L’émission d’une circulaire demandant aux fonctionnaires de renoncer à certains de leurs droits acquis au nom de la solidarité nationale, laisse un goût amer dans la bouche de ces employés derniers temps. Narendranath Gopee, président de la Federation of Civil Service and Other Unions (FCSOU), leur lance donc un mot d’ordre « pour ne pas signer le Consent Form qui leur demande de renoncer à leurs acquis ». Pour lui, la COVID-19 ne doit pas devenir une « clé passe-partout ». Parlant du sentiment qui règne actuellement au sein de la Fonction publique, il souligne qu’il y a une « avalanche d’agitations » pour plusieurs raisons, notamment avec l’introduction de la Contribution sociale généralisée qu’il qualifie de « ponzy », le renvoi de la publication du rapport du PRB, les attaques contre les “whisle blowers”, ou encore la mise à pied des syndicalistes dans des organismes semi-gouvernementaux.

Pourquoi les fonctionnaires sont si agités en ce moment ?
Il y a définitivement une agitation au sein de la Fonction publique. À la Federation of Civil Service and Other Unions (FCSOU), nous avons constaté qu’il y a effectivement beaucoup d’interrogations de leur part. Beaucoup de leurs questions sont restées sans réponse. Il faut faire ressortir que nous avons eu une réunion tout récemment avec le secrétaire au cabinet, Nayen Kumar Ballah, pour éclaircir certaines décisions prises par le gouvernement dans le budget. Parmi, on compte la décision de repousser la mise en application du rapport du Pay Research Bureau, des modifications aux “Passage Benefits”, et le non-remboursement des congés maladies cette année.

Maintenant, une nouvelle modification est apportée aux congés de maternité “on and above”de la circulaire No 30 de 2019. Il y a encore celle du 7 août concernant les “Passage Benefits”, la “Travelling Allowance” et le “Vacation Leave”. Lorsque le gouvernement parle de modifications autour du terme “Leave”, la définition est plus élargie. Elle couvre notamment le “Casual leave”, le “Sick leave”, le “Paternity leave” et le “Leave without pay”. Il faut savoir qu’au niveau de la Fonction publique, il y a trois fédérations syndicales représentant les intérêts des fonctionnaires. Légitimement, il aurait dû consulter ces trois fédérations. Nous avons été pris de court par la décision du gouvernement de “deferred” l’implémentation du rapport du PRB dans le dernier budget. Il y a de quoi pour que les fonctionnaires s’agitent en ce moment, car jusqu’à maintenant, ils ne savent pas quand le rapport sera appliqué. Lors de notre dernière réunion avec le secrétaire au cabinet, ce dernier nous a fait comprendre que le rapport sera appliqué lorsque l’économie sera améliorée.

On est donc dans le flou. Moi, ce que je peux comprendre, c’est qu’il y a toujours le risque que l’item du PRB devienne plus tard une “political blackmailing” aux prochaines élections générales. Il ne faut pas oublier que l’augmentation de la pension universelle a été utilisée comme un levier pendant la dernière campagne électorale. Cette même tactique est utilisée par la pension universelle de 2023. Toutes ces questions sans réponses sont en train de créer une frustration et une agitation au sein de la fonction publique.

Quel est le « stand » de la FCSOU sur la circulaire ayant trait aux Vacation Leave, Passage Benefits et Travelling Allowance ?
Le gouvernement n’a pas le droit de remettre en question les droits acquis des fonctionnaires sans préalablement discuter avec les trois fédérations les plus représentatives au sein de la fonction publique, car il s’agit là des conditions de services que l’employeur a acceptés à travers un contrat signé avec les fonctionnaires à travers l’Option Form du PRB.

Même en cas de force majeure, on ne peut modifier nos conditions de travail de cette façon. S’il veut le faire, il doit ouvrir les discussions avec les fédérations syndicales de ce secteur pour arriver à un terrain d’entente. Mais venir maintenant utiliser la COVID-19 comme “enn lakle paspartou” est absurde. Cela n’a pas de sens. Ladite circulaire a finalement créé une avalanche d’agitations au sein de la Fonction publique.

La FCSOU a maintenant décidé de donner un mot d’ordre aux fonctionnaires. Je leur demande de ne pas signer le Consent Form, communément appelé “Proforma note”, ayant trait à ladite circulaire pour renoncer à leurs “Vacation Leave”, “Passage Benefits”, etc. Je déplore en même temps la mauvaise foi du Supervising Officer affecté au Valuation Office et qui est en train d’imposer une pression sur les fonctionnaires pour signer ledit formulaire et de le soumettre jeudi dernier lorsqu’on sait que la circulaire officielle indique clairement que les fonctionnaires disposent de deux semaines pour remplir ce Consent Form.

Nous ne tolérons pas l’attitude dictatoriale du Supervising Officer du Valuation Office. Nous n’allons pas signer ce Consent Form, car ce ne sont pas les fonctionnaires qui ont demandé de rester chez eux durant la période du couvre-feu sanitaire. La décision nous a été imposée. C’est un “Forced Leave” imposé sur les fonctionnaires.

Et la dernière circulaire ayant trait au Maternity Leave ?
Une première circulaire avait été émise le 18 juillet 2019. Il s’agissait au fait d’une condition de service qui existait dans le secteur privé à travers l’Employment Rights Act et qui est maintenant devenue la Workers Rights Act.

Au sein du secteur privé, les employées qui viennent d’avoir un enfant, ont droit à une pause d’une heure par jour pour allaiter les nourrissons. Cette disposition, qui n’existait pas dans la fonction publique, a été corrigée. La nouvelle circulaire indique que la période d’allaitement sera d’une durée de six mois et, si la mère arrive à la conclusion que l’allaitement doit durer au-delà de six mois, sa demande doit être approuvée par un médecin. Maintenant, le ministère de la Fonction publique vient changer la donne. Il faut que la femme fonctionnaire fasse appel à un pédiatre du secteur public non pas du secteur privé. Cela pose problème, car il y a beaucoup de femmes fonctionnaires qui ont accouché dans des cliniques privées. Ce n’est pas normal qu’elles doivent maintenant faire appel à un médecin de l’État. Rien n’a été discuté avec les fédérations syndicale. Cette décision vient restreindre un droit naturel pour faire appel au médecin de son choix. Il faut que ladite circulaire soit retirée.

Airports of Mauritius vous poursuit pour des propos qualifiés de diffamatoires et réclame Rs 10 millions?
Il est clair que la direction d’AML n’aime pas être critiquée. Moi, je constate que le dialogue social s’est détérioré dans le pays. C’est triste pour notre pays, car chacun à droit à la parole. Il ne faut pas que cela devienne une “General rule” pour “bous labous tou dimoun dan sa pei-la” à travers des méthodes dictatoriales.
En ce qui concerne la plainte de Rs 10 M, je dois dire que les rois d’AML se sont sentis diffamés par mes propos lors d’une conférence de presse. Cela ne m’empêchera pas de parler.

J’aimerais bien savoir combien d’argent AML a dépensé sur le cas de Sharvin Sunassee, président de l’Airport of Mauritius Employees Union, et ce à travers la mise sur pied d’un comité disciplinaire qui a pris plus d’un an pour tirer ses conclusions. Qui a approuvé les honoraires des hommes de loi d’AML ?

On doit le savoir, car il s’agit de l’argent des contribuables. Je continue à croire que le départ de Sharvin Sunassee a été bien orchestré pour fragiliser le syndicat, car une nouvelle équipe syndicale a vu le jour chez AML. L’idée, c’est d’amender le Collective Agreement. Si cet accord est amendé, la direction d’AML aura à répondre devant la justice.

Les fonctionnaires vont-ils participer à la Contribution sociale généralisée ?
Auparavant, il était question que ce soient seulement les travailleurs et les patrons du secteur privé qui vont contribuer à ce fonds. Celui-ci allait être un “buffer fund”. Le gouvernement a réalisé qu’avec la pension à Rs 9 000, il fallait retirer de l’argent du Consolidated Fund. Il a réalisé que cela coûte cher, car 243 000 personnes y sont concernées. Cela coûte donc Rs 2,2 milliards mensuellement. Maintenant, il a promis la pension à  Rs 13 500, ce qui fait que cela coûtera la bagatelle de Rs 3,3 milliards. D’où la création de la CSG qui est au fait une taxe indirecte imposée sur la population. Ce n’est qu’en 2023 que ce fonds sera utilisé.

Pour moi, la CSG n’est rien d’autre qu’un “ponzy”. Le fonds deviendra insoutenable lorsqu’on commence à le puiser pour la pension de vieillesse. Maintenant, les fonctionnaires seront appelés à y contribuer à travers le gouvernement. Ils ne sont pas d’accord, car cela devient une mauvaise habitude de faire des promesses à la population pour gagner des votes en faisant “labous dou”.

Les fonctionnaires sont accusés d’avoir divulgué des informations sensibles dans le secteur de la santé. Qu’en pensez-vous ?
C’est un dérapage de la part du gouvernement. Ces fonctionnaires ont fait un bon travail en venant dénoncer des cas suspects de corruption. La section 44 de la Prevention of Corruptions Act fait provision pour ces types de dénonciations.

À travers toutes ces protections pour le “whisle blowers”, il semblerait que le gouvernement n’aime pas les dénonciations. Si tel est le cas, je pense qu’il est l’heure pour l’ICAC de fermer ses portes, car personne ne voudra venir dénoncer des cas de corruption. Il est malheureux qu’aujourd’hui on voit que ce sont les fonctionnaires qui sont en train de payer pour des fautes qu’ils n’ont pas commises. Le gouvernement aurait pu promouvoir l’action des fonctionnaires.

Pour moi, c’est tout simplement un matraquage des “whisle blowers”. Je pense qu’il est grand temps qu’on vienne de l’avant avec le Public Service Bill pour délimiter l’action des politiciens dans la Fonction publique, car eux, ils partent, et les fonctionnaires restent.