La Journée mondiale du SAF (Syndrome d’alcoolisation fœtale) a été célébrée récemment. Étoile d’Espérance, qui existe depuis 25 ans, s’est mobilisée dans ce combat tout en rejoignant SAF Océan indien pour sensibiliser les mères aux risques de la consommation d’alcool pendant la grossesse et l’allaitement.

Michaela Clément, codirectrice de l’association Étoile d’Espérance indique que la réussite de tout un programme de réhabilitation est de 60% grâce au travail entrepris par la patiente, la famille et le centre. Elle note un rajeunissement dans la consommation d’alcool chez les filles et évoque l’alcoolisme au féminin comme un sujet encore tabou. Hormis le SAF, le TSAF (Trouble du spectre de l’alcoolisation fœtale) peut aussi toucher les femmes enceintes qui ne boivent qu’occasionnellement mais qui peuvent mettre en danger un fœtus pendant les trois premiers mois de gestation. D’où le slogan : zéro alcool pendant la grossesse et l’allaitement.

Le 9 septembre a été une date symbolique, marquant la Journée mondiale du SAF (Syndrome d’alcoolisation fœtale), une cause assez méconnue. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Le 9 septembre symbolise les neuf mois de grossesse. La date n’a pas été choisie au hasard. Il est vrai qu’à travers le monde, tous les professionnels de santé qui se sentent concernés par le SAF célèbrent cet anniversaire. Néanmoins, la position d’Étoile d’Espérance est qu’il faut en parler tout au long de l’année puisqu’un verre pris au mauvais moment, à titre d’exemple, lors de la formation du cœur, des poumons, ou autre organe du fœtus peut sévèrement endommager un de ces organes. À noter que le système nerveux central, c’est-à-dire le cerveau, est en construction tout au long de la grossesse et s’il est endommagé, c’est irréversible.

Hormis le SAF, il y a aussi le TSAF. Comment les deux sont-ils liés ?
Le SAF comprend les suites de l’alcoolisation lourde et quotidienne de la maman pendant la grossesse. Néanmoins, il peut arriver que l’enfant naisse a priori normal mais présente des troubles de l’apprentissage, un comportement hyperactif vers l’âge de cinq-six ans et des difficultés dans ses études. Par contre, le TSAF concerne la femme qui ne boit que de temps en temps, pensant à tort qu’un verre va la déstresser après une longue journée de travail. Il est impératif néanmoins de ne pas banaliser le TSAF car il peut tout aussi bien être dangereux pour le fœtus, surtout pendant les trois premiers mois de gestation.


Quels sont les signes principaux constatés chez un enfant dit SAF ? Et qu’en est-il de sa prise en charge ?
Les signes se montrent par un retard de croissance, des anomalies faciales, des difficultés d’apprentissage, l’hyperactivité, un retard de croissance. Les organes internes peuvent également être touchés, comme le foie, le cœur et les reins. Toutefois, ces spécificités mentionnées sont celles d’enfants qui ont été diagnostiqués par des professionnels de santé spécialisés dans le SAF, principalement en Amérique et certains pays d’Europe.
Malheureusement, à Maurice, ces enfants ne sont pas diagnostiqués et sont placés dans les centres où ils sont traités comme s’ils étaient atteints de déficience mentale et physique, ce que nous trouvons dommage. Car l’accompagnement d’un enfant SAF à l’enfant autiste, par exemple, est différent.

Depuis 25 ans, l’association Étoile d’Espérance tente de libérer les femmes de leur dépendance à l’alcool. Cet accompagnement s’est-il révélé vital ?
Le temps passe vite ! Effectivement, Étoile d’Espérance existe depuis 25 ans, et durant toutes ces années, nous avons aidé des milliers de femmes en difficulté avec l’alcool. Car c’est une spirale infernale, les familles sont brisées et c’est très difficile de remonter la pente. Notre devise est : On boit seule, on ne guérit pas seule. L’addiction glisse tranquillement chez le sujet, cela commence par un verre de temps en temps ou un verre pour célébrer un événement, à une accoutumance quotidienne et peut finir parfois par une bouteille par jour ou par semaine. L’accompagnement est vital car c’est à travers un programme de réhabilitation que la femme peut arrêter et comprendre l’origine ou le déclencheur de cette prise d’alcool. Par exemple, cela peut être des suites d’un décès tragique ou pour parer l’arrivée d’un époux violent. Les raisons sont diverses.

Le nombre de femmes alcooliques a-t-il diminué ?
L’on note un rajeunissement et une augmentation de la prise d’alcool chez l’homme aussi bien que chez la femme. L’alcool est partout et, bien souvent, il est banalisé. De nos jours, les gens craignent plus le fléau de la drogue mais minimisent les dégâts qu’engendre l’alcool dans nos structures familiales.

Où se situe cette problématique féminine liée à l’alcool ? Et de quelle manière y remédier ?
L’alcoolisme au féminin est assez complexe à Maurice. À la fois, l’on remarque un relâchement de la population car il y a un rajeunissement dans la consommation d’alcool chez les filles ; et de l’autre côté, l’alcool au féminin est toujours un sujet tabou. Bien souvent, le centre récupère une patiente très tard dans son parcours de vie avec l’alcool, parfois, après des années de consommation derrière elle. Car avant, la famille pouvait tant bien que mal gérer la situation et la cacher le plus longtemps possible des voisins, du qu’en-dira-t-on, de la famille directe, par sentiment de honte, pour être à l’abri des critiques et du rejet.
Malheureusement, Étoile d’Espérance est considérée par la famille comme étant un dernier rempart, quand l’espoir de guérison semble infime. Nous conseillons aux familles d’emmener le plus tôt possible la patiente qui pourra facilement entrer dans le programme pour ne pas causer plus de dégâts psychiques, physiques et familiaux.

Hormis les diverses raisons qui poussent une femme à trouver refuge dans l’alcool, de quelle manière les ateliers thérapeutiques sont-ils bénéfiques ?
Les ateliers thérapeutiques sont un des maillons importants dans le processus de rétablissement de la personne vers une vie sans substance. Les ateliers proposés, nommément l’esthétique, le yoga, la cranio thérapie, le tai-chi, les ateliers occupationnels en ateliers créatifs complémentent le travail thérapeutique, ils apportent un bien-être chez la patiente et redonnent subtilement par le toucher, la découverte des sens, la sérénité et la beauté. Ils permettent à la personne d’apprendre à s’aimer, à prendre du temps pour elle, à être à l’écoute de son corps, à se le réapproprier et à retrouver son espace et sa dignité.

La famille est-elle partie prenante de vos campagnes de sensibilisation ?
La réussite de tout un programme de réhabilitation est à 60% grâce au soutien de la famille L’on dit toujours qu’à Étoile, c’est un travail tripartite, c’est-à-dire, la patiente, la famille et le centre. Sans l’implication d’un des acteurs, tout est plus long, plus compliqué et souvent le rétablissement est compromis. L’accompagnement thérapeutique au centre se fait sur une base volontaire. Si la patiente ne se sent pas prête pour les soins, l’on ne pourra l’obliger à suivre le programme.
Parallèlement, si la famille ne porte aucun intérêt à ce parcours de rétablissement, la guérison peut être plus difficile et parfois de courte durée car l’environnement familial n’est pas accueillant. Il est donc primordial que la famille acquière des outils qui l’aideront à mieux communiquer, comment réapprendre à faire confiance. À travers la thérapie familiale, il est important d’aligner tout le monde sur les attentes, les fragilités et les limites de la patiente, vers cette vie tant désirée sans alcool, après le programme.

Votre association s’est aussi affiliée depuis 2009 au réseau SAF Océan Indien pour prévenir contre les risques de consommation d’alcool pendant la grossesse et l’allaitement. Comment ce réseau parvient à encadrer ces femmes ?
Étoile d’Espérance travaille en étroite collaboration avec SAF Océan Indien sur la sensibilisation, l’information et la prévention du SAF à Maurice. SAF Océan Indien, par le biais de son président, le Dr Thierry Maillard, nous apporte toute son expertise et ses connaissances dans la tenue des conférences-débats, les séminaires et formations sur le SAF. Il est nécessaire toutefois de mentionner que l’intervention d’Étoile dans toute cette communication autour du SAF s’arrête à la prévention. Il n’existe aucune structure à Maurice pouvant accueillir ces enfants car ils ne sont pas diagnostiqués à la naissance en tant qu’enfants SAF.
Vingt femmes leaders ont aussi bénéficié d’une formation SAF en 2018 pour accompagner les enfants atteints d’autisme. Est-ce à dire que la famille aussi fait partie de votre campagne de sensibilisation ? 
Nous avons effectivement organisé une conférence-débat, animée par le Dr Maillard en 2018. Cette formation avait pour cible 20 femmes leaders toutes engagées dans la petite enfance à difficulté, c’est-à-dire, les centres et Ong travaillant avec des enfants ayant un handicap physique ou mental, tel l’autisme ou le retard d’apprentissage. Car nous estimons que bon nombre d’enfants SAF pourraient être dirigés dans ces centres, faute de vrais diagnostics et de structures appropriées.

Comment se fait le recrutement de ces femmes ?
Grâce à la formation, ces femmes ont tout de suite compris la pathologie. Et certaines pouvaient identifier leurs bénéficiaires dans les descriptifs de l’enfant SAF.
Le mot dépistage revient en leitmotiv, faute d’études de prévalence. L’association a créé des bracelets fluorescents imprimés avec les lettrages “Zéro alcool” pendant la grossesse et l’allaitement. Cette idée a-t-elle eu des retombées positives et, si oui, lesquelles ? 
Nous avons été bien accueillis par la population qui a été réceptive à notre sensibilisation sur le SAF. Toutefois, lors des distributions de bracelets imprimés SAF, nous nous sommes rendu compte que le Mauricien en général a une méconnaissance de cette pathologie. La plupart pensent à tort que le fœtus n’est pas concerné par la prise d’alcool de la maman, que cette consommation in utero se dissout dans le sang ou l’urine alors que NON ! Tout ce que la future maman boit traverse la barrière placentaire et prend énormément de temps avant que le bébé métabolise l’alcool puisque son foie est en construction. De ce fait, le bébé baigne dans l’alcool 24h sur 24 et ce, malgré qu’en apparence, la mère tienne facilement l’alcool.

Quelles sont les failles de notre système relevées par le Dr Maillard, addictologue et président du SAF Océan Indien, lors de ces cours ?
Des failles, c’est un bien grand mot. Je parlerai plus de choses à améliorer. Je pense que tout est dans l’éducation et la prise de conscience de tous les acteurs de notre société, à savoir, les autorités par le biais du ministère de la Santé, le corps médical dans tout son ensemble, les sages-femmes, les gynécologues qui devraient davantage parler des risques du SAF pendant la grossesse, poser les questions sur la prise d’alcool ou pas, mettre en avant ce danger afin que les mamans, les papas, l’entourage direct, les voisins et la société soient alertés. Tout est une question d’éducation, d’intérêt. Comme le dit la maxime : “Il vaut mieux prévenir que guérir”. Car malheureusement, le SAF ne se guérit pas dès lors que le système nerveux central du fœtus est atteint, c’est irréversible.

Avec le Covid et la réglementation du CSR, les entreprises sont-elles toujours bienveillantes pour soutenir votre Ong ?
Il est vrai que nous notons un ralentissement dans les activités CSR, principalement dû au Covid-19, car pour qu’une entreprise puisse soutenir une Ong, il faut qu’elle soit en mesure de faire des profits afin d’en donner aux plus vulnérables. Nous tenons à remercier la National Social Inclusion Foundation qui nous apporte tout son soutien financier afin de continuer nos activités thérapeutiques en résidentiel. En dépit du fait que certains secteurs de l’économie roulent au ralenti dans le pays, la consommation d’alcool dans les familles mauriciennes ne fait qu’augmenter, chez l’homme et de plus en plus la femme.

Autre chose que vous souhaitez aborder ?
Nous espérons attirer l’attention d’un public assez large avec la diffusion des petites vidéos sur les réseaux sociaux. Le message que nous souhaitons transmettre dans cette vidéo est que l’arrêt de la consommation d’alcool est vraiment recommandé dès le début de la grossesse et durant toute sa durée si on ne veut pas avoir des conséquences irréversibles sur le développement du bébé. D’où le slogan « zéro alcool pendant la grossesse et l’allaitement ».