Michel Mayer succède à Lawrence Wong comme nouveau président de la Fédération Mauricienne de Cyclisme (FMC). Ancien cycliste, président de club et de la Commission de VTT et parent de sportifs, le nouvel homme fort de la petite reine locale est très connu dans le giron.  Il compte bien surfer sur la vague positive de la FMC en y apportant ses touches personnelles que sont professionalisme, enthousiame et rigueur. Dans cet entretien qui suit, Michel Mayer nous parle de ces priorités, de l’importance d’une piste cyclable à Maurice, en passant par la sécurité des coureurs. Le but n’étant pas de mettre la charrue devant les boeufs, mais d’assurer la continuité du travail déjà entrepris, en gommant les lacunes et en apportant une touche nouvelle pour promouvoir encore un peu plus la discipline dans son ensemble.

l Les élections de la FMC se sont tenues lundi dernier. Dites-nous d’abord comment elles se sont déroulées ?

— Le président sortant, Lawrence Wong, a présenté son bilan et a remercié les membres de son comité. Il s’est retiré par la suite pour laisser au nouveau bureau de passer au vote du futur président. Je dois préciser que personne n’avait fait acte de candidature et c’est sur un tour de table qu’on m’a proposé de prendre les rênes. C’est à ce moment qu’un autre membre s’est manifesté. On a alors procédé au vote. J’estime que l’exercice s’est très bien passé même si cela s’est révélé un peu tendu à l’heure du choix. Comme il y avait deux candidats à ce poste, l’incertitude y régnait. Finalement, le choix s’est porté sur moi. Je ferais de mon mieux pour ne pas décevoir la confiance placée en moi.

 l L’ambiance a-t-elle était celui qu’on connaît ?

— Je ne peux malheureusement vous répondre tel que vous le souhaitezn dans la mesure où, c’était ma toute première expérience à ce niveau.

 l Vous vous attendiez-vous à être élu président ?

— C’était loin d’être une priorité. On m’a tout simplement proposé la fonction, donc, il n’y avait pas de pression inutile ou de lobby quelconque. Je ne pouvais laisser tomber ceux qui croient que je peux apporter quelque chose au cyclisme local, vu ma longue expérience dans le domaine. J’ai été moi-même cycliste pendant de longues années, président de club, président de la Commission de VTT et aussi parent de sportifs.  Je peux dire que le cyclisme m’a apporté énormément et c’est en toute logique que je m’apprête à relever ce nouveau défi.

 l Vous succédez à Lawrence Wong à la tête d’une fédération qui tourne à plein régime depuis des années. Avez-vous déjà défini un plan de travail ?

— Je tiens d’emblée à féliciter Lawrence Wong et toute l’équipe pour le remarquable travail abattu en un si court laps de temps. Le précédent président reste un ami avec qui j’entretiens de bonnes relations. D’ailleurs, on a déjà eu quelques échanges intéressants quant aux dossiers prioritaires. J’ai aussi pris connaissance de certaines lacunes que je compte y remédier très rapidement. Cependant ce sera un travail dans la continuité dans un premier temps tout en apportant une petite touche innovante çà et là.

 l Toujours est-il que vous avez tout de même un ou des projets qui vous tiennent à cœur. Parlez nous en…

— La sécurité des coureurs doit primer.  Il y a des tronçons de route qui sont devenues extrêmement dangereuses en raison d’une circulation dense. Il y va de la sensibilisation des automobilistes et surtout pousser nos dirigeants politiques à comprendre l’importance d’une piste cyclable à Maurice. C’est au stade de projet toujours, mais j’y mettrais de tout mon poids afin de faire avancer ce dossier. Il y a aussi le VTT qui me tient à cœur, où les récentes manifestations ont été très suivies. Il existe pour l’heure une ambiance familiale et restreinte autour de ces évènements. Je verrais à l’avenir qu’elle soit accessible à un plus grand nombre de gens où chacun puisse se retrouver et profiter de la pratique sportive en pleine nature.  Le sport pour tous mérite une considération particulière également.

Surfer sur la bonne vague de la Team Maurice-MCB pour viser  encore plus haut. Soulignons aussi le centre d’excellence pour les espoirs en Europe, si nous voulons que la qualité de nos cyclistes reste pérenne dans le long terme. La construction d’un anneau cycliste est toujours au menu et il faut accélérer le processus. Ne parlons pas de l’apport de cet outil extrêmement intéressant pour relancer  une nouvelle pratique à Maurice et  nous permettre de mieux se positionner sur la carte africaine. Ce sera une belle opportunité pour l’épanouissement du BMX aussi, en faisant d’une pierre deux coups. Si on arrive à concrétiser les projets mentionnés ci-dessus sans compter le nombre de jeunes qui se manifestent  graduellement, je pense que c’est bien parti pour de belles années excitantes pour la discipline.

 l Quelle sera votre formule pour redynamiser les académies de cyclisme ?

— Je trouve que les académies sont déjà dynamiques. L’autre bonne nouvelle demeure la décision du Ministère des Sports de procéder au paiement des coaches, comme pour atténuer la frustration et assurer une motivation constante de la part de nos encadreurs. Aussi nous venons d’apprendre que nous avons deux nouveaux clubs de vélo à Rodrigues. On connait le réservoir en matière de talents de notre dixième district et je ne cache pas mon enthousiasme pour favoriser le développement de la discipline dans l’ile. J’espère pouvoir sous mon mandat mettre sur pied une académie sur route ou de VTT qui servira de déclic pour des échanges approfondis avec les Rodriguais et ainsi les voir au départ des Championnats de Maurice.

 l Le DTN, Michel Thèze, est toujours bloqué en France. La FMC compte-t-elle toujours sur lui et quelle sera la marche à suivre au cours des prochains mois ?

— Michel Thèze est un élément indispensable et un maillon solide dans notre organisation. On s’est parlé au téléphone pas plus tard que mercredi et je peux vous dire qu’il sera des nôtres dès janvier 2021. Il s’attellera à relancer tout le programme de préparation en vue des prochaines échéances. La formation à différents échelons sera à l’agenda et Michel Thèze surveillera à ce qu’il y ait plus d’encadreurs prêts à assumer ce rôle à court et à long terme. On s’attend à ce qu’il laisse derrière un héritage prépondérant pour la durabilité et la stabilité du cyclisme mauricien.

 l La Team MCB-Maurice a atteint le plafond régional. Que prévoit le FMC pour aider cette sélection à franchir un nouveau palier ?

— Je pense plutôt qu’elle a déjà atteint le niveau continental.  Nous sommes actuellement classés 6ème pays africain en catégorie Elite Hommes, donc, à une place d’une qualification comprenant 5 coureurs aux Championnats du Monde et 3ème pays africain en catégorie Espoir Hommes en 2020. Nos plus fines gâchettes, je peux vous le dire, ne se contentent plus désormais que du Tour de Maurice ou le Tour de la Réunion mais ont cette envie d’aller se mesurer aux professionnels sur le Tour du Rwanda, L’ Amissa Bongo ou autres courses sur les échiquiers  africains, asiatiques et européens. Signe qu’ils ont passé un cap important et il est impératif de créer les conditions pour que notre élite puisse avoir des visées majeures et voir un ou deux noms s’inscrire sur le World Tour, vous imaginez ici toute la fierté et le prestige de tout un pays.

Il ne faut pas oublier les filles dans tout cela avec la version féminine de la Team MCB.  C’est vrai que nous sommes tout justes au début de notre aventure avec Aurèlie Halbwachs et Kimberley Lecourt en première ligne. Je crois qu’elles ont pu tracer la voie, de par leurs prestations locales et internationales  à d’autres jeunes demoiselles de pouvoir aspirer à une place au sein du peloton de la FMC. C’est très encourageant et on ne lésinera pas non plus sur les moyens pour atteindre le but fixé.

  l Ou en est le problème des primes aux sélectionnés du Tour de l’île ?

— Ce problème a été réglé et les primes seront versées à tous ceux concernés incessamment. Je regrette pour les inconvénients et réitère l’engagement de la FMC pour assurer le bien-être de tous nos coureurs.

  l Changeons de sujet pour parler de la situation du sport à Maurice. Comment la jugez-vous ?

— C’est une question que je juge pertinente et qui ne manque jamais d’alimenter l’actualité. Je pense qu’il faudra l’étudier sous plusieurs angles.  À titre d’exemple, lors des JIOI 2019, on a pu voir l’excellence des résultats alors que les fédérations étaient dotées de tous les moyens et facilités requis. Cependant, il faudra une constance dans tout ce qu’on entreprend. Il faut reconnaitre les efforts des autorités à l’instar du Ministère des Sports qui à travers le TFES et le programme de bourses sport études apporte une aide précieuse aux sportifs. Le suivi et l’encadrement demeurent des éléments clés dans ce registre et il incombe aux fédérations d’agir avec toute la rigueur et le professionnalisme que cela exige.

Si le le ministère des Sports veut placer la barre encore plus haute, comme on le constate avec la mise en place d’une structure louable, menant à Paris 2024, tant mieux, non seulement pour notre élite, mais pour tous ceux qui veulent se frayer une place au plus haut niveau. Toute mesure allant dans la bonne direction ne doit pas être ponctuelle à mon humble avis. Je conserve mon optimisme quant à un redressement de part et d’autre. En y ajoutant une bonne dose de volonté et une plus grande ouverture d’esprit, on peut tenir le pari. Il suffit d’y croire.

 l Que pensez-vous de la situation qui prévaut au COM actuellement ?

— Il est évident que la situation au sein du Comité olympique mauricien est loin d’être au beau fixe, avec le renvoi des élections et la vague de démissions. Tout ceci ne peut que rendre davantage l’atmosphère encore plus tendue et porter un rude coup à l’intégrité et à la confiance. Il serait souhaitable que des décisions rapides soient prises pour remettre les choses au point et repartir sur de nouvelles bases. Dans la conjoncture, j’estime que notre représentant au sein du COM doit également se démarquer de cette instance et permettre à tout un chacun de respirer tout en mettant fin à un imbroglio qui ne rend pas service à la cause sportive.

 l Qui représentera la fédération lors des prochaines élections de cet organisme ?

— On prendra la décision le moment voulu. Rien ne presse car il y a mieux à faire en terme de priorité. Concentrons-nous sur la réorganisation de la FMC après avoir été pendant de longs mois sous l’emprise de la Covid-19.  Je compte beaucoup sur un travail d’équipe et dès lundi, nous aurons notre première réunion ou nous nommerons les responsables des différentes commissions. Il est plus qu’urgent de retrousser nos manches et de nous remettre sérieusement au travail pour la promotion et du développement du cyclisme.