Le dossier brûlant portant sur l’accord opaque entre les gouvernements indien et mauricien, respectivement à propos des développements — port et piste d’atterrissage — en cours à Agalega a été évoqué, vendredi dernier, par Nando Bodha, ancien ministre des Affaires étrangères du gouvernement de Pravind Jugnauth. Cette question a été abordée à l’issue de la première conférence de presse du Rassemblement Mauricien (RM) depuis sa présentation officielle le 23 juillet dernier. Mais Nando Bodha, qui répondait à une question de lemaurcien.com sur la portée de cet accord, a laissé à nouveau entendre qu’il n’a « jamais vu de document relatif à un bail » accordé à l’Inde, alors qu’il occupait le portefeuille de la diplomatie internationale. « Le seul lien entre Maurice et l’Inde » à propos d’Agaléga, a déclaré Nando Bodha, « concerne le financement de deux projets d’infrastructure. » Cependant, il a estimé qu’il était grand temps pour le Premier ministre « de révéler des documents, s’il y en a sur ce qui se dit. » Lors d’une sortie officielle de Pravind Jugnauth mercredi dernier, celui-ci a affirmé que Maurice aura le contrôle de la jetée et de la piste d’atterrissage. Nando Bodha a souhaité « que l’Inde vienne confirmer ce qu’a déclaré le Premier ministre pour rassurer tous ceux qui se posent des questions. »

Pour reprendre sur ce que vous avez répondu concernant Agalega, vous avez été quand même ministre…

Je n’ai jamais fait partie de lakwizinn ! Rien n’est parvenu jusqu’au conseil des ministres. On n’a jamais parlé de bail et toutes les informations ont été déjà communiquées au Parlement par le Premier ministre…

Dans ce cas, simplifions les choses. Aux Agaléens qui sont dans le doute et craignent d’être un jour expulsés de leur île, qu’avez-vous à leur dire ?

Il faut leur donner la garantie que leur île leur appartient et qu’ils peuvent y vivre en sérénité. Je crois même qu’il faut former les Agaléens pour qu’ils puissent profiter et participer dans la maintenance des infrastructures.

Oui, mais de ce que vous, à une époque pas si lointaine, vous savez du dossier d’Agalega, que leur dites-vous pour les rassurer ?

Pour les rassurer… Que le Premier ministre vienne confirmer qu’Agalega appartient souverainement à l’île Maurice. Et que l’Inde vienne confirmer les propos du Premier ministre. Aussi que le Premier ministre confirme que les Agaléens resteront avec des moyens qu’il faut pour vivre décemment, comme ils l’entendent sur leur île. Il n’y a aucune raison que des Agaléens aient la crainte de ne plus pouvoir vivre chez eux. Mais que le Premier ministre vienne confirmer tout ceci.

Un peu plus d’un mois après la présentation de votre parti, le Rassemblement Mauricien, êtes-vous aujourd’hui en mesure de nous dire quel est son poids sur l’échiquier politique ?

Pas du tout ! En revanche, les projets de société du Rassemblement Mauricien ont du poids — et seront plébiscités par la population — parce qu’ils découlent des attentes de bon nombre de personnes et d’analyse de 50 ans de gestion politique. Donc, nous sommes venus avec des mesures pratiques et directes, avec notamment deux mandats pour tous les postes constitutionnels, y compris celui de Premier ministre. Sur le terrain, nous avons des commissions qui travaillent et le RM a déjà commencé son pèlerinage à travers de petites réunions d’explications. Je n’explique pas uniquement ce que le parti veut faire, mais que nous devons rassembler toutes les forces de l’opposition parlementaire et extra-parlementaire. Je suis aussi en train de former tous ceux qui nous ont rejoints, car la majorité n’a jamais fait de la politique.

En disant que « les mainstream parties ne rassemblent plus la majorité de la population », vous risquez de déplaire à vos partenaires de l’Alliance l’Espoir !

Non ! Pourquoi ? Nous savons tous qu’auparavant, 75% de la population adhéraient à l’idéologie d’un parti politique et que 20% étaient des indécis. Je crois qu’aujourd’hui la majorité des Mauriciens sont en mode d’observation et ne sont pas des inconditionnels d’un parti spécifique.

Si vous allez aux municipales, celles-ci pourraient servir de baromètre pour connaître ce que vaut réellement le RM…

Non ! Un nouveau parti politique a besoin de temps. Ce que je recherche, c’est la mise en place d’une mouvance pour engendrer une force électorale qui nous permettra d’apporter des changements en profondeur. Pour les municipales, nous (ndlr : les dirigeants de l’Alliance de l’Espoir), nous préparons et élaborons des stratégies, développons leur contenu, nous réfléchissions aux choix des candidats…

Qu’a-t-il été décidé pour les candidats RM ?

On en reparlera après.

Des trois dirigeants de l’Alliance de l’Espoir, avec lequel vous vous entendez le mieux ?

(Rires) Je les connais tous depuis longtemps, et ce, pour avoir travaillé avec Paul Bérenger, lorsqu’il était Premier ministre, Xavier-Luc Duval quand il était vice-Premier ministre, avec Roshi Bhadain comme collègue. Chacun a sa façon de travailler et je pense que la meilleure des choses est de créer une synergie entre nous.

Même si vous ne ménagez pas le gouvernement, voire votre ancien parti, pendant vos interventions dans les conférences de presse de l’Alliance de l’Espoir, vous vous réservez quand même d’être acerbe…

J’ai toujours fait de sorte de ne pas me mêler aux scandales et aux dossiers qui posent problème. J’ai voulu gérer mes dossiers dans la transparence. Je n’étais ni dans la cuisine et ni dans les combines. Le gens veulent des noms, des détails… alors que moi, je me bats contre un système. Le MSM est devenu un système où il est question d’argent et de votes achetés. Il n’y a plus la réunion des éléphants, celle du bureau politique, du comité central… Quand je dis qu’il y a un problème de leadership dans le pays, cela veut dire que Pravind Jugnauth est une très grande déception !

Vous avez un message pour lui ?

Qu’il parte ! En 18 mois, voyez ce qu’il est devenu, il est empêtré dans des scandales. C’est un désastre, avec à l’origine des gens qui sont dans lakwizinn, à MT, au port, à l’aéroport… c’est les mêmes combines, pour décider de tout jusqu’au moindre petit contrat.

Vous étiez au courant des combines. Comment est-ce qu’aujourd’hui la population peut vous accorder sa confiance ?

Elle peut me faire confiance ! Regardez mon track-record. Regardez ce que j’ai accompli dans les ministères où j’ai travaillé. Et toutes les fois où j’ai pu agir pour le changement, je l’ai fait. Prenez par exemple la drogue. J’avais dit que le parti (ndlr : MSM) ne devait rien à faire avec celle-ci et qu’il fallait s’occuper du port. Quant à l’argent sale, je me suis battu pour que Maurice ne soit pas sur la liste noire.

En parlant d’argent, qui finance le Rassemblement Mauricen ?

Nous n’avons rien ! D’ailleurs, nous n’avons pas fait de grandes activités. Dans ma circonscription, les campagnes que nous avons faites ont toujours été rudimentaires. Avec l’enregistrement du parti, je veux d’un financement transparent.