Les travaux de la cour d’investigation pour faire lumière sur le naufrage du MV Wakashio sont en cours. Au cours des auditions, la thèse d’accident a été le point central pour situer les responsabilités derrière ce “marine casualty”. Or, des experts ainsi que nombre d’observateurs ont un autre regard sur ce qui s’est passé et évoquent des zones d’ombre qui soulèvent des interrogations quant à la possibilité que le naufrage du MV Wakashio relève d’un acte intentionnel.

Le témoignage de Mono Bunwaree, ex-Senior Lecturer en Mathematical Physics, a créé le déclic. Se basant sur des éléments fiables, ce dernier est catégorique sur le fait que le naufrage « est un acte délibéré ». Dans l’entretien qui suit, il met en relief ces « anomalies » dans l’affaire Wakashio.

Qu’est-ce qui vous a motivé à aller voir le MV Wakashio ?

Comme tout le monde, curieux de voir un naufrage, je suis allé près du site deux jours après. J’y suis retourné encore des fois. Car dès la première fois, la position du navire avait déjà fait tilt dans mon esprit. La première chose qui a attiré mon attention est le fait que la mer était calme. Le temps était ensoleillé et le navire était à 90 degrés par rapport aux récifs. J’ai commencé alors à faire des recherches sur Internet pour comprendre toute cette affaire et là, j’ai réalisé que le navire ne s’est pas retrouvé dans les récifs comme par hasard ou par accident.

Vous êtes catégorique. Pour vous, le naufrage est un acte délibéré…

Oui. Au départ, il y a eu beaucoup de théories pour essayer de dire que c’était un accident. Mais il y a d’autres éléments très troublants dans toute cette histoire et j’espère que la cour en tiendra compte. Le navire, quatre jours avant qu’il n’arrive dans les eaux territoriales de Maurice, avait déjà dévié de son plan initial. Est-ce un hasard ?

Les données satellitaires disponibles sur le Net montrent qu’il y avait plusieurs navires de passage dans nos eaux territoriales ce jour-là, le MV Wakashio était le seul à avoir une trajectoire spécifique qui passait dans nos eaux, c’est-à-dire à moins de 12 milles nautiques. Les événements, avant que le navire s’approche de Maurice, sont tout aussi importants pour résoudre ce mystère. Et en s’approchant des côtes de notre île, le navire qui était en parallèle a pivoté et changé de direction pour se diriger droit sur les récifs.

Pensez-vous que les houles et les conditions climatiques aient pu amener le navire à changer sa position initiale ?

Non, le navire avait changé de position dès le début pour venir tout droit sur les récifs. Le lendemain du naufrage, soit le matin du 26 juillet, un drone avait survolé le navire et filmé toute la scène. Vous pouvez vérifier car la vidéo a été postée sur YouTube. Le navire était déjà à 90 degrés par rapport aux récifs. Dans l’après-midi, l’hélicoptère de la police avait aussi filmé et le navire était toujours encastré dans les récifs dans la même position. De plus, la météo avait confirmé que durant les premiers jours, il y avait une houle normale et ce n’est qu’à partir du mois d’août, particulièrement après le déversement d’huile lourde le 6 août, que le temps s’était détérioré.

Le trajet du MV Wakashio depuis le début montre des anomalies par rapport aux autres navires qui étaient présents au même moment. C’est un point qui doit être exploré par la cour d’investigation. Le MV Wakashio n’était pas un bateau à voile. Nous parlons là d’un navire aussi grand qu’un porte-avions. Il y a tout un système de pilotage pour remettre le navire “on track” si toutefois il est “off track”. Sinon, tous les vraquiers qui voyagent en haute mer n’auraient jamais atteint leur destination en raison des houles et du mauvais temps. Un navire est une structure rigide. S’il y a mouvement, c’est tout le corps en entier qui bouge, et non juste l’arrière. Ce n’est pas comme une queue de poisson.

Lire l’interview au complet dans l’édition du Mauricien du 1er juillet.