Photos : Bhavik NAGINLAL MODI
  • Le Port Master Barbeau et  son adjoint, Karidev Neewoor, devront répondre de leurs directives pour le remorquage de la barge de Taylor Smith de Pointe-d’Esny dans des conditions défavorables
  • Une enquête préliminaire initiée par l’Office du DPP s’impose après l’investigation du Central CID déjà enclenchée

Avec le très lourd bilan post-MV Wakashio en termes de pertes de vies humaines, trois victimes et un quatrième membre d’équipage du Tug Sir Gaëtan, toujours porté manquant, la direction générale de la Mauritius Ports Authority (MPA) est confrontée à une enquête préliminaire devant être instituée par l’Office of the Director of Public Prosecutions (DPP).

Les conclusions du Presiding Magistrate, à partir des témoignages recueillis des rescapés, entre autres, devront permettre aux instances compétentes s’il y a matière à poursuite au criminel dans le naufrage du Sir Gaëtan au large de Pointe Roches-Noires dans la soirée de lundi. Dans cette perspective, des Top Guns de la MPA, en l’occurrence le Port Master, le capitaine Louis Gervais Barbeau, ainsi que son adjoint, le Deputy Port Master, Kavidev Neewoor, se retrouvent « in the line of fire », notamment en ce qui concerne les directives données quant au remorquage même de la barge L’Ami Constant de la firme Taylor Smith vers la rade de Port-Louis.

La pression s’accentue également sur le directeur général de la MPA, Shekar Suntah, qui pourra difficilement et complètement « tir so kanet dan zwe », sur le Chairman, Ramalingum Maistry, qui a eu l’indécence outrageante de brandir publiquement le montant de la compensation aux victimes alors que les proches avaient à peine eu le temps d’initier des procédures pour les funérailles et plus grave encore qu’un quatrième, le capitaine du Tug, Moswadeck Bheenick (54 ans), est toujours porté manquant. « Lavi dimounn pa kont ar larzan », fait-on comprendre en toute indignation chez les familles affligées par ce deuil.

En prélude à la décision du DPP d’instituer cette enquête préliminaire aux termes des dispositions de la loi, une Special Cell a été instituée au sein du Central CID pour diligenter cette enquête et déterminer les circonstances dans lesquelles cette mission a été confiée à cet équipage à bord du Tug Sir Gaëtan et ce, en dépit des conditions météo extrêmement défavorables.

Si la question de la possibilité de sanctions ou encore de démissions des deux responsables des opérations de la MPA était évoquée avec insistance dans l’après-midi hier, dans les milieux des autorités, on laissait entendre qu’il faut laisser l’enquête du Central CID situer les responsabilités derrière ce drame et déterminer s’il y a eu négligence ou faute professionnelle émanant de la MPA dans le cadre de cette opération de remorquage de la barge L’Ami Constant du sud-est de l’île.

D’ailleurs, l’activiste social Bruneau Laurette est vite monté au créneau hier en se rendant en compagnie de son homme de loi, Me Sanjeev Teeluckdharry, aux Casernes centrales, pour porter plainte contre le Ports Master Barbeau et le directeur de la Shipping Division, Alain Donat, pour homicide involontaire.

Pour Bruneau Laurette, il est « inconcevable » qu’on ait pu laisser la barge L’Ami Constant, qui n’était plus utilisée depuis 2012, après avoir été en service pendant 40 ans, quitter le port. Il affirme que cette barge de la compagnie Taylor Smith, à coque simple, ne répondait plus aux critères de MARPOL et autres conventions de l’International Maritime Organisation (IMO), dont Maurice est signataire, pour le transport de produits pétroliers.

Il avance qu’après, cette barge avait été « coupée en deux », avec la partie avant utilisée comme ponton flottant. Bruneau Laurette estime ainsi qu’il n’est « pas normal » qu’une barge entre en collision avec son remorqueur, et qu’il faut que les responsables de cette opération rendent des comptes « au plus vite ». Mais certains dans les milieux avisés de la MPA se demandent pourquoi cette mission confiée au Tug Sir Gaëtan et à ses huit membres d’équipage a été avalisée par les responsables alors que les conditions météorologiques étaient défavorables.

Les avis météo de lundi avaient en effet prévenu que la situation en mer serait forte au-delà des récifs, avec des vagues de plus de trois mètres attendues, découlant du passage d’un anticyclone. On affirme que des réserves avaient été formulées dans l’après-midi de lundi quant à la poursuite de cette mission du Sir Gaëtan, avec l’équipage qui aurait fait comprendre à leurs supérieurs que la situation allait se compliquer.

Les proches des victimes aussi bien que des rescapés laissent entendre depuis hier que le Port Master et son adjoint devront expliquer pourquoi, malgré une mer démontée, ce remorquage a obtenu de feu vert de la MPA. L’enquête du Central CID devrait aussi tirer au clair la question de savoir ce qui a motivé cette sortie en haute mer ou encore passer en revue les certificats de navigabilité du remorqueur Sir Gaëtan afin de déterminer s’il avait ou non la capacité de mener à bien cette mission.

Des limiers de la police ont déjà pris possession de tous les documents relatifs à cette mission hier de la MPA, et devrait dès aujourd’hui passer à l’offensive des interrogatoires, qui s’annoncent serrés pour le Ports Master et son adjoint, qui avaient la responsabilité de prendre les décisions opérationnelles.

Affaire à suivre…