mai 2020 la première plateforme de freelancing à Maurice. Avec cette plateforme MeetYourJob, il y a une mission claire : connecter des travailleurs indépendants à des entreprises pour des missions à court, moyen et long terme, en agissant comme tiers de confiance. Depuis son lancement, nous avons eu 1 500 freelancers qui se sont inscrits. Nous travaillons aujourd’hui sur un système permettant la mise en relation directe et transparente entre free-lances et entreprises, qui devrait rapidement voir le jour.

Qui sont ceux qui sont en recherche d’emploi aujourd’hui ?
Les demandeurs d’emploi se font très nombreux dans les industries les plus touchées comme le tourisme, mais également chez les jeunes entrant sur le marché du travail.

Et quels sont les secteurs qui recrutent le plus ?
Les secteurs qui recrutent le plus actuellement sont ceux de la construction, de l’IT et du Web, du BPO, de la finance et de la communication/marketing.

En général, que conseilleriez-vous aux demandeurs d’emploi pour mettre tous les atouts de leur côté ?
Il y a des mesures de court terme et des mesures de long terme qui peuvent être adoptées par les chercheurs d’emploi pour s’assurer une place sur le marché du travail. Sur le court terme, il s’agit de soigner sa candidature, et améliorer sa culture générale sur son domaine de compétence : créer un profil LinkedIn et contacter des professionnels de son domaine pour échanger par exemple. Il faut également soigner la présentation de son CV en utilisant des outils gratuits en ligne, comme Canva ou des modèles déjà faits sur Word. Tout aussi important : soigner son écriture et faire attention aux fautes d’orthographe. Je conseille aussi de vraiment bien se renseigner sur l’entreprise pour laquelle ils postulent et ainsi d’adapter le message accompagnant leur candidature.
Les demandeurs d’emploi doivent se préparer minutieusement pour les entretiens en relisant les missions de la fiche de poste concernée et en listant des exemples d’expérience ou des anecdotes concrètes s’en rapprochant. Enfin, ils doivent adopter une posture flexible et ouverte. On a rarement le job parfait qui nous est offert sur un plateau d’argent. Il faut aussi apprendre la valeur du “work hard, play hard”, savoir donner et faire ses preuves pour recevoir. En ce sens, ne pas hésiter à offrir ses services le temps d’un stage ou d’une mission free-lance pour ensuite négocier un contrat permanent.

Sur le long terme, les chercheurs d’emploi peuvent se former aux métiers les plus demandés : bénéficier de programmes de formation tels que WShop par exemple. Il s’agit d’un programme “Une formation 100% financée, un Job à la clé” de partenariat avec Le Wagon. WShop préfinance à 100% une formation accélérée de neuf semaines en Développement Web par Le Wagon (d’une valeur de Rs 95 000). Le Wagon est reconnu mondialement comme la première institution de formation accélérée en développement web (Coding Bootcamp). Avec 10 500 alumnis formés, 40 campus à travers le monde, un taux d’emploi de 95% post-formation. Il y a aussi de nombreuses certifications en ligne, il suffit de rechercher sur Internet les domaines qui vous intéressent. Les chercheurs d’emploi peuvent aussi créer un profil LinkedIn et contacter des professionnels de leur domaine pour échanger.