Rencontre avec des palefreniers du Centre Guy Desmarias de Floréal. Ces femmes et hommes de l’ombre s’occupent des coursiers appelés à devenir champion. Un métier exigeant qui demande patience et passion. Nous les avons suivis tôt le matin ?

7h au Centre Guy Desmarais, Floréal. Plusieurs chevaux sont déjà en piste. Accompagnés de leurs palefreniers certains sont au trot et d’autres au galop. Dans une atmosphère paisible et une température ambiante fraîche, l’entraînement prendra fin peu après neuf heures et demi. Alors qu’à Port-Louis le travaille débute à 4h, ici on s’active à partir de 6h pour s’occuper des chevaux, les boxs et pour répondre aux directives des entraîneurs et de leurs assistants, entre autres tâches. Ce métier demande beaucoup de patience et surtout de passion. Il faut vraiment être dévoué pour s’y adonner ; les palefreniers travaillent tout au long de l’année, c’est-à-dire du 1er janvier au 31 décembre.

Nitish Rambocus exerce au Centre Guy Desmarais en tant que chef palefrenier au sein de l’établissement dirigé par Patrick Merven. Cet habitant du Sud est aussi un père de famille qui fait ce métier depuis vingt ans. Il a fait le tour de plusieurs écuries et cela fait deux ans qu’il est attaché à celle de Merven. Le métier n’a plus de secrets pour ce passionné du cheval. « Tous les jours je suis à Floréal aux alentours de 5h30. J’arrive un peu plus tôt que les autres afin de faire mon planning pour la journée. L’entraîneur ou son assistant me donne les différentes instructions pour chaque cheval. Contrairement à Port-Louis, les chevaux ne travaillent pas vraiment vite ici. Ils font seulement des ‘light works’ pour garder la forme. Par la suite, chaque palefrenier sait ce qu’il a à faire et s’occupe avec attention de son cheval, en nettoyant son box, en lui donnant sa douche ou encore en faisant son ‘grooming’.” Un travail d’équipe sans que l’on ait à trop se forcer. Mais, le respect de l’animal et son bien-être sont primordiaux.

La journée progresse dans une ambiance particulière marquée par les bruits des sabots. “Vers 10h nous terminerons le plus gros de notre travail et nous pourrons nous reposer un peu dans les dortoirs. Aux alentours de 13h, nous reprendrons du service et ferons marcher les chevaux. Nous devons aussi nous s’assurer qu’ils ont à boire et à manger avant de terminer vers les 15h30. Ce n’est pas un métier difficile si vous le faites avec passion ! » déclare le chef palefrenier.

Ce métier à quant même ses exigences : « Au début ce n’était pas évident pour moi de me rendre au travail. Comme j’habite le Sud, je devais me débrouiller pour arriver sur mon lieu de travail à l’heure. Il y avait des jours où je dormais dans les dortoirs à Floréal pour que je puisse prendre le bus du Turf Club pour me rendre à Port-Louis, mais heureusement que maintenant ce n’est plus cas car j’ai mon propre moyen de transport, » confie-t-il alors qu’il termine de faire le box d’un cheval.

« Un métier qui n’est pas difficile si on le fait avec passion »

Shakina Goomany est une mère de famille qui a enfilé les bottes de palefrenières depuis 12 ans. Egalement employée par le yard de Merven, cette habitante de Vallée Pitot n’avait aucune connaissance des courses avant qu’elle apprenne qu’on recherchait des palefreniers lors d’une émission radiophonique. « Je ne savais pas à quoi ressemblait un cheval. Mo pa ti mem koner si li ti ena 4 lapat”, dit-elle pour rire. “Grace une émission à la radio, j’ai pris connaissance qu’on recherchait des palefreniers. A partir de là, j’ai fait mes démarches et j’ai débuté en tant que palefrenière chez Raj Ramdin. Je ne savais pas grand-chose, mais petit à petit j’ai appris mon métier, et même après douze ans on peut dire qu’il y a encore certaines choses à apprendre. En début d’année, j’ai quitté pour l’écurie Nagadoo, mais je n’ai pas fait longtemps car j’ai été accueillie chez Merven, » dit-elle avec un large sourire.

Etant la seule femme palefrenière au sein de l’établissement, elle explique : « L’entente avec les hommes à l’écurie est correcte. Je ne suis pas exclue du groupe et on fait un bon travail d’équipe. C’est un métier qui demande beaucoup de patience, car chaque cheval à son caractère. Si un cheval a eu un problème, il faut tout de suite mettre le chef au courant et lui, communiquera l’information à l’entraîneur. Ça demande pas mal de sacrifices également au niveau de la vie de famille comme nous travaillons sans arrêt tout au long de l’année. Mais, nous faisons de notre mieux pour faire la balance. »

Faire la balance avec la vie de famille

Du côté de leurs vies familiales, ils n’ont pas vraiment de mal à gérer. Certes, ils ne passent pas beaucoup de temps avec leurs enfants, mais ils reçoivent beaucoup de support de la part de ces derniers et surtout des autres membres de leurs familles. « Je remercie ma famille qui est toujours là pour m’encourager. On me donne tout le support dont j’ai besoin et j’essaye aussi de faire la part des choses en tant que père de famille. Durant le week-end j’en profite pour faire une petite sortie familiale afin de passer un moment avec les enfants, » fait ressortir Nitish.

Quant à Shakina, elle reçoit beaucoup de support de la part de ses parents, qui l’aident à s’occuper de sa fille. Les matins, elle n’a pas toujours le temps de voir son enfant et même les après-midis quand elle retourne, elle est épuisée. Certes, d’un côté un peu chagrine de ne pas pouvoir passer plus de temps avec sa fille, mais elle ajoute que ce chagrin et vite comblé par les chevaux. « Quand j’arrive au travail, j’oublie tous les problèmes de la maison. Cet amour que les chevaux nous donnent est inexplicable. Ils sont comme nos enfants et on fait tout ce qui est nécessaires pour assurer leur bien-être. »

Les moments inoubliables

Il y a également des moments que les palefreniers n’oublieront jamais. Par exemple, leurs premières victoires, ou encore une épreuve classique remportée. Ce n’est pas Nitish Rambocus qui nous dira le contraire. Ses années de bonheurs ont été surtout à l’époque où il travaillait pour le compte de Philipe Henry. « Je me souviendrai toujours de la victoire d’Hector en 2005 dans la Duchesse. Je suis reconnaissant envers Philipe Henry qui m’a donné l’occasion de m’épanouir dans ce métier. J’ai aussi travaillé avec des chevaux de valeurs en 2007 quand j’étais chef-palefrenier chez Perdrau. A cette époque il y avait les Sentinal, Cape Gold ou encore World Focus. J’ai aussi côtoyé de grands cavaliers tels que Robbie Hill, Glen Hatt et Jeffrey Lloyd. En tout cas ce sont des moments de ma carrière qui seront à jamais gravés dans un coin de ma tête ! » dit-il avec beaucoup de nostalgie.

De son côté Shakina n’a pas encore eu l’occasion de travailler avec de grands chevaux. Mais son premier gagnant fait toujours sa fierté. Russian Glen a été son premier gagnant pour l’entraîneur Ramdin. « C’est un cheval que je ne peux pas oublier car il a été le premier a remporté une course alors qu’il était sous ma responsabilité. A partir de là, j’ai commencé à avoir la confiance de l’entraîneur et petit à petit j’ai fait mes preuves et me voilà aujourd’hui toujours aussi dévoué qu’à mes débuts ! »