(Photo by Morten Stricker / Ritzau Scanpix / AFP) / Denmark OUT

Le gouvernement danois a reconnu mardi que la campagne d’abattage généralisé lancée pour combattre une mutation problématique du coronavirus issue des visons n’était pas légalement fondée et a présenté un projet de loi visant l’interdiction des élevages de ces mammifères jusqu’en 2022.

Le 4 novembre, le Danemark avait ordonné l’élimination de tous ses visons – soit entre 15 et 17 millions de têtes – à la suite de la découverte d’une mutation du nouveau coronavirus transmissible à l’homme chez ces mammifères, qui pourrait selon Copenhague compromettre l’efficacité d’un futur vaccin humain.

Mais certains éleveurs ont protesté contre l’abattage de bêtes en bonne santé et la presse a révélé que la législation ne permettait pas d’imposer l’abattage de bêtes non malades.

Mardi matin, le ministre de l’Agriculture Mogens Jensen a reconnu, auprès de la chaîne de télévision TV2, l’absence « de fondement légal pour demander aux éleveurs de visons d’abattre leurs bêtes en dehors des zones » où des animaux ont été contaminés.

Il a affirmé qu’il ignorait l’illégalité de l’ordre gouvernemental lors de l’annonce du 4 novembre, ce que la Première ministre a également confirmé à l’occasion de la séance de questions au gouvernement. Une version contestée par l’opposition.

« La Première ministre a donné un ordre illégal », a dénoncé Jacob Elleman Jensen, chef du plus grand parti d’opposition, Venstre (parti libéral-conservateur).

« Je ne peux tout simplement pas imaginer qu’il n’y ait pas eu une seule personne dans la salle de réunion où cet ordre a été discuté, qui ait souligné que +peut-être devrions-nous avoir une autorité légale+ », a-t-il dit à la presse.

Le ministre a depuis présenté un projet de loi « sur l’abattage et l’interdiction temporaire d’élevage de vison » jusqu’au 31 décembre 2021 inclus.

Le texte, que le gouvernement n’a pu présenter selon la procédure d’urgence faute de majorité, va être traité en trois lectures, comme un texte habituel.

Depuis l’annonce le 4 novembre, plus de 2,4 millions d’animaux ont déjà été abattus dans le royaume scandinave, premier exportateur mondial de visons.

Erik Wammen, un éleveur du Jutland de 62 ans, fait partie de ceux qui n’ont pas mis à mort leur cheptel.

« C’est malin de la part du gouvernement de dire qu’ils ne nous obligent pas mais qu’ils voudraient qu’on le fasse, en nous parlant comme ça, comment on va nous indemniser? », s’interroge-t-il.

– « Cluster 5 » –

Le virus mutant, appelé « Cluster 5 », a été décelé chez douze personnes, toutes dans le Jutland du Nord (nord-ouest).

Des restrictions drastiques ont été imposées jeudi pour un mois dans les sept communes où le plus de cas dans les élevages ont été déclarés.

« Je pense que c’est nécessaire. Nous parlons d’un virus mutant qui a commencé dans le Jutland du Nord et nous allons nous en débarrasser dans le Jutland du Nord », a déclaré à l’AFP Birgit Hansen, maire de la commune de Frederikshavn.

« Le plus dur, c’est de voir à quel point les éleveurs souffrent. Pour eux, c’est tragique », a dit l’édile qui compte 50 élevages dans sa municipalité.

En dépit du couac dans la communication gouvernementale, les autorités espèrent toujours voir l’entière population de visons abattue au 19 novembre.

« J’encourage toujours les éleveurs de visons à coopérer (…) car il s’agit maintenant d’aider la santé publique de la meilleure façon possible », a affirmé le ministre Mogens Jensen.

Aucun nouveau cas humain de « Cluster 5 » n’a été enregistré ces derniers jours, et les douze cas remontent à septembre et ne sont plus actifs, laissant l’espoir d’une disparition de la souche en question.