Rupture consommée au sein de l’entente de l’opposition?

Navin Ramgoolam: «C’est clair pour moi…»

C’est au PTR de décider qui sera son leader et le premier ministre

Après la défaite en 2014, je  ne voulais pas faire de blame game, mais si on a perdu les élections c’est parce qu’on avait mal expliqué l’élection du Président au suffrage universel et conséquemment  l’électorat rural  surtout n’a pas voulu pas Paul Bérenger comme PM

Presque 32,8% de la population m’avait choisi comme PM contre 37% pour Pravind Jugnauth  en 2019, soit une différence de 5% malgré la fraude

Navin Ramgoolam a bien voulu livrer à Week-End son sentiment sur la crise au sein de l’entente de l’opposition hier après-midi à son bureau à la rue Desforges. Sa conviction est claire, c’est au seul PTr de choisir le leader du Parti et le futur premier ministre et, à ce titre il affirme que c’est clair pour lui que la rupture avec l’entente de l’opposition est consommée…

Le PTr a fêté ses 85 ans le 23 février dernier. Comment se porte le parti aujourd’hui ?

Le Parti se porte très bien. Nous sommes très satisfaits. Nous avons d’ailleurs mobilisé nos troupes pour la marche du 13 février et nous sommes amplement satisfaits que nos partisans ont fait l’effort de venir en grand nombre. Comme je l’ai dit dans mon message de fin d’année, nous sommes en train de préparer le renouvellement du parti, sa structure et nous préparons aussi la relève. Je l’ai dit à maintes reprises : je ne suis pas éternel. Il faut pouvoir préparer la relève et c’est ce que je suis en train de faire.

La déclaration du député Ehsan Juman que le PTr peut aller seul aux élections municipales et rafler tous les sièges. Pensez-vous cela réaliste ?

Il faut mettre ses propos dans le contexte. Réagir à un nouveau député, qui participait à un débat sur une des radios… Il a dit ce  qu’il a dit. Nous avons ce principe chez nous au PTr de ne pas empêcher les gens d’exprimer leurs opinions personnelles. C’est comme cela que nous fonctionnons au PTr, à la différence des autres partis, que ce soit le MMM ou le MSM. Chez nous, même les membres de l’Exécutif ont le droit de s’exprimer ouvertement, de critiquer quand il faut critiquer. Ehsan Juman a dit ce qu’il a dit, nous verrons, en temps et lieu, les résultats.

Vos partenaires de l’opposition vous ont fait comprendre que la place de leader au sein de l’entente ne pouvait vous revenir. Ils semblent penser que vous n’incarnez pas la meilleure option dans la conjoncture et que la population, qui vous a rejeté à deux reprises, ne semble pas adhérer à un futur retour du Dr Ramgoolam. On a l’impression que vous n’êtes pas d’accord ?

Je n’accepte pas cette idée que j’ai perdu deux fois. Je l’ai dit à Bérenger et Duval. Il faut voir les choses dans leur contexte. Le MSM a fait du character assasination pendant la campagne de 2014. Je ne dis pas que je n’ai pas commis de fautes, mais pour moi, une des raisons pour lesquelles nous avons perdu les élections en 2014, à part le character assasination, c’est que dans les régions rurales aussi bien que dans d’autres régions, on n’a pas accepté Paul Bérenger présenté comme Premier ministre.  Je ne l’ai jamais dit cela à Bérenger, car comme je l’ai dit après ces élections, je ne voulais pas faire le blame game comme lui qui a dit que c’était moi le fautif. Mais c’est la raison majeure . Nous avions mal expliqué le changement de constitution avec le Président élu au suffrage universel avec des pouvoirs accrus… comme c’est le cas en France. Les gens ont mal compris, surtout dans les régions rurales et n’ont pas accepté Paul Bérenger comme Premier ministre. Il y a une campagne qui a été faite en ce sens, et nous avons perdu. Nous avons accepté les résultats.

Les élections de 2019 ne sont pas une référence. Nous maintenons qu’il y a eu une fraude massive pour ces élections. Et les trois partis de l’opposition, le PTr, le MMM, le PMSD, sont en train de contester ces élections. C’est une fausse comparaison de dire que j’ai perdu les élections. D’après nos sondages, si les élections n’étaient pas truquées, l’alliance PTr-PMSD aurait raflé 38 sièges, le MMM, 15  et le MSM 7. J’aurai donc été Premier ministre. On aurait absolument rien eu à dire.  Mais avec la contestation des résultats, on ne peut pas accepter les résultats donnés, il faut attendre ce que les pétitions vont révéler.

En 2014, je l’ai dit à plusieurs reprises: je voulais partir. J’ai été Premier ministre pendant presque 14 ans et je voulais partir. Mais quand ils m’ont arrêté et mis des fausses charges, 11, contre moi, j’ai voulu me battre.

Souvenez-vous, pour les élections partielles de décembre 2017, Bérenger avait dit : Voter pour Arvin Boolell c’est voter pour Navin Ramgoolam. Quelles ont été les résultats?

Arvin Boolell est sorti premier avec 35.11% de votes, en deuxième position, il y avait la candidate du MMM, Nita Judoo avec 14.33% de votes, en 3e position Roshi Bhadain avec 12,8% et en 5e position, après Jack Bizlall, le candidat du PMSD, Danesh Maraye avec 9.7% de votes. Il n’a même pas récupérer sa caution. Ce sont des résultats de 2017 il est vrai, mais ce sont des résultats où les quatre partis étaient séparés. Pour les élections de 2019  – qui ne sont pas une référence comme je le dis, mais toute de même, malgré la fraude, le PTr et le PMSD ont eu 32.76% de votes. Le MMM 20.57% et le MSM  37%. Il y a une différence de 5%, ce qui fait environ 20000 votants,  entre le PTr-PMSD et le MSM. Presque 32.8% de la population mauricienne m’avait choisi comme Premier ministre.

Toute de même en 2021, n’avez pas ce feedback que la population n’adhère pas à votre retour en tant que Premier ministre…

Non! C’est un faux argument, commencé par le MSM, qui est propagé maintenant par le MMM et le PMSD et aussi certains, je dis bien, certains chez nous, car ils croient qu’ils n’auront pas de place etc. Ceux-là regardent toujours leurs intérêts personnels. Laissez moi vous dire une chose, en 2019, oublions la fraude pour une minute, si j’étais impopulaire, j’ai tout de même obtenu 17 536 voix. Ce n’est pas rien. Il y a physiquement 17536 personnes qui ont voté pour moi. Paul Bérenger lui a eu 14568 voix. Xavier Duval a eu 13317 voix. Sur les 60 candidats de l’alliance PTr-PMSD, je suis le sixième qui a eu le highest score. Si mo ti impopulaire pas ti pou tir caution papa! C’est un faux argument et je sais très bien pourquoi ils ne veulent pas que je lead cette alliance. Vous n’avez qu’à comparer la gestion quand j’étais Premier ministre et maintenant. Les gens le disent dans les rues.  Je n’accepte pas cet argument!

Et pourquoi donc ne veulent-ils pas de vous en tant que Premier ministre ?

D’abord je ne suis pas un homme facile. Are moi dhall pas pou cuit. Peut-être que c’est une faute, mais je suis comme cela, je l’accepte.  J’ai mes convictions. Je ne me laisse pas ébranler pour faire plaisir à X,Y,Z. Et j’ai un projet. Lorsque les groupes citoyens sont venus avec une série de demandes, je leur ai dit que ce qu’ils demandaient sur papier, une bonne partie figure dans la Constitution et le reste figure dans notre Manifeste de 2014. Je parlais déjà de rupture. A l’époque personne ne parlait de rupture, mais moi si. Et c’était une vraie rupture que j’avais proposé. On a amélioré avec ce qui se passe en 2019 et on va faire davantage. Nous aurons encore d’autres propositions. Je l’ai archi dit, l’initiative de l’entente c’était moi, personne d’autre. J’ai fait cette demande pour qu’on travaille ensemble car cela coule de bon sens. Le gouvernement élu actuellement, avec 28% d’élu. Donc 72% ont voté contre ce gouvernement qui est en train de massacrer le pays. Il est en train de faire ce qu’il veut. C’est logique que l’opposition essaye d’avoir une entente dans le parlement et je me suis dit pourquoi pas pour les élections municipales. Nous n’avons pas parlé d’alliance. On n’a jamais parlé d’alliance. Pour faire une alliance il faut d’abord un programme, un projet de société. On n’a jamais parlé de programme ou de projet de société. J’ai toujours dit, dans une alliance, c’est normal qu’il y ait un peu de dilution, il faut faire des compromis. Pensez-vous qu’au 21e siècle on va faire une alliance non pas sur un projet de société mais pour décider qui va être Premier ministre, Deputy Prime minister, qui va être Président etc? On est en train de mettre la charrue devant les boeufs. C’est ahurissant.

C’était tout de même une alliance en gestation…

Non, pour faire une alliance il faut d’abord un projet de société. Il faut tomber d’accord et après on parle des postes… Ce n’est pas le contraire. On allait dans cette direction pour les municipales pas pour les élections générales. Chaque étape en son temps. One step at a time.

Pour rester dans ce contexte d’une alliance pour les élections générales, le poste de président de la République qui vous a-t-il été proposé?

Oui. Je dois dire que plusieurs personnes, pas seulement Paul Bérenger, m’ont dit pourquoi je ne prends pas le poste de Président de la République. Ma réponse a été simple… J’ai dit non je ne suis pas intéressé.

Ce poste est-il si déshonorant ?

Non je ne dirai jamais que c’est déshonorant. Moi j’ai proposé un poste de Président avec les pouvoirs comme en France, avec un Premier ministre pour la gestion Day-to-day. Pour moi, le poste actuellement tel qu’il est, et j’insiste pour dire qu’il n’est pas  déshonorant, il n’y a pas assez que l’on peut faire. J’ai des convictions , j’ai des plans pour changer la société, j’ai des choses que je voudrai faire. Je ne pourrai pas le faire comme Président sous sa présente forme.

Pensez-vous être le seul challenger valable de Pravind Jugnauth? Quid de Arvin Boolell et Nando Bodha ?

C’est bien simple. C’est légitime d’avoir des ambitions d’être Premier ministre. Le premier backbencher qui est élu a des ambitions d’être Premier ministre. Morarji Desai été Premier ministre de l’Inde. Il a été élu pour la première fois très jeune, je crois à l’âge de 21 ans. Il avait donné une interview à un journal indien et quand on lui a posé la question quelle est votre ambition, il a dit que mon ambition est de devenir Premier ministre de l’Inde. Il est devenu Premier ministre à 81 ans. C’est pas tout d’être Premier ministre, il faut avoir la vision, la conviction et l’expérience. L’expérience est essentielle. Si les Américains ont élu Joe Biden à l’âge de 78 ans, c’est pas pour rien. C’est très important de réaliser cela. Il y a des jeunes, dans le MSM comme chez nous également qui aspirent à devenir Premier ministre. Mais il faut former ces jeunes-là. Et non pas les mettre dans des postes pour qu’ils ne puissent pas deliver.

Arvin Boolell et Nando Bodha sont eux aussi de vieux routiers, comme vous, avec de l’expérience. Ne peuvent-ils pas aspirer à devenir Premier ministre?

Je ne dis pas non. Je connais Arvin Boolell un peu plus que Nando Bodha. Les deux ont de l’expérience, mais là je suis le leader du PTr, j’ai mes convictions, je suis convaincu qu’il faut apporter des changements profonds. D’ailleurs la marche citoyenne l’a démontré, les gens veulent un changement en profondeur. Quand j’ai parlé de rupture, c’est justement pour des changements de profondeurs, incluant la Constitution.

Donc le seul challenger de Pravind Jugnauth serez vous?

C’est clair. Pourquoi croyez-vous que je n’ai pas été élu en 2014. Et avec la fraude, je n’ai pas été élu en 2019? Pourquoi croyez-vous qu’il m’attaque tous les jours? Comme disait Sir Seewoosagur : Ou pa zet ros lor pied mang ki pena mang. C’est simple. Quand Jugnauth était Premier ministre en 1983, n’avaient-ils pas essayé de le déloger dans les élections? Le MMM qui avait présenté Prem Nabasing en 1987 n’a pas pu se faire élire. Je respecte SAJ, malgré que ce soit un adversaire, mais il connaît bien mon caractère et que je ne pourrai pas céder sur l’essentiel. Pas de compromis sur mes convictions.

Ne croyez-vous pas qu’il faut en finir avec le fait que le poste de PM doit être réservé à une caste et qu’il soit tout simplement réservé à un mauricien ?

Paul Bérenger a été Premier ministre. Tant que je sache il n’est pas vaish. Ce n’est pas vrai de dire que le poste est réservé. Contrairement à Pravind Jugnauth qu’on n’avait jamais présenté comme Premier ministre en 2014  qui a été parachuté dans ce siège en 2017, Paul Bérenger lui, avait été présenté comme Premier ministre avant les élections de 2000 et le peuple avait voté pour lui. Il a été accepté par la majorité de la population, incluant les hindous. La Constitution n ‘a pas a être changé pour cela, car elle dit que le leader du parti qui est majoritaire au Parlement devient le Premier ministre. Qu’est-ce qu’il y a de mauvais dans cette Constitution qu’il faut changer? Qu’est ce qu’est la démocratie si le peuple ne peut pas choisir son Premier ministre? Il faut savoir ce que nous voulons.

What’s next pour vous et pour le PTr désormais?

Peut-être que ce qui s’est passé est un blessing in disguise. Car là, nous n’avons pas de compromis à faire. Nous allons pouvoir préparer notre manifeste avec les propositions que nous voulons. Je suis en train de me concentrer d’abord sur le renouvellement du parti. Et en même temps préparer la relève. Je vais me concentrer dessus et faire le PTr devenir encore plus fort. Je vais me concentrer sur cette tâche. Vous verrez bien, il y aura a New Labour.

La rupture avec l’entente de l’opposition est donc belle et bien entérinée?

C’est clair pour moi. Car jamais, personne au PTr, incluant Arvin Boolell, ne va accepter d’être dicté par les autres. C’est au parti de décider qui va être le leader, qui va être le Premier ministre etc.

Cette guerre de leadership dans l’opposition ne risque-t-elle pas de profiter à Pravind Jugnauth?

La situation est un peu tragicomique. Au lieu de nous concentrer sur notre adversaire, au lieu de nous concentrer sur l’essentiel, c’est à dire faire partir ce gouvernement dont la légitimité est contestée et qui est en train de tout détruire, nous sommes en train de nous emmerder sur d’autres choses. On est en train de confondre l’arbre et la forêt. C’est malheureux, mais c’est ainsi. Toutefois, si en principe toute division profite à l’adversaire, Pravind Jugnauth est tellement en difficulté en ce moment que je ne pense pas que cela fera une grande différence.