Sébastien Sauvage (Photo d'archives)

Quel est le constat d’Eco-Sud sur le plan environnemental un an après la marée noire ?

Malheureusement, il n’y a pas eu d’études scientifiques à ce jour pour venir dire où on en est et comment va l’environnement. Il y a l’Integrated Environment Monitoring Plan (IMEP), une initiative du gouvernement, à travers le centre de recherche d’Albion et l’Université de Maurice, auquel nous collaborons, avec d’autres ONG. Toutefois, cela vient d’être mis en oeuvre. Le but est justement de faire le monitoring de l’impact du Wakashio sur les différents écosystèmes, soit les mangroves, les coraux et les îlots. Des experts internationaux apportent également leur collaboration à ce projet.

Grâce aux barrages déployés autour des sites, on a pu prévenir la mortalité des coraux. Avec les autres partenaires, nous avons travaillé à l’assainissement des colonies de coraux endommagées. Environ 200 colonies ont ainsi été réhabilitées sur différents sites.

Qu’en est-il de votre ferme de corail, située près de l’Ile-aux-Aigrettes ?

La ferme se porte bien. Heureusement qu’elle a été peu impactée par la marée noire. Nous avons actuellement un millier de fragments sur le site. Malheureusement, avec les restrictions liées au Covid-19, on a dû suspendre la réhabilitation. Cela fait une semaine seulement qu’on est autorisé à repartir en mer. Par ailleurs, il y a d’autres sites qui ont été earmarked pour accueillir des fragments de coraux. En gros, il n’y a pas eu de dégradation à la ferme de corail.

Vous vous êtes également lancé dans l’accompagnement social depuis. Concrètement, qu’est-ce qui a été fait ?

Nous avons mis sur pied une boutique solidaire avec la collaboration de Caritas et de Mahébourg Espoir. Le concept est de soutenir 30 familles pour une période de six mois, en matière de nourriture. En parallèle, nous les accompagnons sur le plan social et psychologique. Nous aidons aussi les personnes à se prendre en main, à devenir autonomes en matière de production alimentaire. Elles reçoivent la formation et les outils nécessaires pour apprendre à planter. Cela fait partie de notre Alternative Livelihood Programme.

Nous avons la collaboration de nombreux organismes tels que le FAREI, le SME, MITD, Junior Achievement Mascareignes et la Ferme Coco, entre autres. À ce jour, 257 personnes, dont 65% de femmes et 35% d’hommes, ont été formées. Il y a d’autres cours dans d’autres domaines à venir. Nous avons toujours des demandes pour développer d’autres capacités et savoir-faire.

Nous avons aussi lancé un appel à projets en décembre 2020. À ce jour, nous avons reçu 41 projets dont 11 ont été sélectionnés. Il nous reste à finaliser les agreements. Les projets sont axés sur deux plans : d’une part, la réduction de la pauvreté au sein des communautés côtières et d’autre part, de renforcer les écosystèmes des zones côtières. Nous finançons ces projets avec un plafond de Rs 300 000.

Il y a eu beaucoup de critiques suite au crowdfunding que vous avez organisé et qui vous a permis de récolter près de Rs 22 M suivant la marée noire. Qu’avez-vous à dire à ce sujet ?

Je crois qu’il y a eu un manque de compréhension sur ce qu’on faisait. Et puis, il faut aussi le reconnaître, il y a eu une opération de zet labou sur Eco-Sud parce qu’on recevait des dons. Mais nous restons fixés sur nos objectifs. Nos actions parlent pour nous. Cet argent nous permet de mener à bien notre mission. J’invite ceux qui critiquent à aller voir sur notre site tout ce que nous faisons. Nous retenons surtout le soutien positif de la communauté, des opérateurs de Blue-Bay et des familles solidaires. Il y a une synergie en place. Nous avons une équipe de 11 personnes sur le terrain pour mener à bien les projets. Je rappelle que cette levée de fonds avait trois objectifs : nettoyer le lagon, la réhabilitation des écosystèmes et assurer une alternative livelihood pour les familles impactées. Le nettoyage a été fait par des professionnels, nous nous concentrons sur les deux autres aspects.