Amaury et Samuel Rochecouste

Des gens de mer. Amaury (36 ans) et Samuel (26 ans) Rochecouste ont choisi de faire de leur passion leur métier. Suivant les traces de leur père Pierre-Yves Rochecouste, qui a navigué pendant 20 ans dans la marine marchande, les deux frères étaient sur les lieux du drame, lundi à Poudre d’or. Avec l’aide des gardes-côtes présents et d’un propriétaire de bateau de la localité, ils ont été les premiers à retrouver les deux premiers marins de l’équipage.

Si l’aîné Amaury Rochecouste parvient à garder son calme, le cadet Samuel peine à cacher ses émotions. “On est formés pour. Moi travaillant dans le port depuis 16 ans, j’ai pu voir des incidents comme ça, et ça choque tout le monde, mais je suis mieux préparé à ce genre d’événements et à avoir un autre regard, même si on connaît la personne. Il faut avoir un détachement pour pouvoir faire un sauvetage”, confie Amaury Rochecouste d’emblée. En effet, difficile de retirer de telles images de sa tête. Nous les avons rencontrés sur le chantier de Pointe Jérôme, où Immersub, dont ils sont les fondateurs, travaille avec le dépollueur Polyeco pour nettoyer le lagon. Visiblement bouleversés, ils nous racontent cette soirée fatidique.

“Comme on baigne dans le milieu maritime et portuaire, on a reçu un appel vers 22h le soir de l’accident, lundi”, dit Amaury. Sans hésiter, les deux frères décident de se mettre en route pour Poudre d’Or. “C’était tout à fait normal pour nous d’y aller. Presque instinctif”, poursuit-il. En sortant de L’Escalier où ils habitent, ils décident de passer à Pointe-Jérôme pour récupérer deux radios et une torche. “On est arrivés sur le site pour réaliser que nos informations étaient erronées et qu’il y avait tout le monde dans l’eau”, dit Samuel Rochecouste, qui pensait alors que les huit personnes avaient été sauvées.

“Quand on est arrivés, on a vu le SP Virahsawmy, un des gardes-côtes sur place et qui nous a dit qu’il fallait faire le plus vite possible pour trouver un bateau.” C’est alors que dans la foule, les deux frères tombent en cinq minutes sur Patrick Karia, propriétaire du bateau Grand bleu qui, avec deux hommes supplémentaires et les frères Rochecouste, commenceront les recherches. “Avec le bateau des gardes-côtes, le notre, le Dhruv et le Dornier, on a pu coordonner nos recherches dans le lagon”, explique Amaury Rochecouste.

“On lui parlait pour qu’il reste conscient”

“On a donné une radio au SP Virahswamy et on s’est mis à la recherche d’un life raft à la base dans le noir. C’est alors qu’on a récupéré le premier gars au Nord de l’île sur les rochers, Sandro, qui ne pouvait même pas souffler et qui était en état de choc. Si on n’avait pas de torche, on ne l’aurait jamais trouvé et d’ailleurs il nous a dit que l’avion était passé plusieurs fois sur lui, mais en vain. Il avait son gilet de sauvetage à la main, et en l’agitant, notre torche a reflété sur son gilet. On a vérifié deux fois et on a bien vu que c’était quelqu’un”, raconte Samuel Rochecouste. Une trouvaille de taille à 1h30 du matin. L’homme encore en vie tremblait sur les rochers. “Il avait des crampes. Il était en hypothermie. On s’est allongés à côté de lui pour faire une barrière humaine pour qu’il récupère en peu de chaleur de nos corps”, se rappelle Amaury Rochecouste.

Le Charpentier, un des courants les plus forts de l’île

“On lui parlait pour qu’il reste conscient, et aussi on tentait de lui soutirer des infos pour nous dire combien de personnes étaient à l’eau, mais il n’a pas pu nous dire si tout le monde avait son gilet”, confie Amaury. Sauvé, Sandro L’Aiguille sera confié aux gardes-côtes, tandis que les frères Rochecouste décident de continuer les recherches. “On est arrivés sur le deuxième corps à 2h30 du matin grâce à l’hélicoptère qui a survolé plus bas avec un énorme fog, précise Samuel. “On a finalement découvert un deuxième corps, inerte”, ajoute Amaury.

“Le plus bouleversant, c’est de se sentir impuissant”, confie Samuel Rochecouste. Épuisés, ils décident néanmoins de continuer les recherches et assistent au sauvetage de deux personnes par les gardes-côtes. “Il n’y avait que deux bateaux dans le lagon avec l’hélicoptère et le Dornier. Quand on est revenus à la terre ferme à 5h30, on ne pouvait plus continuer les recherches, la torche ne fonctionnait plus et la marée était trop basse pour que le bateau puisse se déplacer. A terre, il y avait les quelques familles qui demandaient des infos et on ne pouvait pas leur donner plus d’informations sur leurs proches, nous étions nous-mêmes venus comme bénévoles”, dit Samuel Rochecouste.

Les deux frères ne comprennent pas comment ces membres de l’équipage ont pu sortir par un temps pareil. “On savait comment était le temps, on suit le temps tous les jours. Nous, avant de sortir, on fait un risk management pour voir l’état de la mer pas seulement sur l’ordinateur mais aussi en temps réel”, explique Amaury Rochecouste. Les deux frères sont catégoriques : il faut écouter les gens de mer et arrêter de les sous-estimer. “C’est en suivant les conseils de Patrick Karia qu’on a pu baliser nos recherches pour retrouver la première personne. Eux connaissent le lagon, les passes, les courants et les marées. D’ailleurs, il y a Poudre d’Or, un des courants les plus forts de l’île, soit le Charpentier, donc, il faut connaître tous ces détails”, dit Amaury Rochecouste.

“Il est aussi important d’investir dans des équipements pour ce genre d’opération de sauvetage comme des jet skis que seules les autorités pourraient utiliser et il est aussi très important de former des gens. C’est une urgence”, conclut-il.